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Le Belem, du navire de charge, aux croisières école... de la vie

Dernier trois-mâts barque français, plus ancien trois-mâts européen encore en état de naviguer, et second plus grand voilier basé en France, le Belem est tout à la fois un symbole, un ambassadeur mais aussi une école de la vie.

Photo - fondation Belem

Photo - fondation Belem

Construit à Nantes chez Dubigeon en 1896, puis principalement utilisé vers les Antilles et l'Amérique du sud, pour le transport du cacao, le Belem a eu une vie tourmentée, changeant plusieurs fois de nationalité et d'usage, du navire de charge au yacht de luxe puis au bateau école. Désormais propriété d'une fondation soutenue par les Caisses d'Epargne, le Belem effectue du cabotage, propose des stages d'initiation à la voile, et sert d'ambassadeur lors de grands rassemblements de vieux gréements.

1898-1914 - Le Belem, navire de charge

C'est le 10 juin 1896, 7 mois seulement après sa commande, que le Belem est livré par le chantier nantais Dubigeon à la Compagnie nantaise Denis Crouan et Fils, compagnie maritime spécialisée dans le transport du cacao pour le compte des chocolateries Meunier.

Affecté à la flotte des Antilles, le Belem est un trois mâts barque de 58.80m de long, 48m de longueur de flottaison, 8.80m de maître-bau et 3.60m de tirant d'eau, disposant de 1000m2 de toile pour 13 membres d'équipage, pouvant transporter jusqu'à 675 tonnes de fret, une capaciité assez faible, le navire étant alors considéré comme un voilier de petite taille, comparé aux cap-horniers de l'époque.

Son premier voyage n'est pas franchement une réussite : un incendie cause la perte des 121 mules qu'il transporte de Montevideo (Uruguay) à Belem (Brésil), l'obligeant à revenir en toute hâte à Nantes, chez Dubigeon, pour de lourdes réparations. 

Ce démarrage contrarié n'affectera toutefois pas la carrière commerciale du Belem qui, jusqu'à sa retraite en 1914, effectuera pas moins de 33 campagnes, confirmant ses belles aptitudes marines, le Belem étant alors considéré comme un bon marcheur !

Un bon marcheur sur lequel veille une bonne étoile aussi : en 1902, en Martinique, il échappe de justesse à l'éruption volcanique de la Montagne Pelée, l'entrée du port lui ayant été refusée la veille, du fait de sa trop grande taille, un refus qui poussera son capitaine à mouiller de l'autre côté de l'île... 

L'arrivée des vapeurs plus fiables et plus rapides sonne le glas de la marine marchande à voile au début du XXe siècle : en 1914, le 11 février, le Belem, devenu obsolète, est vendu au Duc de Westminster pour la somme de 3000 livres sterling. 

Le Belem - photo : Denis Rouaud

Le Belem - photo : Denis Rouaud

1914-1949 - Le Belem, yacht de luxe...

Pour faire passer le voilier au statut de yacht de luxe, l'aristocrate anglais ne fait pas dans la demi-mesure, et fait subir de lourdes transformations au navire, qui nuiront d'ailleurs à ses performances : de confortables cabines sont installées dans la cale, et un escalier à double révolution, à l'instar de ceux de certains paquebots de l'époque, permet de gagner un salon vitré, positionné sur le pont.

Conséquence de ce dernier aménagement, les basses voiles sont retaillées et perdent la puissance qui les caractérisaient jusqu'alors. Pour des question fiscales dans les ports d'alors - déjà - le beaupré est raccourci  Autre fait majeur, le Belem reçoit 2 moteurs sudédois Bollinder de 250cv pièce, dont l'échappement s'opère au travers du mât d'artimon. Les deux grandes hélices quadripales de près de 1.2m de diamètre engendrent une trainée hydraulique obérant les performances du bateau qui ne parvient plus à remonter au vent. Qu'importe pour le Duc : son yacht peut désormais naviguer par tous les temps et il manoeuvre désormais seul dans les ports. 

Ainsi modifié, le Belem naviguera jusqu'en 1921 pour le compte de l'aristocrate, qui le vendra en 1921 à Sir Arthur Ernest Guiness dont la première décision sera de le baptiser Fantôme II9.

Avec une telle monture, l'industriel réalisera de très longues navigations, et un tour du monde, via Panama et Suez, mais pas par le Cap Horn. 

Des voyages au long cours qui cessent du fait de l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne en 1939. Le Fantôme II9 trouve refuge sur l'île de Wight où il échappera aux bombardements, servant de base à une unité des Forces Navales Françaises Libres.

L'histoire d'amour entre l'industriel et son yacht trouve sa fin avec le décès de ce dernier en 1949.

1949-1979 - Le Belem, navire école

Vendu en 1952 à la fondation italienne Cini, il quitte la Grande-Bretagne pour Venise afin de servir de bateau école, sous le nom de Giorgio Cini 10. Son gréement est modifié pour celui d'un trois mâts goélette, plus simple à manoeuvrer que le précédent, et il est doté d'un dortoir dans l'entrepont.

20 ans plus tard, pour 1 lire symbolique, la fondation le cède à l'Arme des Carabiniers italienne qui souhaite alors se doter d'un navire-école. Remotorisé avec 2 moteur Fiat de 300cv, il bénéficie d'une remise en état sommaire, et son gréement est remonté comme à l'origine en 3 mâts barque.

Rapidement jugé trop vétuste, le navire est vendu én 1976 à un chantier vénitien qui procède à un rapide refit avant vente. Son rachat pour 1 lire symbolique est annonciateur d'une belle marge.

Le Belem à La Rochelle - photp : Fondation Belem

Le Belem à La Rochelle - photp : Fondation Belem

1979 - Le Belem rentre en France

C'est à un coup de foudre entre un amateur de vieux gréements, le docteur Luc-Olivier Gosse que le Belem doit son retour en France, sous pavillon français. Grâce à une association, l'Ascanf, la Caisse d'Epargne rachète le dernier grand voilier français en acier et le 17 septembre 1979, le Belem arrive à Brest.

En 1980, il est donné à la Fondation Belem créée pour l'occasion. Afin de récolter des fonds pour sa nécessaire réhabilitation, le Belem sera amarré à Paris, inmanquablement visible depuis les voies sur berges ! Son gréement reprend sa configuration d'origine, excepté le beaupré jugé trop court...

En 1984, le Belem est classé monument historique, avant d'entamer, deux ans plus tard un voyage historique à New-York pour le centenaire de la Statue de la Liberté.

Depuis ce voyage, le Belem devient un représentant incontournable de la marine à voile, reçoit à son bord des stagiaires souhaitant s'initier à la navigation traditionnelle, réalise des navigations de cabotage - il a accueilli 40000  stagiaires en 30 ans ! - et effectue quelques voyages outre-Atlantique, avec le soutien du mécénat de la Caisse d'Epargne, participant à certains rassemblements ce vieux gréements.

En 2012, il est le seul navire français invité au Jubilé de diamant de la Reine Elisabeth II, l'occasion de sa première escale en Grande-Bretagne.

Basé à Nantes, quai de la Fosse, au pied du pont Anne de Bretagne, le Belem est aussi devenu au fil des ans, l'un des symboles de la capitale des Pays de la Loire

En 2016, le Belem a fêté ses 120 ans, du 4 au 12 juin, à Nantes, avant de participer aux Fêtes maritimes de Brest, du 13 au 19 juillet 2016.

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