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Interview - retour sur un hiver 2016-2017 mémorable pour le cabinet d'architecture navale VPLP

L’hiver 2016-2017 restera longtemps dans les annales de VPLP design.

Interview - retour sur un hiver 2016-2017 mémorable pour le cabinet d'architecture navale VPLP

Car les trois grands exploits égrenés en une poignée de semaines - entre le 25 décembre et le 26 janvier : le record de Thomas Coville en solo autour du monde ; la victoire d’Armel Le Cléac’h dans le Vendée Globe (partagée avec l'équipe de Guillaume Verdier) ; le record du Trophée Jules Verne de Francis Joyon et de son équipage - ont pour point commun d’avoir été réalisés sur des machines dessinées par le cabinet, en association pour l'Imoca Banque Populaire VIII. Vincent Lauriot-Prévost, Xavier Guilbaud et Quentin Lucet reviennent sur cet hiver fantastique et se projettent vers l’avenir.

Que retenez-vous de ces trois grandes performances ?

Xavier Guilbaud : d’abord que les marins ont mis la barre très haut ! On savait que les bateaux étaient capables de réaliser ces vitesses-là, mais, désormais, on sait que les skippers sont capables de les exploiter plus fort et plus longtemps, grâce, aussi, aux progrès des pilotes et de l’électronique, en amélioration constante. Thomas Coville n’est pas loin d’avoir poussé Sodebo à 100% en permanence, il réalise un exploit physique exceptionnel.
Vincent Lauriot-Prévost : je pense qu’on peut aussi souligner que la persévérance paye. Que ce soit pour Thomas, qui bat le record à la quatrième tentative, Francis, qui prend deux départs dans l’hiver après avoir échoué l’an dernier, ou Armel, qui gagne après trois participations.
 
Quel est le bilan technique, du point de vue architectural ?

Quentin Lucet : pour les Imoca, je pense que le débat sur les foils est tranché ! Avec 4 foilers aux 4 premières places [et 5 plans VPLP-Verdier aux 5 premières places, NDLR], les foilo-sceptiques sont désormais convaincus de leur utilité et on va continuer à travailler dans cette voie : il ne faut pas oublier que le développement des foils sur les Imoca n’a que deux ans. L’autre enseignement est que les éléments standard (mât et quille monotypes) ont tenu le coup, ce qui est une bonne nouvelle. Enfin, je dirais que les marins, aussi, ont réussi à tenir le coup, ce qui est aussi une bonne nouvelle !

Vincent Lauriot-Prévost : du côté de Francis Joyon, je pense que le choix de partir avec équipage réduit et un mât plus court a été le bon. Rappelons qu’Idec Sport est l’ancien Groupama 3, qui a subi une cure d’allègement lui permettant de gagner près de 4 tonnes sur le poids initial, ramené à un peu moins de 16 tonnes. Avec un mât plus court, il a gardé le même ratio poids/surface de voile, tout en abaissant son centre de voilure, avec des voiles plus légères donc des manœuvres plus faciles en équipage réduit, donc moins de poids, etc. C’est un vrai cercle vertueux ! Le mât plus court leur a aussi permis de gagner en stabilité longitudinale et donc de pousser plus fort. Voilà comment ils sont restés plusieurs jours devant une dépression et ont traversé l’Indien à plus de 35 nœuds de moyenne.
 
Les records de Thomas Coville et de Francis Joyon ont été établis avec de « vieux » bateaux, n’est-ce pas un peu paradoxal ?

Xavier Guilbaud : cela n’a rien de choquant : les grands multicoques sont tous prévus pour des durées d’exploitation d’une dizaine d’années. Mais il ne faut pas oublier qu’ils font l’objet d’énormément d’optimisations, comme Vincent l’a souligné pour Idec Sport. Quant à Sodebo, il n’a plus grand-chose à voir avec le Geronimo d’Olivier de Kersauson ! À part les flotteurs, tout a été changé. Et c’était la première fois qu’il était engagé autour du monde…
 
Comment s’annonce la nouvelle génération d’Imoca ?

Quentin Lucet : on attend d’abord de débriefer, dans les prochains jours, avec les skippers, et de décortiquer les enregistrements. Ce qu’on sait, c’est qu’on n’est qu’au tout début du développement des foils ; sur ce Vendée Globe, les marins ne les ont utilisés que dans les conditions où ils avaient expérimenté leur comportement – je dirais environ 30% de la course. Il y a donc encore énormément à gagner dans le range d’utilisation. Même chose du côté du design : nous avons commencé à étudier de nouvelles combinaisons d'appendices et de formes et nous sommes assez confiants sur la capacité à pouvoir gagner plusieurs nœuds par rapport aux foils de la génération 2016. Il faut vraiment comprendre que le couple dynamique que permet les foils, c’est un autre monde ! Il y a beaucoup à réfléchir et à étudier pour imaginer des bateaux en fonction de ce nouveau comportement. D’autant que l’évolution de la jauge de l’Imoca pourrait nous permettre un second degré de liberté dans le réglage des foils…
 
Du côté des Ultimes, les dés sont jetés en terme de design…

Xavier Guilbaud : sur le papier, les nouveaux Ultimes vont clairement un peu plus vite sur un tour du monde, et Macif a prouvé sa vélocité en battant Sodebo sur la Transat Jacques Vabre, sur The Transat bakerly et en lui prenant le record des 24 heures. Macif et Banque Populaire IX vont être 2 à 3 tonnes plus léger et on a encore pas mal à « gratter », sans parler des foils, où l’on progresse en permanence sur tous les supports. C’est d’ailleurs pour ça que Thomas Coville et son sponsor ont décidé de construire un nouvel Ultime. Vivement le tour du monde de 2019 !

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