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150 bougies pour la Société Nautique de Sète (SNS)

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Créée en 1863, la SNS est la seconde société nautique de Méditerranée française, après Cannes, créée trois ans auparavant, et la septième en France.

 

La mode des régates et des sociétés nautiques pour les organiser était partie de Cowes (Grande-Bretagne) en 1826 et avait gagné le continent en commençant par le Havre et Paris.

 

À ce moment-là, Sète avait deux siècles. Le port avait donné naissance à la ville qui n'existait pas avant 1666. Le port a totalement modelé l'endroit, bien plus audacieusement que le fera la Mission Racine trois siècles après chez les voisins…

 

D'après les plans d'époque, c'est le creusement du chenal pour rejoindre le canal du Midi via le bassin de Thau qui va isoler le Mont Saint-Clair du continent et faire de  Sète une île. Ce sont les investissements publics et le volontarisme des aménageurs qui ont créé ce port à partir de rien. Exceptionnellement, l'organe a créé la fonction.
Et ce sont les commerçants de l'Europe du Nord (Baltique, Mer du Nord, Scandinavie, Pays-Bas…), avec les entrepreneurs venus de toute la région vers ce nouveau centre, qui ont donné vie à l'économie qui s'est nourrie de ce plan d'eau.

 

Ce sont ces mêmes commerçants, chefs d'entreprise, transitaires, armateurs, banquiers… qui ont aussi créé ici un nouveau loisir : la navigation de plaisance. La mer n'était jusque-là faite que pour transporter des marchandises et des voyageurs, pour aller pêcher, mais ce n'était pas un terrain de jeu.

 

Comme les arts de la guerre sont devenus des sports (escrime, javelot, équitation…) le savoir-faire des marins est devenu art vélistique. Et, à l'époque où il fallait aller toujours plus vite sur la mer pour conquérir des marchés nouveaux, ce loisir est devenu le banc d'essai de nouvelles technologies, de carènes plus affûtées, de voiles plus performantes, de manœuvres plus subtiles. La plaisance a été un laboratoire du progrès, la régate le banc d'essai.

 

LA PLAISANCE, NÉE DE COMMERCE ET DE PÊCHE

 

Quel rapport entre Sète qui résonnait du fracas des marteaux des tonneliers et du roulement des fûts embarqués sur les navires de charge et des lieux de plaisir  et de villégiature comme Cowes, Newport ou Cannes ? Aucun. Sète est encore une fois bien singulière. Alors que des Anglais, des Russes et des Austro-Hongrois oisifs inventaient la Côte d'Azur sous la houlette de l'impératrice Eugénie, faisaient de la voile comme ils jouaient au polo ou au golf, la voile de loisir est née à Sète du mariage du commerce et de la pêche.

 

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Du commerce parce que ceux qui se faisaient construire des bateaux en avaient trouvé les moyens dans l'activité économique du port ;  de la pêche parce que les voiliers de plaisance, même s'ils étaient plus fins et plus légers que les bateaux-bœufs et les catalanes, n'en demandaient pas moins des équipages. Les dames en crinolines étaient à l'époque exclues du jeu. Pour naviguer et, surtout faire des régates, il fallait le savoir-faire et les bras de ceux pour qui la voile était le quotidien. Les pêcheurs, les pilotes, les matelots.

 

Il ne s'agit pas ici de voir le plaisancier et son équipage comme le cavalier et son lad ou le golfeur et son caddie. À Sète, les messieurs de la bonne société et les pêcheurs se retrouvaient à bord, avec un capitaine et des marins à la manœuvre, dans un pur esprit d'équipage. Souvent même le skipper était un pêcheur, le propriétaire du bateau observant du môle son bateau faire la course.

 

Plus tard, les bateaux se sont allégés, les gréements simplifiés, l'accastillage est devenu plus efficace. En même temps, les moteurs remplaçaient peu à peu les voiles. D'année en année, il y eut besoin de moins en moins de marins à bord et il y eut de moins en moins de voileux parmi les pêcheurs. La plaisance s'est peu à peu détachée de la pêche.

 

Des années vingt aux années soixante, ce mouvement s'est poursuivi, interrompu ou accéléré selon qu'on était en guerre ou en train de reconstruire… La voile de plaisance n'est jamais morte, malgré les destructions, l'enthousiasme des enfants et petits-enfants des fondateurs ne s'est jamais éteint. La Cul-de-Bœuf, où la fameuse panne où ceux qu'on appelait les "Messieurs" amarraient leurs yacht (prononcer Yakk) a toujours été rebâtie et le club-house reconstruit pour y boire des choses capables de faire oublier le goût du sel…
 

LA RÉVOLUTION DE LA PLAISANCE
 

Et sont arrivées les années soixante. Les Trente Glorieuses. Tout a changé pour la plaisance et pour la Société Nautique de Sète.

 

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Il y a eu l'urbanisme balnéaire : la Mission Racine et la naissance des marinas géantes tout le long de la côte. Sète, qui était déjà une ville et un port, est restée à l'abri de ce vent-là. Mais ces nouveaux ports ont attiré par leurs équipements modernes de nombreux plaisanciers et ont offert, sur cette côte inhospitalière et venteuse les abris qui n'existaient pas. Cela a profité aux plaisanciers sétois qui ont pu, à moindre risques, naviguer le long de la côte du Languedoc et du Roussillon.

 

Il y a eu aussi l'explosion de la plaisance en France. Le premier Salon nautique inauguré par le Général de Gaulle en 1962 donne le coup d'envoi de la démocratisation de la voile. Les architectes et les chantiers français font merveille et Le Petit Baigneur tourné par Robert Dhéry à Port Chichoulet avec Louis de Funès consacre bien que la voile de loisir entre dans la culture populaire.

 

Il y a eu enfin l'arrivée des Pieds-Noirs qui ont apporté sur ce littoral des bateaux et des techniques de pêche totalement nouvelles qui ont révolutionné l'économie. Sète, a suivi ce mouvement-là.
Résultat : la pêche a eu besoin de plus de place, la plaisance aussi. Le Cul-de-Bœuf a été rendu à la pêche et le bout du môle Saint-Louis attribué à la plaisance, avec des pannes neuves et, surtout, la fameuse péniche Vercors qui était le siège de la SNS, son club-house et le restaurant où tous, plaisanciers et piétons, se retrouvaient dans une ambiance nautique fort conviviale.

 

La Société Nautique a écrit pendant ces années-là des pages magnifiques de son histoire et de l'histoire de la voile de compétition en Méditerranée. La liste des victoires est longue, tant localement que nationalement et au niveau international. Le nom de Sète a brillé jusqu'à Granville où l'équipage d'ici a gagné le Trophée des Ports de Pêche, en Corse, en Italie et en Espagne pour de grandes courses-croisières…
Puis sont arrivées ce qu'on a appelé les "années Pajot". En 1985, le fameux skipper a choisi Sète comme base d'entraînement pour la plus prestigieuse de toutes les régates du monde, la Coupe de l'America. Ce fut, à Sète, un grand sujet de polémiques, mais aussi, sur la mer un grand sujet d'admiration. Et même si jamais la France n'a réussi à détrôner les anglo-saxons sur ce terrain-là, ces années ont été  celles de moissons de médailles dans le monde entier. Les marins de Pajot qui s'entraînaient sur tous les plans d'eau du monde et remportaient des titres mondiaux.

 

Certains de ces marins d'exception sont restés ici, ont épousé des Sétoises et contribuent encore au rayonnement de la voile : il y a dans cette ville Albert Jacobsoone, recordman du monde d'inscriptions à la Coupe de l'America avec sept participations et Thierry Peponnet – trois participations – et champion olympique qui organise pour ces journées le rassemblement des Golden Oldies Multicoques, magnifiques prototypes et splendides vainqueurs des années quatre-vingt.

 

LES TEMPS DE LA RELANCE

Aujourd'hui, la Région investit massivement dans la relance du port de Sète. La plaisance fait partie du plan général et la Société Nautique y a sa place. Il s'agit de faire en sorte que Sète rayonne à nouveau sur les plans d'eaux du monde. L'activité de régates de haut niveau mais aussi de courses d'amateurs, et de courses de jeunes doit être encouragée. La voile légère mais aussi la voile habitable, les ronds entre les bouées et la course-croisière. Il faut que les jeunes qui pratiquent l'Optimist ou le 420 jusqu'à 20 ans puissent continuer et ne pas attendre d'être en retraite pour revenir à la voile ! Toutes les générations doivent se retrouver sur les pontons.

 

La voile est non seulement un sport, mais elle véhicule des valeurs qui sont résumées par le Yacht Club de France auquel appartient la Société Nautique : SOLIDARITÉ, RESPECT, ÉLÉGANCE MORALE, COURTOISIE. Que dire de plus ? SEPT clubs alliés au Yacht Club de France sur la Côte d’Azur, UN SEUL sur la Côte du Languedoc-Roussillon, La société nautique de Sète.

 

Mais aussi la Société Nautique doit pouvoir redonner aux Sétois une part de leur histoire, celle de leur lien avec la mer et la voile. Marins ou pas, les Sétois sont des gens de mer. Le commerce maritime, la pêche et la plaisance sont les facettes d'un même bijou qui brille au milieu de la ville, le plan d'eau.

 

Cet événement est l'occasion de réunir tous les Sétois autour de ce bassin exceptionnel et autour de l'amour de la mer…

 

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