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A Rumbo Libre au Pérou - Antigua Sailing Week, la voile péruvienne a de l'avenir !

clemence rebours - vignette actunautiqueLa célébration de la victoire du Kuankun à l'Antigua Sailing Week démontre, s'il le fallait, tout le potentiel que recèle le secteur de la voile au Pérou.  


Dimanche midi, Lima, nous sommes invités chez le "Señor" Eduardo Wong Lu Vega. Nous : Romain Gindre et moi. Globe Sailing gère son catamaran et l'assiste dans le cadre des convoyages de ses bateaux. Oui parce que le Señor n'a pas qu'un catamaran. D'ailleurs nous ne sommes pas ici pour le catamaran…

 

Une petite fête pas improvisée

De la rue, on aperçoit la "tente" dressée dans le jardin. Le mot est faible pour décrire cette structure d'une cinquantaine de mètres de long et d'une dizaine de mètres de hauteur. A l'entrée, le service de sécurité filtre. À l'intérieur, un buffet somptueux et une cinquantaine de tables attendent les quelques 250 invités. Sur la scène, le groupe joue de la musique péruvienne. Nous sommes rassemblés pour fêter en grande pompe la victoire de Kuankun, le Soto 48, à l'Antigua Sailing Week en mai dernier. La collection de trophées raflés par la bête sont exposés à l'entrée, un vidéoprojecteur fait défiler les photos de la régate sur la scène, presque grandeur nature, on a l'impression d'assiter à la régate ! Et parmi (presque malgré) ce faste, je suis accueillie en toute simplicité par les membres de la famille. Rapidement, je papote avec les autres invités. L'équipage, mi-péruvien, mi-argentin, est présent, la famille et les amis également, et même l'"Arzobispo" du Pérou !

 

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Et pour cause, Kuankun est le bateau de course que l'architecte naval argentin Javier Soto a dessiné à la demande d'Eduardo Wong. Un bateau unique, conçu pour la course, construit en 2010 dans les chantiers argentins de M-Boats à Buenos Aires, et qui restera unique. La famille Wong n'est pas moins spéciale, c'est un peu la famille Leclerc péruvienne. C'est elle qui a créé la chaîne de supermarchés éponyme (Wong, pas Leclerc… ), qui est aussi connue que celle d'Edouard (Leclerc, pas Wong…). Quant à l'Antigua Sailing Week, c'est la dernière régate internationale de la saison antillaise, qui rassemble une centaine de bateaux en avril/mai.

 

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Un armateur touché par l'implication de son équipage

Cette fête est l'occasion pour Eduardo Wong de remercier les membres de son équipage. Il prend le micro et raconte. La décision, prise avec son skipper, de participer à l'Antigua Sailing Week pour se "lancer un nouveau défi hors du Pérou", le convoyage et la découverte d'une météo différente de la leur, le stress de dernière minute avec de l'électronique livrée directement à Antigua depuis les États-Unis que l'équipage se dépêche de monter, tester et apprendre à utiliser avant le départ, les premiers départs, le plaisir et l'incrédulité de voir les positions de 1er et 2nd se succéder alors que le Kuankun est le plus petit de sa classe, l'implication de l'équipage qui arrache la dernière manche avec un enthousiasme inchangé, malgré une place de premier déjà assurée... Le propriétaire évoque enfin ces petits gestes qui font tellement plaisir : le sifflement de félicitations du Roi de Norvège lorsque le Kuankun passe la ligne de la dernière manche devant lui, la sérénade qu'un bateau espagnol vient lui chanter pour célébrer sa victoire... Pas de technique donc, dans ce petit discours, mais de la fierté et de l'émotion.

 

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Mais surtout un signe positif pour la voile péruvienne

Au-delà de la victoire d'un équipage, cette réussite est symbolique pour le développement de la voile au Pérou. "C'est grâce à des armateurs tels qu'Eduardo Wong, que le niveau d'un pays progresse en voile", me rappelle l'Almirante Germán Vasquez Solis, qui fait partie de l'équipage du Kuankun depuis ses débuts. Parmi les 13 équipiers de l'armateur : quatre professionnels argentins, sept voileux et deux marins (qui travaillent à l'année sur les bateaux). L'Almirante poursuit : "À une époque, un armateur argentin investissait beaucoup dans la voile. Les résultats du pays s'en sont trouvés améliorés, les argentins étaient très forts. Puis il a cessé d'investir, et le niveau a chuté. Un armateur développe et achète des bateaux performants, il finance l'entraînement de ses équipiers, améliorant ainsi le niveau de chacun, il fait venir des skippers étrangers qui contribuent à former nos jeunes : tout cela contribue largement au développement du sport, de façon générale". Je ne peux qu'acquiescer… De bons résultats créent habituellement un engouement à la fois chez les jeunes mais aussi chez d'éventuels futurs propriétaires. 

 

Rien d'étonnant, donc, à ce que l'Almirante Vasquez Solis improvise à son tour un petit speech pour remercier Eduardo d'avoir soutenu le projet et l'équipage de façon inconditionnelle, permettant d'atteindre ce résultat. L'hommage qu'il rend aux jeunes marins est particulièrement touchant "Je félicite aussi les marins qui ont su s'élever au rang d'équipiers de haut niveau", surtout lorsque l'on sait qu'au Pérou comme en Colombie, les marins sont souvent des fils de pêcheurs, issus d'un milieu extrêmement modeste, qui font de la voile leur métier, mais que leur mission relève majoritairement du nettoyage, de l'entretien et du service à la personne. Ils ont donc rarement l'occasion de pratiquer pour le plaisir, encore moins d'accéder au haut-niveau ! Cette opportunité est donc forte de sens. Ceci dit, leur participation était un peu due au hasard, l'équipage ayant appris une fois sur place qu'il avait droit à 13 équipiers au lieu de 11. Et on leur passera le message car ils n'ont pas été invités à notre petit fête…  :-). Mais, c'est un début !

 

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L'émergence d'une génération de compétiteurs et d'une pratique plus "personnelle" de la voile

Un autre signe encourageant : Jimena Gaviño Barbieri,  24 ans (et seule équipière du groupe), est co-propriétaire d'un J/24 et maîtrise la voile sur le bout des doigts (elle a même été sélectionnée pour les classifications du Mondial d'Annapolis en 2008 !). "Encourageant" donc, car dans la grande majorité des cas, les propriétaires péruviens ne connaissent pas grand chose à la voile, laissant toute la partie technique au capitaine et au marin. Information de taille : Jimena a démarré à 11 ans, en Optimist. Elle appartient donc à la génération des jeunes qui ont pu fréquenter les premières écoles d'Optimist au Pérou : le développement d'une plaisance "personnelle" dépendrait donc bien du développement de son enseignement…

 

Il se trouve justement que Germán Vasquez Solis a été le premier moniteur d'Optimist du Pérou ! "En 1984, la Marine de Guerre a souhaité monter une école d'Optimist pour lancer la pratique et créer une génération de compétiteurs. Je n'avais aucune expérience mais j'avais pratiqué le windsurf, alors je me suis lancé. Ça a bien marché, une deuxième école a été montée. Les petites rivalités qui les opposaient ont amené la Marine de Guerre à financer la création d'une troisième école pour casser cette dualité", signe de sa volonté de développer le sport au-delà des clivages.

 

 

Ceci dit, entre l'Optimist, dont les écoles sont relativement accessibles, et le J/24, qui se pratique exclusivement grâce aux bateaux de propriétaires, le Pérou perd de nombreux jeunes talents. Qui, donc, ouvrira de nouvelles écoles de Laser, J/24 ou autres pour permettre l'émergence d'une encore plus large génération de voileux péruviens ?

 

 

C. Rebours

A Rumbo Libre en Amérique du Sud

 

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