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A Rumbo Libre au Pérou - La côte péruvienne, à bicycleeetteeuuu…

clemence rebours - vignette actunautiqueLa côte péruvienne, à bicycleeetteeuuu…  suivi de "De l'usage des jambes à un autre effet"

La remise en selle se fait à Nazca. Quittant la grise Lima, "j'autobusse" jusqu'aux fameuses lignes de Nazca, tracées sur le sol par la civilisation du même nom. Sereine. La soif de grands paysages, de contacts et de culture apaisée, je n'ai plus qu'à profiter de ce que j'aime. Je me souviens de mes compagnons de route belges, Charlotte et Guillaume, sur la Carretera Australe : "Nous, ça fait déjà huit mois qu'on voyage, au début on voulait tout voir, on courait partout ; maintenant, on choisit, et parfois, on passe à côté de certaines choses". Hugues avait ajouté : "De toutes façons, les surprises sont ce qu'il y a de meilleur et tout est beau, alors où que tu ailles, tu ne seras pas déçue". L'heure est bien venue de profiter de la route, en toute sérénité, sans pression aucune. Aaah tu veux profiter ? Vlan, tiens, du vent ! 

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Le désert, les falaises et le vent

Romain l'avait anticipé : au Pérou, le vent souffle du Sud vers le Nord ! Qu'importe. Je pédale. Je pédale contre le vent, qui siffle dans mes oreilles. Mais je pédale dans les dunes chaudes et caressantes, puis le long de la mer, au-dessus des falaises rocailleuses... Quand je pensais au Pacifique, je voyais une mer chaude sur une longue plage de sable fin qui invite à la baignade. Un excès de consommation d'Alerte à Malibu, peut-être ? Parce que, au Pérou du moins, ça n'est pas ça ! Et tant mieux. La réalité est plus rêche, plus déchiquetée, désertique, fraîche, plus houleuse… 

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Pour la première fois, je pédale dans un désert. Un désert de sable et de terre, mais un désert n'est pas toujours plat (autre idée reçue…), heureusement la brise de mer rafraîchit ! Mieux vaut prévoir son eau et ses provisions, les villages sont sacrément espacés : 70,100 km… En gros, pour une distance que vous couvrez en une heure de voiture, il me faudra un jour. Mais je m'arrête, canarde, respire, écoute le silence… quand je le souhaite. Priceless. C'est beau, grisant, mais flippant tout ce vide. Je suis d'ailleurs bien contente d'être sur la Panaméricaine : vous l'imaginez sans doute blindée de trafic ? Que nenni, les péruviens se déplaçant pour la plupart en "colectivos", faute de posséder une voiture, elle est à 70% fréquentée par des camions et des bus et je suis souvent seule sur la piste. 

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De temps en temps, je dépasse une voiture ou une moto arrêtées sur le bord de la route. Je plisse les yeux et aperçois des petits points ramassant du guano pour le vendre aux industries d'esthétique. Les pêcheurs, eux, devront trouver un refuge pour amarrer leur embarcation à l'abri des vagues. Au milieu du désert, essaiment de petites cases en bambou, ce sont des "occupations" : ceux qui n'ont pas de maison ni de terre, ceux qui ont tout perdu dans un tremblement de terre s'installent là le temps de trouver une autre solution. Puis ils partent, abandonnant leur case, laissant derrière eux un paysage un peu apocalytique, un peu lunaire aussi… On retrouve ces constructions précaires dans les villes, encore sur les "morros" (collines), je pense au Brésil. Ce sont ici des favelas de sable… Je veux bien qu'il ne pleuve jamais dans ce désert mais vive la précarité et la promiscuité ! Je songe à nos chambres de bonnes parisiennes avec WC sur le palier. Pas étonnant qu'elles trouvent preneurs, et que certains parviennent à y vivre à plusieurs : les premiers temps, ils doivent trouver que c'est Byzance ! Et dans ce désert, parfois, quelqu'un marche. Il n'y a pourtant rien, ni devant ni derrière, enfin rien que mes yeux ne repèrent (et je crois que je leur fais la même impression sur mon vélo...).

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La route est émaillée de croix, de stèles. Plus efficace que les panneaux de la sécurité routière, même si je dois dire que les péruviens sont doués de créativité en ce qui concerne ces panneaux !

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Chaque pays a ses habitudes et dans chaque pays, je me recrée mes habitudes. Au Pérou, c'est le petit déjeuner dans la rue : les vendeuses ambulantes vendent un morceau de pain délicieux, préparent des sandwich à l'avocat ou au fromage, et surtout… proposent des boissons chaudes : quinoa, kiwicha, sept céréales, avoine… C'est pour emporter ? Pas de problème : elle te sort une petite bouteille de "gaseosa", récupérée on ne sait où (ça, c'est le job d'un autre gars) et hop, voici ton siete cereales ! Bien plus rapide qu'au MacDo. Le dîner aussi peut se prendre dans la rue pour un euro. Je m'assois sur un bout de table, avec les ouvriers et demande la même chose qu'eux. En fait de menu, il y a souvent le choix entre deux plats. Pas toujours facile d'identifier ce qui sera servi... Surprise ! Mais vu la carure de mes compagnons de table, ce doit être nourissant ! (même après avoir terminé, j'ai parfois du mal à identifier ce que c'était.… ) Plus j'avance dans les régions, plus j'ai affaire à des gens qui parlent quechua ou aymara. Rien à voir avec le castillan, malheureusement ces langues sont en cours d'extinction. Côté couchage, chaque soir apporte son lot de surprises : une chapelle en bord de route, le jardin d'un musée, le patio d'une maison de favela de sable… 

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Bientôt ton anniversaire ? Ça exige un repas de fête ! Apportez les cochons d'Inde… 

A Camana, j'ai quitté la côte pour grimper vers Arequipa. 2500 m d'altitude, exactement ce qu'il me faut pour me préparer au trek du Salkantay. Je traverse un désert sec, puis le même, irrigué. Magique : le village devient une ville super attractive, la zone est transformée, mais Pedregal garde encore son charme. Au Valle de Vitor, mes roues s'arrêtent devant chez Tito, qui travaille le bambou pour en tresser des panneaux, ces mêmes panneaux qui servent à former les maisons précaires. Il m'apprendra, au prix de nombreux échardes, à les fabriquer. On papote. Sulema, sa "dame" ("mi señora"), arrive, papote encore plus, et m'invite à rester jusqu'au lendemain, nous cuisinerons deux cuys, repas typique d'un anniversaire, car j'ai laissé échapper que le mien approche. En attendant, Andy, Eddy et "El Chino" (parce qu'il est curieux et touche à tout !) m'aident à monter la tente. Le Péruvien raffole du prénom américain. 

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Le lendemain, jour funeste pour les rongeurs… nous nous rendons dans l'enclos des adorables cochons d'Inde, Tito en choisit deux. "Ils te plaisent ?" Cruel… Et c'est parti pour une séance de coup-du-lapinage, égorgement, dépelage, vidage, découpage et mijotage des petits mignons. Je mets la main à la "patte".  Appareil photo en main, Andy, 8 ans, assure son premier reportage photo. Repas d'autant plus touchant qu'ils sont plutôt du genre très pauvres. Je sens, au départ, la gêne de Tito et Sulema mais passant par  Andy pour obtenir des explications concernant le ou les endroits servant de toilettes, par exemple… rapidement tout le monde se détend. 

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Sulema répète à Andy : "Tu voudrais qu'elle soit ta marraine ?". Ils sont visiblement émus qu'une française les ait "choisis", eux : "On ne reçoit jamais de visite !". Connaître un étranger, tisser et conserver des liens avec lui, c'est une opportunité qu'ils offrent à leurs enfants de connaître une autre vie que la leur. Sulema n'a jamais voyagé, ne connaît aucun autre pays, et moi, je me balade sur leur continent un an durant… Voilà, tout est dit.. 

24h dans une famille, pas plus : cela suffit pour que des liens se créent, pour que les rires se mêlent aux larmes. Car ma présence a comme l'effet d'une catharsis : tout ressort dans l'obscurité de la cuisine, les confidences, les douleurs. Pour couronner le tout d'une pointe de religion sud-américaine, Sulema m'avoue que ma visite tombe à pic pour leur changer les idées car le "wawa" (bébé) de leur fille se trouve à l'hôpital, entre la vie et la mort (eh oui, à moins de 40 ans, ils sont déjà grands-parents ; en même temps, l'espérance de vie péruvienne est de 60 ans…). Donc forcément, c'est Dieu qui m'a envoyée chez eux, tout ça. Alors autant j'ai souvent une explication, je sais pourquoi et comment mes pas me mènent où je vais, autant là, le hasard, Dieu, Jésus et leur famille ont fait très fort. Je leur tire mon sombrero ! Enfin, mon sombrero tout poussiéreux, je le tire surtout à la générosité que j'observe et dont je bénéficie : difficile de "rendre" sans verser dans l'aumône, la démesure ou le dérisoire. C'est forcément un peu des trois à la fois, mais quelque fois, le petit geste réussit à faire mouche… 

En repartant, je croise les véritables héros : un pénitent qui traîne une croix plus grande que lui sur son dos. Maigre consolation, elle est munie d'une roulette. Derrière lui, son compagnon porte une statue. Je suis ébahie : "Mais… où vont-ils comme ça ?!" On me répond que ce sont des pénitents, ils ont fait une promesse à Dieu et la réalisent en partant en pélerinage à pieds jusqu'à une région située au nord du Pérou (apparemment ils sont nombreux à cette époque, c'est un peu leur Compostelle à eux, version XXII° siècle) : encore entre 1000 et 1500 km comme ça puis il leur restera le retour ! Et c'est moi que les gens regardent épatés ?! 

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L'heure de vérifier ma forme physique : la rando et l'altitude

Et me voici à Arequipa en compagnie d'un franchute un peu fou : un parisien qui a attendu que le beau temps arrive ENFIN pour venir faire un cure de froid dans les Andes en hiver ! Il est bon d'avoir de nouveau de la compagnie et de pratiquer une nouvelle activité : les bâtons de rando aux poignets, le sac au dos, nous partons pour le Cañon del Colca (3 jours sans guide, tranquille, chaud, très isolé, très joli), Cuzco (l'une des plus belles villes du Pérou, mais TRÈS touristique), le trek du Salkantay (3/4 jours sans guide, pour s'enfoncer dans les montagnes et les vallées qui furent celles des civilisations précolombiennes, et pour apprécier davantage la magie du Machu Picchu), le Machu Picchu (très étonnant mais so touristique et exagérément cher) et Copacabana (pour s'apercevoir que le Lac Titicaca ressemble à la mer). Splendide. 

Cañon del Colca

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Cuzco

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Trek du Salkantay

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Conclusion : en montée, mes jambes sont canons, j'en suis extrêmement contente. En descente, les genoux flanchent un peu. Côté respiration : au top. Pas un poil de sorroche, je serais presque déçue ! 

Une agence que l'on a consultée nous met en garde : "en 15 ans, je ne connais PERSONNE qui a fait le Salkantay sans guide, c'est de la folie ! En rentrant, faites-moi un mail !", sous-entendu "si vous revenez… ". Nous sommes ravis : en 4 jours, nous avons connu les 4 saisons, du chaud au TRÈS froid, avons marché dans la neige, nous sommes lavés dans la rivière, avons appris à collecter, laver, trier, dépiauter, sécher et torréfier le café avec Estanislao, sur le chemin qui mène à Santa Teresa... Santa Teresa où, à une journée de marche du Machu Picchu, les piscines d'eaux thermales offrent un réconfort au marcheur : jusqu'à 30°, on peut rester plusieurs heures dans l'eau, jusqu'à ce que la peau commence à faire de drôles de tâches et dessins… Alors oui, on porte nos sacs, on se demande si on va y arriver, on caille, on a un peu faim mais il n'y a pas mieux que la liberté et les pauses loin des groupes qui s'arrêtent TOUS aux mêmes endroits, aux mêmes moments ! 

Machu Picchu 

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Lac Titicaca

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A la gloire de l'Inca

Sachons-le : les Incas ont régné pendant seulement 100 ans. Ils ont surtout "conquis" les autres peuples, de l'Equateur au Nord du Chili, en les assujetissant à un impôt, en les reliant entre eux, en piochant parmi leurs compétences pour faire venir les meilleurs artisans à la cour de l'Inca, à Cuzco, en leur faisant aussi bénéficier des avantages de l'empire : sa protection et les échanges de marchandises, notamment... Le Machu Picchu est incroyable et bien des arts de cette civilisation aussi, mais je maintiens que l'Empire de l'Inca était une dictature communiste et que tout cela aurait terminé muy mal ! Ça n'est d'ailleurs pas un hasard si Pizarro et ses quelques centaines d'hommes ont pris le pouvoir en si peu de temps : de nombreux peuples souhaitaient se libérer de leur joug. Ils ne savaient pas à qui ils auraient bientôt affaire, les pauvres…  

Je conseille d'ailleurs cette lecture courte exacte et si drôle, pour voir avec quelle élégance les espagnols ont pris le contrôle de l'Empire : 

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/29-aout-1533-pour-le-recompenser-de-son-bapteme-l-inca-atahuelpa-est-garrote-par-pizarro-amen-28-08-2012-1500172_494.php

Etape suivante : la Bolivie...

 

Clémence Rebours

"A Rumbo Libre en Amérique du Sud"

=> suivre le périple de Clémence : l'Amérique du Sud en vélo...

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