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A Rumbo Libre - Buenos Aires, un petit air de Rome et Paris... version sud-américaine

clemence rebours - vignette actunautique-copie-1Février 2013 - Buenos Aires, un petit air de Rome et Paris, avec le zeste d'adrénaline propre aux grandes villes d'Amerique du Sud…

 

"No vayas, es MUY peligroso…" Le Patagon qui m'a dit ça m'a un peu fait penser à cet agent immobilier du 6ème arrondissement de Paris qui ne "connaissait" pas le 19ème, trop dangereux. Dangereux ou pas, j'ai adoré. Peut être même que justement, tiens… Est-ce du à mon abstinence citadine de 3 mois ou a-t'elle réellement quelque chose de particulièrement vivant ? Son soleil, ses rues pavées qui donnent un air de village à ses quartiers, ses façades colorées et défraichies, ses espaces verts, ses pizza & pasta, ses glaces, ses graffitis de protestation, son polo, son tango (forcément), ses vies artistique et nocturne, ses voleurs… Buenos Aires m'a fait frissonner, moi qui évite habituellement les villes.

 

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Débarquée sur un trottoir "porteno" à 7h du matin, les yeux grands ouverts, m'attendant à voir des gangs débouler à chaque coin de rue, j'avais tellement été prévenue du risque que je courrais à circuler à vélo ainsi chargée que j'ai foncé dans le premier parc que j'ai trouvé. Quinze minutes après, en fait de vol, j'avais, si je le souhaitais, un toit pour la nuit. Les Portenos (habitants de Buenos Aires) sont donc étonnamment aussi accueillants et cordiaux que les "provinciaux" ! J'en suis de plus en plus convaincue : on craint beaucoup trop l'inconnu. Soit, en faisant mes courses au petit supermarché du coin, j'ai été "victime d'un cambriolage". J'adore l'expression. C'était surtout la moindre des choses que de me donner à vivre une expérience si délicieusement typique, d'autant plus que mon casse relevait davantage d'un "Martine et son pote alcolo volent 100€ chez Liddl" que de "Cambriolage, Prise d'otage, Matraquage". Bon, tout de même, mieux vaut toujours rester prudent, mais comme partout, n'est-ce pas ? ;-)

 

Dès que j'ai atteint mes premières rues pavées, j'ai eu l'impression d'arriver à Rome ou à Paris au mois d'août (quand le soleil brille sur les terrasses des cafés et dans les parcs, vous vous souvenez ? :-)). Car si j'ai adoré la Patagonie, ça n'est pas pour son architecture. Certes, Chiloé et Puerto Natales affichaient des maisons de bois joliment colorées et Carmen de Patagones a constitué un bref avant-goût de Buenos Aires, mais nulle part, depuis que j'ai quitté Paris (à part Carthagène, en Colombie), je n'ai eu l'impression d'observer un pan d'histoire dans les édifices. Tout est relativement récent. Mais il y a Buenos Aires, clairement influencée par l'Italie, la France et l'Espagne (bien que ça m'ait moins frappée). Je me suis alors exclamée "j'adore cette architecture !". On m'a répondu "Oui, Buenos Aires ressemble beaucoup à Paris !". Zut. Aime-t'on à ce point ce que l'on connait ? Paris me manque-t'elle tant ?!

 

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On les dit fiers, les argentins. Eux-mêmes le reconnaissent en riant ! Et les pires seraient les Portenos, qui sont aussi peu aimés que les parisiens dans les provinces. Moi je n'ai rien senti de tout cela (normal, me direz-vous, tu viens de Paris ! :-)). Sans doute parce que si l'Argentine a longtemps arboré le titre de première puissance d'Amerique du Sud, ses habitants ont quelque peu rabattu leur caquet ces derniers temps, pas très fiers de leur gouvernement ni de leur économie !

 

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Et puis peut être est-ce parce que je suis européenne ? Ce petit air hautain, ils semblent surtout le réserver à leurs voisins (Bolivie, Paraguay, notamment), qu'ils disent être davantage composés d'"indigènes". Parce que oui, l'argentin aime surtout à rappeler que son tatatarabuelo (arrière-arrière-arrière grand-père) était français ! Même s'il s'agit d'une goutte de sang européenne et qu'il ne sait plus bien d'où elle est partie, elle est là et elle prime sur tout le reste. Même lorsqu'il s'agit d'une ascendance allemande, dont l'arrivée date de 1945, le descendant t'explique fièrement que ben oui, c'était pour fuir la justice !

Et chacun a reconstruit son univers à l'image de son pays d'origine : le basque a construit sa maison avec de grosses charpentes en bois, le suisse a son chalet, l'anglais, son yachting club A Buenos Aires et dans ses environs, on navigue parmi toutes ces influences. Si l'on couple cela avec le fait que le Nouveau Monde, Buenos Aires en tête, a rapidement représenté un formidable attrait pour les artistes et ingénieurs européens, on comprend que son architecture soit fortement inspirée de nos douces contrées ! Le Musée des Aguas Corrientes, par exemple, rappelle énormément notre Hôtel de Ville. Bref, j'ai pris un shoot d"architecture et d'Europe.

 

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Côté littoral, ce sont deux bonnes surprises que m'ont réservées les urbanistes. Juste à côté de la mythique Casa Rosada (le palais présidentiel), le réaménagement du port Puerto Madero rappelle celui des anciens chantiers navals de l'Île de Nantes avec ses grues et ses hangars. Il donne envie de flâner le long des écluses du port, sur les tranquilles esplanades, parmi les restaurants, bureaux et appartements au style industriel version moderne. Tous n'aiment pas, moi j'adore.

 

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La seconde surprise concerne les 353 ha de la Réserve Écologique Costanera Sur, qui bordent la rive du Rio de la Plata, au sud du centre-ville. Quelle capitale européenne peut s'ennorgueillir d'avoir su conserver, voire même recréer une zone de pure nature d'une telle surface sur son littoral, se privant ainsi de recettes immobilières faramineuses ?! On y circule à pied ou à vélo, tout en étant priés de bien vouloir rouler au pas et de respecter la tranquillité des bestioles locales. Au loin, derrière les roseaux, on aperçoit les gratte-ciels, les grues, les cheminées des usines de la ville…

 

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Poussée par des voix amies, je me suis glissée un samedi soir dans une milonga, La Catedral, où l'on peut écouter de la musique, grignoter et assister et/ou participer à des cours de tango. Les jeunes portenos ne sont pas très fans de tango et à première vue, ça sent la boîte à touristes. N'empêche qu'il y avait dans ce lieu un poil bobo (je garde un "bo" pour "bordélique") un homme d'une soixantaine d'années et une femme d'une trentaine qui suivaient leur cours de tango. Ils n'étaient pas les plus virtuoses, ils ne formaient visiblement pas un couple dans la vie, mais ils finissaient toujours par se retrouver, se chuchoter quelques mots ; et on sentait entre eux une complicité, un désir et un plaisir à danser ensemble. Mais surtout, c'était plus que de la danse, ils n'exécutaient pas un simple enchaînement de mouvements. Elle passait sa main derrière son cou et penchait la tête en avant, il prenait sa taille et rapprochait son visage de sa nuque. Ils se souriaient, semblaient être ailleurs ensemble. Et pendant 5 minutes, dans leur bulle, ils "vivaient" la même chose.

 

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Débutant sur une bonne surprise (une adorable invitation), mon passage à Buenos Aires s'est achevé "igualito", sur un match de polo en plein cœur de la ville !

 

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C. Rebours 

"A Rumbo Libre en Amérique du Sud"

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