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Capricho sur le Rallye de l'ARC, les 3 et 4 décembre...

clemence rebours - vignette actunautique-copie-1Capricho a volé cette nuit, au son de Bashung et Thiefaine, pendant que les petites choses pas bien calées dans les tiroirs et les cales, roulaient selon le bon vouloir de la houle...

 

3 décembre 2012, 15h00 - 24* 07'.371N - 035* 55'421O.

 

La musique du Capricho...

Cette nuit, le bateau a volé. On l'a senti survoler les vagues. Plus vite il trébucherait, alors on prend des ris, on réduit la voilure, ce qui ne réduit pas toujours sa vitesse, d'ailleurs. Tout ça donne un sacré vacarme : le choc des coques, lorsqu'elles retombent sur l'eau qu'elles ont quittée un instant, le fracas des vagues qui se cassent sur leurs flancs, le bouillonnement du sillage, les gerbes d'eau qu'on voit monter jusqu'à nous comme au ralenti pour nous arroser, puis le craquement permanent du bois qui travaille, le crissement des cordages, et encore toutes les petites choses qui ne sont pas bien calées dans les tiroirs et les cales, et qui roulent ou s'éclatent, selon le bon vouloir de la houle...

 

capricho-sur-le-rallye-de-l-arc.JPG

 

Pour couvrir, ou accompagner, cette musique, le capitaine nous met du Thiéfaine et du Bashung, apparemment indispensables à une telle traversée. Moi qui n'ai jamais été fan (malgré des incitations amicales répétées :-)), je dois dire que leurs voix et mélodies traînantes et rocailleuses s'accordent plutôt bien avec tout notre environnement !

 

El Feliz...

Tous les jours, nous espérons "comer al Feliz". Mais que nenni, il nous échappe et creuse même parfois l'écart ! Or nous nous rapprochons de sa position... donc nous ne pourrons bientôt plus compter sur des vents qui nous seraient plus favorables. Puis surtout,  je pense qu'ils tirent davantage que nous sur le bateau ! Nous avons un dernier espoir : voir le vent baisser et pouvoir sortir l'arme fatale qu'ils n'ont pas : le spinaker ! 

 

 

4 décembre 2012, 13h00 - 23* 18'.869N - 039* 53'245O.

 

Où l'on passe aux choses sérieuses !

Hier soir, nous avons de nouveau changé les quarts. Oscar et moi nous séparons pour couvrir celui de Romain... qui, lui, est désormais de garde sur tous les quarts ! Ça devrait nous permettre de faire davantage de manœuvres puisqu'il reste à dispo si besoin. Alors là plus question de bailler aux corneilles et de regarder les étoiles (pourtant incroyablement nombreuses hier soir : la lune était cachée dans les nuages, donc il faisait une nuit noire qu'aucune autre lumière artificielle à des centaines de km à la ronde ne venait troubler, et je crois que je n'avais JAMAIS vu autant d'étoiles...).

 

du-vent-dans-les-voiles-de-Capricho.JPG

 

Mais donc, je disais, pas le temps de les admirer car nous sommes en vent de travers, avec un ris dans le genois et un dans la grand voile, je suis seule dans le noir (et il est bientôt minuit, heure du crime comme chacun sait...), et je dois veiller à ce que le vent apparent ne dépasse jamais les 25 nœuds... Ce que bien évidemment il fait sans cesse ! Abattre de 10 degrés pour diminuer la pression, puis revenir graduellement à notre cap initial, en veillant à ne toujours pas dépasser les 25 nœuds, puis abattre de nouveau... Ben ça m'a pris l'heure et demie et on a fini par prendre un ris de plus dans la grand voile ! Mais du coup les deux heures passent plus vite ! Et ce matin, malgré ces précautions, une bosse de ris a pété. 

 

Ding dong !

Aujourd'hui, nous sommes pile poil au milieu de l'Atlantique ! Nous avons passé le cap vers midi... Ca y est, nous sommes définitivement plus près du Nouveau Monde que de notre vieille Europe. Mais je vous rassure, sur mon hôtel flottant, je ne me sens pas vraiment l'âme d'une conquistadora ! C'est le moment et l'endroit solennels qu'un petit poisson volant a choisi pour mettre un terme tout aussi flamboyant à sa courte vie. Ce qui nous a donné l'occasion d'en observer un de près !

 

poisson volant Capricho Lagoon 560

 

Le temps de vivre

C'est une géniale transition que cette transat' : un changement de rythme forcé, une préparation à un nouveau rythme, mais aussi un moyen de ne pas être tout de suite plongée dans cette aventure un peu particulière qui m'attend. J'ai le temps d'y penser, de commencer à feuilleter le Lonely Planet, de changer encore 50 fois de programme. A la playlist idéal d'un tel voyage, j'ajoute "Le Temps de Vivre", de Moustaki. Pas récent-récent, c'est sûr, mais qu'importe... 

 

 

C. Rebours

"A Rumbo Libre en Amérique du Sud"

 

 

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