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Conseils d'expert - Réussir sereinement ses manœuvres de port

clemence rebours - vignette actunautique-copie-1Spécialisé dans le convoyage et la prise en main de bateaux, Romain Gindre, co-directeur de Globe Skipper, a pu constater que les manœuvres de port se font souvent dans la tension et la précipitation.

 

 

Il nous livre, selon lui, les clés d'une manœuvre de port réussie, pour accoster sereinement et sans dommages, même dans un port que l'on ne connait pas. 

 

ActuNautique : Romain Gindre, l'entrée dans un port, surtout quand on ne le connaît pas, est forcément stressante, non ?

 

Romain Gindre - Globe Skipper : Il est vrai qu’en arrivant dans un port on se rapproche de potentiels obstacles (la côte, un espace de manœuvre plus restreint, des cailloux, des pontons, d’autres bateaux…) mais cela ne doit pas pour autant devenir stressant ! Je dirais plutôt que ces moments demandent un peu plus d’attention, de concentration et surtout une bonne organisation. Un équipage qui anticipe son arrivée est beaucoup plus serein, et il évite des erreurs qu’il pourrait plus facilement commettre dans la précipitation. 

 

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Quelles seraient donc vos recommandations ?

 

Pour moi, la préparation est capitale. En y consacrant un moment avant son arrivée, on gagne en sérénité et on évite 75% des problèmes ! Voici, de façon générale, les conseils que je donne à mes clients :

 

Avant d'arriver :

  • connaître l'accès au port, certains présentent de réelles spécificités.
  • prévenir le port, s’assurer qu’il a des places disponibles, demander à quel emplacement on peut s’installer et quel est le type d'amarrage utilisé. Cela permet de savoir où l'on va et de pouvoir anticiper l'installation des amarres et pare-battage.
  • sortir les défenses et en placer des deux côtés du bateau (et non pas seulement du côté où l'on est censé accoster : l'emplacement peut changer, un problème peut survenir, cela laisse un « plan B »). En placer une bien en avant et une autre bien en arrière, au cas où on ne se retrouve pas parallèle au ponton ou au bateau voisin, puis trois de plus réparties le long de chaque coque (nombre à adapter selon le bateau). Je sais que les plaisanciers ont tendance à réduire leur nombre car ils prennent beaucoup de place et sont compliques à ranger. C’est pourquoi j’aime les pare-battages gonflables et leur petit compresseur, ils représentent un surcoût mais c’est une option qui vaut le coup d’être étudiée. On peut aussi garder à proximité une défense « volante » et une gaffe.
  • les amarres doivent être prêtes à être envoyées et passées sur les taquets. Adapter la longueur, il est inutile d’envoyer 15 mètres d’amarres si 5 suffisent. Tout comme la défense, on peut garder une amarre « volante » disponible et prête à être envoyée.
  • vérifier qu'aucun bout ne traîne dans l'eau. 

 

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En entrant dans le port :

  • entrer tranquillement, il est inutile de se précipiter à son emplacement. Prendre le temps de le repérer et voir comment il est fait pour envisager sa manœuvre tout en gardant à l'esprit qu'il faut toujours prévoir une issue de secours dans le cas ou l'on n'y arrive pas du premier coup. Si incertitude, ne pas hésiter à ressortir et revenir.
  • lorsque la place est en vue, j’aime bien rester quelques instants en stationnaire (souvent face au vent ou vent dans le dos pour garder le contrôle), cela permet de prendre des repères de vent et de courant et laisse le temps d’expliquer la manœuvre que l'on prévoit de faire à ses équipiers.
  • Afin qu'il n'y ait pas de cafouillage, la personne qui est aux commandes dirige l’équipage. Eventuellement il peut y avoir discussion avant ou après, mais si chacun donne son avis pendant cela crée plus de confusion qu’autre chose.

 

Tout ce qui a été dit jusque là est ce que j’appelle la préparation, cela a permis de mettre le bateau et l’équipage dans de bonne dispositions pour entrer dans sa place. La manœuvre en elle-même sera toujours différente en fonction du bateau, de l’équipage, des conditions météo et il n’existe pas de solution miracle, mais à ce stade on a toute les clés en main et une grande partie du boulot est fait.

 

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Une fois à son emplacement :

 

On voit très souvent des skippers qui, à peine rentrés dans leur emplacement, coupent le moteur ! Or, le garder JUSQU'AU BOUT, permet de réagir beaucoup plus vite et peut sauver bien des situations ! 

 

  • penser à l'amarrage dynamique : se concentrer sur un bout et jouer ensuite avec le moteur. C'est souvent le moyen le plus sûr de réussir son amarrage. On a ainsi tout le temps de régler l'ensemble des amarres.
  • selon moi, toutes les décisions et tous les réglages doivent se faire depuis le bateau. Si quelqu'un souhaite aider depuis le quai, il doit suivre les instructions du skipper: le bout de l’amarre est frappé où le skipper le souhaite et c'est ensuite depuis le bateau que se fera le réglage. 

 

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Et si on n'y arrive pas ? 

 

Un vrac peut toujours arriver. Mais s’il est bien géré et avec calme, dans la plupart des cas ça se terminera sans dommages. Ca sera juste une manœuvre  ratée. Il faut garder à l’esprit qu’il est souvent préférable d’aller s’appuyer tranquillement sur un autre bateau avec des pare-battages bien placés pour réfléchir au meilleur moyen de s’en sortir, plutôt que de vouloir absolument se dégager rapidement avec le risque de frotter ou taper plus fort contre un autre bateaux, un quai ou même qu’un équipier se blesse. Petite vitesse petit dégât, grande vitesse gros dégât.

 

Par ailleurs, il ne faut vraiment pas hésiter à refaire une manœuvre autant de fois qu'il le faut. Et si l'on n'est pas à l'aise avec un emplacement, on peut tout simplement en demander un autre ou l’assistance du port ! Enfin, si c’est trop compliqué et qu’on ne le sent pas du tout, de temps en temps, un bon mouillage vaut mieux qu’un gros vrac…

 

Cette partie de préparation, d’approche et de manœuvre de port est un point que nous travaillons beaucoup avec nos clients lors des mises en main ou avec leurs équipages lors des formations. Cela permet de la démystifier et de leur apporter une grande sérénité. 

 

 

C. Rebours


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