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Gwalaz, le trimaran symbole de l’éco-innovation nautique

Capucine Trochet BarceloneCet été, de retour en France, j’ai embarqué avec mes amis aventuriers-surfeurs à bord de Gwalaz, le premier trimaran construit avec des matériaux bio-sourcés, avant leur départ vers les îles Salomon la semaine dernière.

 

Cabotage d’île en île à la recherche de vagues nouvelles, le trio de surfeurs de « Lost in the Swell » inaugure un tout nouveau concept de voilier.

 

Ce bateau est le trimaran modèle du chantier TRICAT mais celui-ci a la particularité d’être le seul avoir été construit avec des matériaux bio-sourcés. Matériaux sur lesquels Kaïros, l’entreprise du navigateur Roland Jourdain, travaille depuis 2009 en collaboration avec l’IFREMER et l’UBS. La mise à l’eau de Gwalaz, fin mai 2013, est une petite révolution dans le nautisme et marque la prise en compte des enjeux environnementaux dans la plaisance. 

 

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Rencontre avec Emmanuel Poisson-Quinton, responsable éco-innovation chez Kaïros.

 

Actu Nautique : Gwalaz a été construit avec des matériaux bio-sourcés, de quels matériaux s’agit-il?

Emmanuel Poisson-Quinton : La fibre de verre a été remplacée par une fibre de lin cultivée en France, en Normandie. Les mousses PVC ont été remplacées par du liège et du balsa et la résine utilisée est partiellement issue de dérivées de colza. Le Tricat 23.5 (7m11) « Gwalaz » est le 1er prototype de cette taille-là en Europe.

 

ActuNautique/ Comment passe-t-on de l’idée à la réalisation d’un tel prototype?

E. P-Q : Au sein de Kaïros, nous avons longuement étudié « l’idée » avec les scientifiques de l’IFREMER et de l’UBS spécialisés dans les composites bio-sourcés et avec qui de nombreux tests ont été réalisés pour valider la faisabilité du projet. Nous menons nos recherches depuis 2009 jusqu’au jour où nous avons souhaité collaborer avec un chantier naval, pour sortir du laboratoire et se confronter aux réalités du terrain et des process actuels. La région Bretagne a permis le financement d’une partie du projet. Et c’est la rencontre avec les premiers utilisateurs (ndlr : le trio de surfeurs bretons de Lost in the Swell) qui a accéléré le tout.

 

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ActuNautique/ Quel est l’intérêt d’un tel prototype pour la plaisance ?

E. P-Q : L’intérêt est principalement d’encourager la plaisance à intégrer les matériaux végétaux dans la construction navale. La gestion des bateaux en fin de vie serait alors bien moins polluante qu’aujourd’hui. A court terme, nous allons devoir faire face à un problème : nous allons retrouver avec de nombreux bateaux de plaisance des années 60-70 en fin de vie, dont les coques polyester sont difficiles à recycler. 

 

ActuNautique/ Est-ce que cela signifie que les plaisanciers ont désormais accès à ces solutions-là ?

E. P-Q : Il va encore falloir attendre un peu. « Gwalaz » est un prototype qui va nous permettre de poursuivre nos recherches. D’ici trois ans, nous pourrons apprécier et valider le vieillissement des matériaux etc. Il y a encore beaucoup à faire avant d’accéder à la normalisation de ces matériaux. Les filières agricoles et industrielles doivent mieux s’organiser pour que les prix de ces matériaux soient équivalents aux matériaux actuels tels que la fibre de verre. Les innovations technologiques mettent du temps à se diffuser. Et c’est là où Kaïros à toute sa valeur ajoutée, en permettant une passerelle entre les laboratoires et l’industrie nautique.

 

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ActuNautique/ Où est-il possible de voir Gwalaz ?

E. P-Q : En ce moment, le bateau est aux mains d’un trio de surfeurs, Aurel Jacob, Ewen Le Goff et Ronan Gladu, pour leur projet «  Lost in the Swell ». Ils ont fait une prise en main en réalisant un tour de Bretagne pendant l’été et viennent de partir dans les îles Salomon,  où Gwalaz est arrivé en cargo. Le trimaran sera de retour en France au printemps, pour de nouvelles aventures. Et pendant ce temps-là, Kaïros travaillera sur de nouveaux projets de prototypes pour continuer la recherche. La cellule bio-composite se tient d’ailleurs à l’écoute de porteurs de projets novateurs.

 

 

Capucine Trochet

 

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Photo 1 - Capucine Trochet / Photos 2 et 3 - Ronan Gladu

 

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