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Interview - 5 priorités et 1 inquiétude pour le Président des Sauveteurs en Mer SNSM

Xavier de la Gorce, président de la SNSM

Xavier de la Gorce, président de la SNSM

Xavier de la Gorce, président de la SNSM, a accordé une interview exclusive à ActuNautique, dans laquelle il présente ses priorités pour l'association des sauveteurs en mer, mais partage aussi ses inquiétudes quant à la fin possible de la Clause de Compétence Générale des collectivités territoriales.

 

ActuNautique - Président de la Gorce, cela fait maintenant 7 mois que vous êtes à la tête de la SNSM. Etes-vous un président content ?

Xavier de la Gorce - Après 7 mois à la présidentce de la SNSM, j'envisage... de rempiler !! Cela veut donc dire que je suis content ! Et pourquoi je suis content ? Tout d'abord parce que la présidence de la SNSM est une belle mission, une mission qui a du sens ; ensuite parce que la SNSM a une image très forte, et qu'elle répond à un besoin très fort des praticiens de la mer. Il en émane des valeurs de solidarité, de bénévolat, d'engagement. Je le rappelle souvent, mais il y a 7000 bénévoles à la SNSM, pour 70 salariés !! Nous sommes une association de bénévoles, qui a une mission éminente : le sauvetage de la vie humaine, sur les plages et en mer. Sachant que nous travaillons avec de très nombreux partenaires, institutionnels ou privés, sans qui rien ne serait possible !

Quelles sont les 5 priorités que vous vous êtes fixé à la tête de la SNSM ?

XdlG - La première est de ramener la sérénité au sein de l'association, après le coup de chaud de l'été dernier. Ce n'était pas gravissime, mais c'était embêtant puisque tout ce qui égratigne l'image de la SNSM, tout ce qui peut faire douter, tout cela n'est pas bon ! L'un des moteurs de la motivation de nos bénévoles, c'est la fierté d'appartenance, la fierté de l'engagement, l'aventure en mer entre guillements. Ma deuxième priorité est d'entretenir, de renover et d'anticiper le bénévolat très spécifique qui est celui de la SNSM. Cet engagement bénévole, 365 jours par an, nuit et jour, est un choix, qui entraîne aussi des contraintes pour nos bénévoles. Entretenir, rénover, rafraîchir ce creuset des bénévoles ! Sans bénévoles, il n'y a pas de SNSM, c'est clair !! Ensuite, ma priorité concerne la formation : elle est indispensable pour avoir des sauveteurs bénévoles qualifiés, "professionnalisés", mais ce terme peut être diversement compris, professionnalisé non pas dans le sens de salariés, mais dans celui de qualifié, de compétent, de professionnel !

J'imagine que l'une de vos prorités va également à l'équipement...

XdlG - C'est en effet ma quatrième priorité a trait à l'équipement : le bon bateau, au bon endroit ! Il nous faut des bateaux bien équipés, au bon endroit, d'ou l'analyse des risques, sachant que la technologie embarquée sur ces bateaux évolue, et que le risqe évolue. 90% de nos interventions sont réalisées dans la zone côtière, dans les 3, 4 ou 5 nautiques de la côte. On ne va pas forcément loin, mais on va dans des endroits qui peuvent être difficiles, dangereux, cela peut être de nuit, par mauvais temps, on voit cela toutes les semaines ! Il nous faut donc les bons moyens aux bons endroits, ni sur-dimensionnés, ni sous-dimensionnés, avec un degré de redondance. 

Logiquement, votre dernière priorité devrait concerner les finances...

XdlG - Le dernier point ce sont effectivement les finances, sachant que notre modèle économique est fragile... Le budget de la SNSM est de 24 millions d'euros, couvert à hauteur de 9% par l'Etat, de 16% par les collectivités locales et 75% par le mécénat et les donateurs privés ! Ce financement n'est jamais garanti, et il nous faut en permanence nous remettre en cause, sachant que notre gisement réside clairement du côté des donateurs ! 

Et des donateurs, il n'y en a pas tant que cela en fin de compte...

XdlG - Il y a en effet 500 000 bateaux de plaisance en France et nous comptons entre 60 et 65000 donateurs ! La marge de progression est forte à ce niveau là, puisqu'il y a 5 millions de plaisanciers ! Il nous faut développer cette ressource de la générosité, à l'instar de ce qui existe en Grande-Bretagne, ou le financement des sauveteurs (RNLI ndlr) est consubstentiel à la plaisance ! Peut être faut-il aussi réfléchir, avec l'Etat, sur l'institutionalisation de recettes régulières, sous forme de contribution imposée aux propriétaires d'anneaux. Quand on loue un anneau 1000 euros par an, on peut donner 50 ou 100 euros par ans pour le sauvetage ! N'oublions pas qu'il s'agit de la sauvegarde de la vie humaine !! 

Une question qui fâche maintenant : dans certaines régions de France, il y aurait trop de stations, une situation issues de l'histoire même de la SNSM. Que comptez-vous faire dans ce domaine ?

XdlG - Il n'y a pas de question tabou à la SNSM ! On a le droit de se poser les bonnes questions, surtout quand l'argent se fait rare ! Dans ce domaine, il nous faut partir de l'existant, sans à priori ! On ne peut pas supprimer une station d'un claquement de doigt, de façon sauvage !! En revanche, on a créé récemment une commission de la flotte et des infrastructures, dont la mission est d'avoir une vision stratégique de notre déploiement de moyens. Elle nous fournira une sorte de schéma directeur de référence. En bref, dans un monde idéal, si on partait de rien, voilà comment devrait être déployée la SNSM. A partir de là, au fil des renouvellements, il nous reviendra de nous interroger sur l'adapatation des moyens. Un exemple parmi d'autres : on peut se demander si notre nouvelle V1, qui est un formidable navire de 16m, ne peut pas remplacer à terme un canot tout temps ! On économiserait près de 300 000 euros par bateau, pour un service équivalent dans certaines zones ! Il ne faut pas partir du principe que le schéma d'équipement actuel est figé, ça c'est l'engagement de la direction de la SNSM ! Dans cette démarche, sont associés, outres les sauveteurs, les Cross, qui sont, rappelons-le, nos donneurs d'ordres !

Autre question qui fâche : votre prédécesseur souhaitait remonter au national la trésorerie des stations. Qu'en est-il ? 

XdlG - Je rappelle qu'aucune station n'a l'autonomie financière ! Le patron, c'est le président national !! Pour des questions de commodité évidente, sont délégués à chaque station les moyens qui lui permettent d'assurer son fonctionnement courant. Cela va même un peu plus loin que cela, puisque l'on demande aux stations d'anticiper sur leurs investissements à venir, carénage, renouvellement de la vedette, de façon à ce qu'ils puissent fournir les 25% qui leurs seront demandés le moment venu. La masse de trésorerie n'a rien à faire dans les stations. Elle est remontée dans le pool national de trésorerie, ou chaque station conserve, de façon fléchée ses fonds !! Aujourd'hui, il ne reste que 4 stations qui n'ont pas encore adhéré au pool, sur... 200 !! Nous allons réussir à fédérer tout le monde, tranquillement, mais de façon déterminée ! Ces 4 stations sont des stations très efficaces, bien tenues, qui réalisent de belles opérations, donc on ne les prendra pas avec brutalité, mais avec conviction !

Enfin, un sujet d'inquiétude, à savoir la fin de la clause de compétence générale pour les collectivités territoriales, qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur votre financement...

XdlG - La fin de la clause de compétence générale conduirait certaines collectivités à ne plus pouvoir financer ce qui ne rentre pas stricto sensu dans leur champ de compétences. A ce titre, il ne me revient pas de commenter une volonté politique, mais d'alerter les pouvoirs publics sur le danger que cela représenterait pour les sauveteurs en mer. Aujourdhui, les sauveteurs sont aussi financés par des communes, des départements et des régions, alors que cela ne rentre pas dans leurs compétences. Dans ce domaine, une solution pourrait consister à ce que le sauvetage en mer soit inscrit dans les compétences des départements dans le cadre du secours aux personnes, et des régions, dans le cadre du toursime. Si ce n'était pas le cas, les conséquences financières seraient catastrophiques.

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MONTIGNY 18/05/2014 18:43

Le président de la SNSM n'est pas le premier à prôner la cotisation solidaire des plaisanciers, vaches à lait. C'est tellement simple d'aller chercher l'argent où il regorge. Ce n'est pas toujours le cas. Le jour où cette cotisation sera instaurée, les donateurs plaisanciers disparaitront. Les utilisateurs des services de la SNSM sont les professionnels de la mer, les kite surfers, les baigneurs, les scooters des mers, les utilisateurs de bateau à la journée qui ne possèdent pas d'anneaux etc. Attention à ce que vous allez faire, la SNSM a bonne presse chez les plaisanciers.