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Interview - mais qui est donc le nouveau président de la SNSM ?

nicolas venance - redacteur en chef actunautiqueActuNautique.com a rencontré l'amiral Olivier Lajous, qui vient de succéder à l'amiral Lagagne à la tête de la SNSM, l'association française des Sauveteurs en Mer. 

ActuNautique - Président, vous venez de prendre vos fonctions à la tête de la SNSM, la Société Nationale des Sauveteurs en Mer. La première question qui me vient à l'esprit est toute simple : comment devient-on président de la SNSM ? et, faut-il forcément être amiral pour cela ?

Amiral Olivier Lajous - Comment le devient-on ? Par cooptation du monde maritime, et par élection du Conseil d'Administration de la SNSM. Le processus est classique, à l'instar de ce que l'on trouve dans toutes les grandes associations. Ce processus se mûrit au fil du temps, dans l'année qui précède la départ du président en titre. Le président quittant présente lui même son successeur, et le Conseil d'Administration tranche.

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Pour ce qui est du second volet de votre question, faut-il un amiral, non ! Il suffit simplement de trouver la bonne personnalité. Il pourrait s'agir demain d'une grande navigatrice, d'un marin de la marine marchande, de la marine de pêche, voire pourquoi pas d'un très grand plaisancier. Il faut simplement que cette personne soit disponible, puisqu'il s'agit d'un mandat de 6 ans, en bénévolat, qui prend bien 80% de votre temps ! Il faut également pouvoir l'assumer de façon financière, sachant en outre que l'on prend une responsabilité considérable, puisque le moindre accident, qui est possible tous les jours, à la moindre intervention d'un bateau, engage la responsabilité du président... Il y a un budget à gérer, des grandes orientations stratégiques à donner. C'est un vrai métier, sauf qu'il est bénévole, et qu'il faut donc avoir pris des dispositions personnelles pour pouvoir le faire.

Il se trouve que la vie militaire est ainsi faite que l'on nous fait quitter le service à 58 ans à peu près. A 58 ans, on est assez jeune et on se dit que de 58 à 64 ans, on peut y aller ! Une pension de retraite d'amiral permet de vivre confortablement, pas forcément de vivre bien à Paris, il faut être clair et dans mon cas personnel, il me fallait pouvoir compléter ma pension d'un revenu annexe, pour pouvoir me payer un loyer, car je ne suis pas propriétaire à Paris... Il a donc fallu que je trouve une activité professionnelle, que je monte une société de conseil et que j'aille trouver des clients avec les dents, comme tout le monde, pour pouvoir m'assurer un revenu complémentaire, qui me permet aujourd'hui d'être un président bénévole.

Est-ce que les autres retraités du monde maritime, un marin de la marine marchande, un grand navigateur, ou un grand plaisancier, auraient cette facilité là ? Je ne le sais pas... Ensuite, il faut que le président de la SNSM soit reconnu dans le monde maritime et qu'il dispose d'un certain carnet d'adresses, car le président national est quand même celui qui va chercher les financements auprès des grands patrons d'entreprises. Pour pouvoir par exemple, pousser la porte de Christophe de Margerie, président de Total, l'un de nos grands partenaires, cela suppose une certaine expérience professionnelle, que l'on trouve généralement chez certains officiers de marine... que l'on appelle amiral !

Si demain pour me succéder une femme de talent, ayant cette liberté et cette compétence maritime pouvait me relever, je serais le plus heureux des hommes !

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Justement, vous parlez d'expérience maritime. Président Lajous, vous avez vous même suivi un parcours un peu particulier dans la Marine Nationale...

Amiral Olivier Lajous -  Il est commun dans ce sens que j'ai été un marin parmi les marins...

Pas pour un amiral !

Amiral Olivier Lajous - Ce qui me distingue peut être d'une partie des amiraux, c'est que les amiraux ont généralement fait l'Ecole Navale. Moi, je ne l'ai pas suivie : je suis entré dans la Marine pour y faire mon Service National comme matelot. J'ai très vite rejoint le un coprs des officiers, puis j'ai fait un parcours de contractuel pendant pratiquement 14 ans, avant d'être intégré.

Contractuel ?

Amiral Olivier Lajous - J'ai été titularisé après 14 ans de contrat ! Je sais ce que c'est que d'être contractuel, d'être en CDD, et de voir votre banquier vous regarder d'un oeil torve, quand vous lui faites une demande d'emprunt ! Je dois tout à la Marine ! Ce qu'il y a de remarquable dans la Marine, c'est que j'ai eu la chance de tomber sur des patrons qui ne m'ont pas regardé en fonction de mon diplôme, mais en fonction de mes compétences. Le diplôme ne fait pas l'homme, même s'il participe à ses compétences. Ce qui fait un être humain, c'est son caractère, son engagement, son éthique, son envie d'avoir envie. J'ai eu la chance d'avoir des patrons qui m'ont donné ma chance, ce qui m'a permis d'aller au plus haut sommet de la Marine, en me faisant confiance, et en me prenant comme j'étais. 

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Vous dites souvent que la Marine, ce n'est pas un ascenseur social, mais un escalier social. Vous n'aimez pas l'électricité ?

Amiral Olivier Lajous - Je préfère le mot escalier à celui d'ascenseur, car je ne suis pas de ceu qui croient qu'il suffit, avec un bon diplôme en étant issu d'un bon milieu social et étant au bon endroit, d'appuyer sur un simple bouton pour être porté vers le haut. Dans la vie, on n'a que ce que l'on mérite. La vie, c'est une succession de marches à grimper. Chaque fois que l'on a réussi à en gravir une, on en est fier, on en a morflé, on s'en souviendra toute sa vie, on a progressé, mais ce n'est pas venu tout seul. Je crois beaucoup à l'expérience personnelle, à l'effort personnel, et au fait qu'on grandit en étant confronté aux actions de la vie...

Le sauvetage en mer, dans la Marine, vous avez fait déjà, si je ne m'abuse, mais pas à bord d'un canot tout temps !

Amiral Olivier Lajous - Effectivement, mon métier de marin m'a conduit à être souvent en mer, et je me rappellerai toujours du départ de la Route du Rhum 2002. Jean le Cam fait un soleil après avoir heurté au autre concurrent qui s'était renversé, il est près d'une heure et demi du matin. Je suis alors commandant de la frégate De Grasse...

Frégate De Grasse qui vient tout juste de prendre sa retraite...

Amiral Olivier Lajous - Comme moi en effet ! Nous sommes partis la veille de Saint Malo, le temps est vraiment mauvais ce jour la, et nous sommes appelés pour porter secours. Je monte jusqu'à pratiquement 25 noeuds, c'est un bateau de 6500 tonnes, de 180m de long, qui ne se manoeuvre pas comme un jet ski ou un canot tout temps, et quand j'approche, en pleine nuit, je me rends compte au dernier moment qu'il est temps de s'arrêter ! On vire un peu sec, disons même très fort, et dans la gîte que prend le navire, à la machine arrière, de l'huile présente dans une gate se renverse sur un tuyau chaud et déclenche un début d'incendie ! En bref, au moment où on arrive sur le lieu du naufrage, je suis à la passerelle, et on me rend compte d'un incendie machine arrière ! Voilà, il faut gérer tout en même temps. En parallèle, deux canots tout temps SNSM étaient sur place et nos deux camarades skippers ont pu être sauvés grâce à une parfaite coordination entre la SNSM, le De Grasse, l'un de mes deux hélicoptères de bord et le Cross. Ce sauvetage cocasse est d'ailleurs l'un des derniers que j'ai effectué. Le premier, je l'avais fait comme enseigne de vaisseau dans une énorme tempête au large de la Corse, où l'on avait remorqué pendant pratiquement 12 heures, un voilier à bord duquel le propriétaire s'était gravement ouvert le fémur. Donc, déjà, tout petit, comme disait Coluche, j'ai pratiqué la mer et donc le sauvetage. Pour autant, le sauvetage en mer est trop professionnel pour être confié à des amateurs comme moi, et je suis donc très content d'avoir des équipages bien formés à la SNSM !

Vous parlez formation, un thème qui vous est cher puisque vous avez été DRH de la Marine, à l'Etat Major. Sans doute l'une des raisons qui a motivé le choix du Conseil d'Administration de la SNSM au moment de votre élection...

Amiral Olivier Lajous - Je n'en sais rien ! Ce qu'il y a de sûr en revanche, c'est que mon dernier poste de marin, a été celui de DRH de la Marine Nationale, un métier passionnant, exigeant, au plus haut sommet, puisqu'on est le numéro 3 dans l'organisation de la Marine. Mais la vraie responsabilité, ne nous trompons pas, ce sont les hommes et les femmes qui viennent dans la Marine, qui y travaillent, qui lui donnent tout leur talent. Moi, mon métier, c'était juste de faire en sorte que ces gens talentueux continuent à pouvoir faire des parcours professionnels motivants, enrichissants, ou qu'ils partent dans de bonnes conditions, s'ils devaient partir. 

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