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L'Histoire en photos : le port de Folkestone en quête d'un nouvel avenir

Pendant plus d'un siècle et demi, Folkestone a compté comme un port d'arrivée incontournable pour les continentaux souhaitant rejoindre la Grande-Bretagne, à l'instar de Douvres ou de Portsmouth.

 

Le premier Août 1993, la cité portuaire fêtait les 150 ans de la ligne régulière Boulogne-Folkestone, ligne née de l'arrivée du chemin de fer à Folkestone en Juin 1843.

 

L'inauguration du tunnel sous la Manche, la fin des duty-frees en Europe et la concurrence de ports plus importants comme Douvres ont mis un terme à cette activité en 2000, laissant des infrastructures portuaires à la dérive, en quête d'un nouvel avenir.

 

Un projet de restructuration complète du front de mer est actuellement à l'étude, dont l'objectif est de replacer le port de Folkestone au coeur de la Cité.

 

JUIN 1843 : inauguration de la ligne Boulogne-Folkestone

 

C'est l'ouverture de la ligne de chemin de fer Londres-Folkestone, via Reigate et Tonbridge, en juin 1843, qui permet la création de la ligne maritime Boulogne-Folkestone.

 

Le port de commerce n'ayant été relié que 6 mois après cette inauguration au réseau ferroviaire, par le biais d'un pont de 18 arches, le Foord Viaduct, coupant le port de pêche en un port intérieur (Inner Harbour) et un port extérieur (Outer Harbour), les voyageurs durent pendant cette période utiliser un terminus temporaire, bâti en toute hâte à côté de la gare de la ville.

 

Folkestone-le-port-de-pechele Foord Viaduct du port de Folkestone

 

La construction de cette laison relèvera d'ailleurs de l'exploit car outre celle du viaduc, elle nécessita la création d'une voie ferroviaire dont la forte déclivité et le tracé complexe furent à l'époque cités en exemple.

 

Ces travaux importants nécessitèrent de plus le dragage complet du port de commerce qui, construit en 1809 par  Thomas Telford, était depuis lors totalement négligé, ce qui poussa la compagnie ferroviaire South Eastern Railway, dans une démarche d'intégration verticale, à acquérir le port de Folkestone pour 18000 livres, afin d'en optimiser l'utilisation. Une optimisation qui ne lui permit cependant pas de posséder les navires réalisant les traversées, ce pour des questions... légales. Dans un premier temps...

 

La compagnie maritime retenue pour ce faire en 1843 fut donc la New Commercial Steam Packet Company qui exploita 3 navires sur la ligne, à savoir le City of Boulogne, le Sir William Wallace et l'Emerald.

 

Folkestone-le-Inner-HarbourFolkestone, le port "intérieur" ou inner harbour

 

Devant de très nombreux problèmes d'exploitation de la ligne maritime, les directeurs de la compagnie ferroviaire créèrent alors leur propre compagnie, la South Eastern and Continental Steam Packet Company et passèrent commande de 8 bateaux à vapeur destinés à la ligne Folkestone-Boulogne mais aussi aux lignes Douvres-Ostende et Boulogne-Douvres. Une décision qui déclencha une affaire d'état qui se conclut en 1853 par une sanction parlementaire.

 

En 1848, il est intéressant de noter que la laison ferroviaire Paris-Londres via Boulogne et Folkestone durait 12H30 au total, pour une durée de traversée de la Manche de 1H45.

 

Folkestone-quais-de-la-gare-de-passagers-sur-le-port

Quais de la gare, sur le port de Folkestone

 

En 1854, 31600 passagers seront séduits par la laison Boulogne-Folkestone, quand la Calais-Douvres n'en attirera "que" 12100. Une situation qui changera à partir de 1867 et la création d'une nouvelle voie de chemin de fer directe vers Calais, qui, du fait d'une distance plus courte vers Paris, donna la prééminence à la liaison Calais-Douvres.

 

Cette situation empirera au fil des ans, du fait du lancement de nouveaux navires, plus importants qui incitèrent à la création d'un nouveau quai en 1876, rallongé entre 1881 et 1883.

 

En parallèle, la ville de Boulogne investit dans son port, ce qui permit de réduire notablement la durée du voyage Paris-Londres qui, en 1884, ne prenait plus que 8H00 avant de descendre encore à 7H30 en 1891.

 

La croissance du trafic incita l'exploitant du port de Folkestone à investir encore et de lourds travaux  furent de nouveau conduits entre 1897 et 1904, qui lui donnèrent la configuration qu'on lui connaît encore aujourd'hui, avec cette longue jetée sud à l'architecture si caractéristique.

 

Folkestone-le-remorqueur-Anglian-Monarch-a-quai-sur-la-grande jetee

Longue jetée du port de Folkestone - remorqueur de haute mer Anglian Monarch à quai

 

1899 : fusion des deux rivales historiques

 

Au tournant du siècle, la South Eastern Railway fusionne avec sa rivale de 40 ans, la London Chatham and Dover Railway, opérant depuis Douvres pour former la South Eastern & Chatham Railway.

 

Ce rapprochement entraîne la mise en place de standards communs entre les deux compagnies, les navires les plus anciens étant mis au rebut au profit d'une flotte pouvant opérer sans difficulté tant depuis Folkestone que depuis Douvres, notamment au travers du lancement de nouveaux navires à turbine, notamment les Riviera et Engadine (1911).

 

Pendant la première guerre mondale, l'activité du port de Folkestone est maintenue, malgré la disparition du Queen, coulé par les allemands en 1916 et qui était justement le premier navire à turbine de la compagnie.

 

Paquebot-The-Queen-a-FolkestoneLe Queen, quittant le port de Folkestone


En 1923, la South Eastern & Chatham Railway est rachetée par la Southern Railway qui exploite alors des navires comme le Maid of Orleans, qui sera coulé par les Allemands en 1944 ou le Biarritz qui sera lui désarmé en 1949.

 

Fermé au trafic des civils durant la seconde guerre mondiale, le port de Folkestone est rouvert dès août 1945 avec une première ligne vers Ostende puis une seconde vers Calais en 1946, la ligne vers Boulogne n'étant relancée qu'en 1947.

 

A partir de 1955, le trafic du port est dopé par les "no passport days", opérations qui permettent de faire des excursions de l'autre côté de la Manche, sans passeport. 3 navires opèrent alors depuis Folkestone, le Isle of Thanet (1925), le Canterbury (1929) et le nouveau Maid of Orleans (1949), les deux plus anciens étant remplacés à l'aube des années 60.

 

Maid-of-Orleans-au-port-de-Folkestone

 

En 1966, la ligne régulière de transport de marchandises Folkestone-Boulogne s'arrête. Cet arrêt signe le début du déclin inéluctable du port de Folkestone. L'époque voit le trafic automobile exploser tout comme le besoin en roll-on roll off. Si Douvres investit très tôt dans des passerelles de chargement automobile-ferry, ce n'est pas le cas de Folkestone qui s'en remet à de traditionnelles grues.

 

Il faudra d'ailleurs attendre 1972 pour que le port de Folkestone se dote d'un tel équipement, qui représente un investissement de 9 millions de livres, ce retard ayant naturellement conduit le trafic poids-lourd à opter entretemps pour la liaison Calais-Douvres... La ligne vers Boulogne reprend toutefois un planning quotidien, une liaison vers Ostende étant réouverte.

 

Si jusqu'au milieu des années 70, Douvres devance largement Folkestone dans la liaison avec Boulogne, Folkestone repasse en tête à l'aube des années 80 avec le développement de la compagnie Sealink.

 

1980 : le déclin s'accélère

 

L'arrêt en octobre 1980 du Caesarea, le dernier navire dédié au seul transport de passagers signe la victoire incontestable du principe de Ferry moderne dans les laisons transmanche.

 

En 1984, l'intégralité des lignes Folkestone Calais sont basculées sur Douvres, tout comme la ligne de nuit Folkestone-Ostende un an plus tard. Le trafic à partir de Folkestone se réduit alors à la liaison historique vers Boulogne, assurée par 3 navires, les Vortigem, Hengist et Horsa.

 

Folkestone-le ferry-VortigemLe Votigem quitte le port de Folkestone

 

Cette année, le Sealink Uk Ltd est vednue à la société Sea Containers Ltd à l'occasion d'un vaste plan de privatisation conduit outre-Manche. Le port de Folkestone passe ainsi sous le contrôle d'un groupe basé aux Bermudes et dont le président, James B.Sherwood, est connu pour avoir relancé l'Orient Express deux ans auparavant, sur la ligne Londres, Folkestone, Boulogne, Paris, Venise.

 

Le changement de propriétaire ne parvient pas à relancer le trafic du port, le lancement de la construction du Tunnel sous la Manche hypothéquant un peu plus son avenir, ce qui pousse  Sea Containers à racheter la compangie d'hovercrafts Hoverspeed afin de se positionner sur les liaisons rapides.

 

En 1990, Sea Containers cède son activité de ferries, Sealink British Ferries à la compagnie suédoise Stena Line, une cession qui ne concerne pas le port de Folkestone.

 

Un an plus tard, la Stena annonce l'arrêt de toute desserte depuis Folkestone, au profit de Douvres.

 

Folkestone-le-Seacat

 

En avril 1992, Sea Containers remplace ses hovercrafts par un tout nouveau catamaran rapide, le Seacat, qui opèrera sur la ligne Folkestone-Boulogne.

 

Très apprécié pour les liaisons rapides et pour des séjours courts, le Seacat sera achevé par la réglementation européenne sur les duty-frees en 1999 et l'ouverture du tunnel sous la Manche. En septembre 2000, la ligne Seacat est arrêtée ce qui met fin au trafic de passagers qui avait toujours animé le port de Folkestone depuis... 150 ans.

 

2004 : changement de propriétaire pour un nouveau départ ?

 

En 2004, Sea Containers cède le port de Folkestone à Roger De Haan, ancien président de la plus grosse société de Folkestone, Saga. 

 

Trois ans plus tard, la Folkestone Harbour Company (FHC) complète son domaine foncier par de nouvelles acquisitions sur le front de mer, lance une vaste étude de restructuration de la zone portuaire de Folkestone et présente en 2010 une première ébauche d'un vaste plan d'urbanisme.

 

Folkestone-nouveau-projet-de-port

 

Un plan qui fait la part belle au logement et à la plaisance et qui souhaite faire rentrer le port dans la ville.

 

Mais aussi à une nouvelle liaison maritime Boulogne-Folkestone. Colin Crawford, ancien directeur du port de Harwich et Ian Sisley, un consultant, ont en effet présenté un projet de liaison transmanche de cinq rotations quotidiennes, uniquement destinées aux piétons et aux cyclistes.

 

Vers un retour aux sources pour Folkestone ?

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