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Lancement du Sanya 57 - interview exclusive de Jean-François Fountaine

Le Salon du Multicoque de Lorient était l'occasion pour le chantier français Fountaine-Pajot de présenter en avant première mondiale son tout nouveau flagship, le Sanya 57.

Jean-François Fountaine, président de la société, nous présente ce nouveau modèle en exclusivité pour les lecteurs d'ActuNautique.com, puis fait le point sur l'état du marché de la plaisance, en prenant sa casquette de président de la Fédération des Industries Nautiques (FIN) !

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ActuNautique - Jean-François Fountaine, le Sanya 57 témoigne d'une monté en gamme impressionnante, qu'en est-il ?

Jean-François Fountaine - Oui, tout à fait nous venons de lancer le Sanya qui a déjà parcouru quelques miles puisque celui exposé au salon n'est pas le premier de la série. Au Grand Pavois, nous venions tout juste de terminer le premier et nous avons donc souhaité prendre du temps, à Lorient, pour le présenter au public. Le programme de ce 57 pieds, 56 en longueur de coque pour être plus précis, propose soit jusqu'à 6 cabines, avec 5 cabines invités et une cabine skipper, soit 5 cabines dans une configuration propriétaire, avec une suite magnigfique. C'est cette version qui est présentée à Lorient. L'aménagement de ce bateau est très tourné vers l'extérieur, avec une cuisine de cockpit, un barbecue, une table pour déjeuner dehors, un poste de barre où tout est regroupé, avec à la fois 3 places assises et toutes les fonctions manoeuvre réunies, pour éviter au skipper de courir dans tous les sens. Ce bateau propose aussi un lounge deck magnifique pour profiter du soleil. On n'a pas souhaité faire de fly car nous souhaitons conserver à nos bateaux une certaine élégance et une accessibilité à la baume, mais les espace extérieurs sont nombreux et très confortables. Voilà un peu l'état d'esprit du bateau, bien sûr, l'annexe est également masquée...

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C'est une caractéristique du chantier, vous n'aimez pas les annexes ?

Jean-François Fountaine - Si, on les aime bien, mais elles ne sont pas faites pour recevoir le soleil de manière durable. On les masque donc du soleil, mais on les protége également des actes de vandalisme, quand on est cul à quai, au port, tant il est vrai que les gens ont parfois des idées saugrenues ! Le fait de masquer les annexes permet en outre de garder au bateau une certaine élégance, on ne voit pas de pièces disgrâcieuses déborder ! 

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Et côté performances, comment se caractérise le Sanya 57 ?

Jean-François Fountaine - Le Sanya 57 présente de bonnes performances sous voile; on aime bien les bateaux qui marchent bien ! C'est un bateau très tonique parce qu'on l'a doté d'une voile à corne. Le mât n'est pas très haut mais comme la grand voile a tout de suite de la largeur en haut, on a une belle poussée sur le grande voile, sachant que le génois offre un bon recouvrement. Les voiles du Sanya 57 sont de grande qualité puisque l'on travaille avec la voilerie Incidences, voilerie qui fait toutes les voiles de nos bateaux et qui est réputée dans le monde de la course. Des bateaux comme Banque Populaire ou Groupama ont par exemple des voiles Incidences.

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Le design intérieur du Sanya 57 est très novateur...

Jean-François Fountaine - Nous avons confié à Isabelle Racoupeau le soin de faire le travail intérieur de ce bateau. C'est un intérieur assez moderne, avec des arètes vives, un design très contemporain, élégant, avec une touche de modernité, une cuisine ilôt pratiquement au centre...

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On s'éloigne un peu de l'univers bateau. Avec le Sanya 57, on est dans un appartement moderne, de bon goût.

Jean-François Fountaine - C'est exactement l'objectif. On est dans un univers d'appartement haut de gamme, moderne, dans une esthétique que l'on va retrouver maintenant un peu partout sur la planète. On est sur des choix qui se situent dans le design contemporain, mais attention, nous sommes toujours sur un bateau. On a fait très attentions aux différentes ergonomies. Il est vrai que le multicoque naviguant à plat, nous permet d'avoir des libertés sur un certain nombre de choix. Etant sur un bateau, a on fait attention à ce que les objets soient bien calés, nous sommes nous même des navigateurs !

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A Lorient, en parallèle aux voiliers, vous exposez deux trawlers à moteur, l'une de vos spécialités dont on ne parle pas assez souvent !

Jean-François Fountaine - Oui, c'est vrai, nous sommes peut être un peu trop timides sur cette gamme, sur laquelle nous sommes pourtant particulièrement actifs. Notre gamme de trawlers se compose de 4 modèles, du 35 au 55 pieds. A Lorient, nous présentons les 2 bateaux centraux, le Summerland 40 et le Cumberland 46 dont on a déjà livré 50 exemplaires ! Ces bateaux se caractérisent notamment par une très faible consommation, 40% inférieure à celle d'un monocoque équivalent. Les gens imaginent que c'est un argument purement commercial mais c'est pourtant un fait démontré ! Tout comme le fait que ces bateaux ne roulent pas au mouillage, qu'ils sont stables, très confortables et qu'ils disposent d'une très grande autonomie !

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En parlant de faible consommation, vous développez le concept de l'Eco-Cruising. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Jean-François Fountaine - L'éco-cruising, c'est un concept que nous développons et qui veut dire que la plaisance doit aller vers des usages de plus en plus propres mais aussi vers des bateaux de plus en plus autonomes d'un point de vue énergétique. Ca, c'est très intéressant parce que quand votre bateau est autonome, vous n'avez pas besoin de faire du fuel tous les 15 jours quand vous naviguez. Concrètement, le concept d'éco-cruising signifie que nos voiliers doivent à terme, être à énergie positive. C'est à dire qu'ils devront fabriquer plus d'énergie qu'ils n'en consomment. Ca passe par des grands panneaux solaires mis en arrière de la baume, des panneaux très efficaces, des "back-contact", les meilleurs, qui sortent 30 ampères en 24 volts ! On va annoncer dans très peu de temps le brevet que le chantier Fountaine Pajot a déposé sur l'hydrogénérateur sur les catamarans. Sous la nacelle, une hélice immergée va produire du courant électrique, 500 watts avec une très faible trainée. En bref, dès qu'il y a un petit peu de vent ou de soleil, ces bateaux seront capables de produire beaucoup d'énergie, sachant que nous luttons contre la consommation d'énergie en ayant opté par exemple, pour l'éclairage LED.

Notre démarche est la même sur les catamarans à moteur, qui adoptent des panneaux solaires, situés par dessus le taud de soleil. C'est une nouveauté ! Pas besoin de faire tourner le moteur ou le groupe pour avoir de l'énergie, à l'ancre ! 

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L'hybride, vous y croyez ? Pas encore ? Pas tout de suite ? Bientôt ?

Jean-François Fountaine - Pas vraiment ! Parce que l'hybride a du sens quand on veut, par exemple, faire de l'ultra-côtier. On se charge sur une borne de quai et on fait ensuite un déplacement à l'électrique mais dès que l'on est sur des bateaux de voyage, ce qui est notre cas, très vite on est aux limites du système de stockage. On préfère travailler sur l'électrique par du solaire, de l'hydrolienne, demain par des aérogénérateurs. Cela nous paraît être pour l'instant être la meilleure des démarches. 

Comment se présente l'année 2012 pour le chantier Fountaine-Pajot, alors que la conjoncture est assez moyenne...

Jean-François Fountaine - Cette année, nous devrions construire 110 bateaux, ce qui représenterait une croissance comprise entre 5 et 10%, mais c'est encore trop tôt pour le dire. Sur le premier semestre, on est en progression de 10%, ce qui est bien dans un univers de la plaisance extrèmement difficile cette année. Notre visibilité commerciale est toutefois à court terme.

Justement. Face à des pays à faible coût de main d'oeuvre, produire des bateaux de plaisance en France, a t-il encore du sens ?

Jean-François Fountaine - Evidement que ça a du sens ! D'ailleurs, les principaux constructeurs de bateaux de plaisance sont en France ! Evidemment que ça a du sens, puisque notre pays bénéficie de toute la richesse d'une filière industrielle très complète. Alors ceci dit, il faut bien sûr faire très attention à notre compétitivité, pour ne pas être dépassés par les Allemands, par les Chinois, mais aujourd'hui, produire en France a beaucoup de sens ! Notre pays a une efficacité industielle élevée, avec des organisations, une productivité ouvrière importante, un haut niveau technologique et de qualité. La réussite de Bénéteau, de notre entreprise et d'autres chantiers nationaux est là pour la prouver. Tous les jours !

Crédits photo Sanya 57 en navigation : Gilles Martin Raget

 

 

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Marie Pierre PERELLO 01/05/2012 12:09

Je partage complètement le point de vue de M. Fountaine. Econav met au point une "labellisation" de bateau éco-conçu, est-ce que la FIN est partenaire de ce projet ?