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Nautisme - la Colombie doit développer ses infrastructures et ses activités connexes à valeur ajoutée

clemence rebours - vignette actunautique-copie-1Interview croisée de deux professionnels français en Colombie

 

 

 

Un climat tropical, des côtes majestueuses et une situation géographique qui la place idéalement au cœur des Caraïbes, mais surtout une économie florissante, des habitants et un gouvernement ayant la ferme volonté de promouvoir le pays : la Colombie est une terre propice au développement du nautisme.

 

Nous avons interrogé deux professionnels français opérant respectivement sur place depuis 4 et 6 ans.  Alfred Schallhauser, concessionnaire Lagoon, Bénéteau et Bordeaux 60 en Amérique Latine à travers sa société CBT Yachts; et  Romain Gindre, skipper professionnel, directeur de la société  Globe Skipper.

 

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Alfred Schallhauser 
concessionnaire Lagoon, Bénéteau et Bordeaux 60 en Amérique Latine (CBT Yachts)

 

Une culture nautique davantage tournée vers le moteur

Plus traditionnellement tournés vers les bateaux à moteur, les plaisanciers colombiens sont de grands pêcheurs. L'activité y est largement répandue et les équipements techniques foisonnent, contrairement à la voile qui reste une activité onéreuse en termes d'investissement, autant pour le particulier que pour les autorités gouvernementales, qui doivent développer les infrastructures adéquates". Or la Colombie a eu des priorités plus urgentes que celle de fomenter une activité nouvelle. Le pays prenant depuis quelques années un nouvel essor, on sent une réelle volonté du gouvernement, à travers les activités de Proexport Colombia, de promouvoir le tourisme et d'attirer les investisseurs. "Dans le même temps, une certaine frange de colombiens commence à s'intéresser à la voile, majoritairement des "businessmen" de Carthagène, Bogota, Medellin ou de Cali." indique Alfred Schallhauser.

 

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Marina de Carthagène - Colombie

 

Marin et capitaine : les vrais maîtres du bateau ?

La pratique du nautisme en Colombie diffère en effet totalement de celle que l'on trouve en Europe. La main d'œuvre colombienne étant bon marché, le marché du service, extrêmement développé, s'est étendu au nautisme. Quiconque possède un bateau (voile ou moteur) emploie donc au moins un marin, voire un capitaine et un marin pour les bateaux de plus de 40 pieds (plus une femme de ménage... : il n'existe pas de limite !). Romain Gindre nous décrit leur rôle : "A quai, il s'agit de gérer les réparations, le nettoyage, bref, de maintenir le bateau dans un état impeccable. Lors des sorties, le personnel cuisine, assure le service et le nettoyage (NDLR jusqu'au repassage du linge de lit !),  et effectue les manœuvres. Il n'est en effet pas rare que le propriétaire n'ait aucune notion de voile et qu'il s'en remette totalement à son capitaine. S'il a quelques notions, le propriétaire endosse le titre de capitaine et décide du cap, des voiles et des manœuvres, tout en laissant très souvent à son marin et/ou à son capitaine le soin d'appliquer ses décisions".

Dans ce contexte, la voile sportive est naturellement très peu développée : "le mythique et très select Club de Pesca de Carthagène organise chaque samedi des régates auxquelles participent 20 à 25 monocoques" explique Alfred Schallhauser, "mais là aussi, la pratique diffère de celle que l'on connaît en Europe : le concept d'"équipage", avec chaque équipier qui grée, gère et dégrée son poste n'existe pas". La "faute" au manque de connaissance des équipiers mais aussi à la chaleur ? A peine touchent-ils le quai que celle-ci les pousse vers les boissons fraîches, et ce sont les employés qui gèrent la suite. Mais surtout, dans un environnement où les employés sont omniprésents, la préparation et la gestion d'un bateau apparaissent comme une tâche de plus à confier aux employés. L'appropriation de son bateau par le propriétaire, son goût pour les manœuvres, le plaisir de gérer son bateau de A à Z restent donc des notions à importer !

 

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Romain Gindre - Globe Skipper

 

Le nautisme se développe mais manque encore d'infrastructures et d'activités connexes

"Le marché du nautisme existe en Colombie", témoigne Alfred Schallhauser. "J'y vends davantage, et de plus en plus, de catamarans (4 catamarans contre 2 monocoques vendus en 4 ans en Colombie), qui correspondent parfaitement à la culture locale. Mes clients recherchent en effet un bateau facile à manœuvrer, offrant de l'espace, confortable, stable, insubmersible... Par ailleurs, les plus de 40 pieds se vendent mieux car c'est la taille minimale pour avoir l'air conditionné, indispensable sous ces latitudes.  Le marché de l'occasion est fort, mais concerne davantage les monocoques et le gros du business se fait à Miami". Mais aujourd'hui, le développement du nautisme est freiné. Au cœur de Carthagène, particulièrement prisée car animée et située à 2/3h des îles, il existe 3 marinas : la plus ancienne et select, le Club de Pesca, est complète, tout comme sa liste d'attente. Celle du Club Nautico est plus ouverte, elle accueille les visiteurs étrangers, mais elle est moins sécurisée : les acquéreurs de bateaux neufs hésitent à les y laisser... Enfin, la marina du port de commerce, plus récente et en développement, est également réservée à un cercle d'initiés. "Ce manque d'espace bloque les ventes", déplore le concessionnaire.

 

Celui-ci espère également la création d'une école de voile. Aujourd'hui, les jeunes apprennent le métier au SENA, équivalent d'un CAP, mais l'apprentissage reste technique, professionnel. Il n'existe pas d'enseignement ludique et sportif de la voile... Or une école de voile permettrait de rééquilibrer l'équation actuelle : ceux qui maîtrisent la voile y travaillent et ne naviguent jamais pour le plaisir, et ceux qui naviguent pour le plaisir ne savent pas le faire seuls.

 

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Carthagène - Colombie

 

Développer la voile ludique et sportive !

C'est un peu l'optique de Romain Gindre qui, à travers sa société Globe Skipper, propose la mise en main des bateaux. En aidant les propriétaires à choisir les équipements adéquats, en leur apprenant à comprendre et à manœuvrer leur bateau, en sortant avec eux et en leur offrant une expérience positive, il favorise leur appropriation du bateau, donne envie à leur entourage de se lancer et de se challenger via des petites régates ! Il existe ainsi de multiples autres moyens de favoriser les ventes et l'activité en suscitant l'envie (régates, évènements nautiques, apprentissage, accompagnement...).

 

En bref, l'activité nautique ne demande qu'à croître mais son éco-système doit suivre, sous peine de saturer ! 

 

 

C. Rebours

"A Rumbo libre en Amérique du Sud"

 

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