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Traverser la Patagonie chilienne à vélo et découvrir le paradis...

clemence rebours - vignette actunautique-copie-1Chiloé, Puyuhuapi, Queulat, Coyhaique, ces noms vous parlent ? Chiloé peut être.

 

 

Un coup de bateau pour parcourir cette île, qui marque l'entrée en Patagonie chilienne, constitue une petite entorse au vœu de suivre la Carretera Austral du Nord au Sud, mais l'entorse en vaut la peine... A vrai dire, tout ici vaudrait le détour s'il y avait des détours à faire, mais la magie de cette route, c'est qu'elle nous mène dans des coins fabuleux sans même avoir besoin de la quitter ! Mais reprenons.

 

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La Carretera Austral, kesako ?

Le Chili s'étirant sur plus de 5000 km, c'était, jusque dans les années 80, un peu la croix et la bannière pour le traverser. La Panaméricaine permettait de descendre jusqu'à Puerto Montt, dans la moitié sud du pays, mais après, plus rien, il fallait passer par chez le voisin, l'Argentine, un comble ! Les villages patagons étaient donc isolés du nord du Chili (d'où le certain esprit rebelle qui y règne encore...) jusqu'à ce que le "grand Général Pinochet" (sic) accède au pouvoir et décide de rompre cet isolement en construisant une route qui prendrait le relais de la Panaméricaine et traverserait la Patagonie chilienne jusqu'au sud du sud (environ 15 ans de travaux)... L'attachement des patagons à Pinochet, qui nous étonne au premier abord, provient donc en partie de ce qu'il les a reliés au Monde... (ensuite, ils disent qu'il a fait beaucoup de bien au pays et que les étrangers, pays socialistes et communistes notamment, l'ont diabolisé etc... Encore tout un débat ici !).

 

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La Carretera Austral, c'est donc un peu l'A40 de la Patagonie. "Ah... Et quel intérêt de la parcourir en vélo ?" me demanderez-vous. Ah mes amis... C'est que cette A40 est encore en grande partie un chemin de terre et gravier, qui serpente le long de rivières chargées de l'eau pure des glaciers, surplombe des "plages" et des lacs paradisiaques, longe l'océan Pacifique... Souvent coincée entre la falaise et l'eau, elle frôle des cascades et filets d'eau glacés, vous n'avez qu'à tendre votre bouteille pour vous ravitailler. Au cœur de la Cordillière des Andes, elle se fraye un chemin au cœur des vallées, et, inévitablement, passe quelques cols, surmontables. Elle traverse des réserves nationales, les sentiers partent de la route elle même. Et puis elle traverse des petits villages improbables, avec un mini-market qui ressemble plus à la cuisine de ma grand-mère qu'à un Géant Casino... Bref, cette Carretera Austral, c'est un peu la route sinueuse que l'on prend pour faire visiter le coin à un étranger.

 

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Enfourcher une bicyclette, partir droit devant

L'avantage de cette Carretera, pour un cycliste (même du dimanche s'il en a vraiment envie) c'est qu'il peut rouler des kilomètres et des kilomètres sans regarder la carte, sans se poser de questions, et sans se tromper puisque la route mène invariablement au sud, jusqu'à Villa O'Higgins (du nom du libérateur du pays).

 

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C'est magique d'avancer sans douter, en se demandant simplement quelle nouvelle merveille s'étendra sous nos yeux après le prochain virage. Le plaisir de voir le paysage se dérouler lentement, au rythme de nos coups de pédale qui se font plus réguliers, plus automatiques, plus soutenus aussi au fil des kilomètres. On roule tant que l'on veut, tant que l'on peut, puis on commence à être plus attentifs aux cours d'eau, aux fermes, aux barbelés qui entourent les parcelles de terrain... On furète quelques temps, et on finit toujours par trouver au mieux un coin plat et calme près d'un cours d'eau, au pire, un vaste espace plat près de la route ! (Attention aux pluies fortes qui peuvent les faire déborder en une seule nuit, nous avons failli revivre Into the Wild, coincés par la rivière en crue !). Si l'on rêve s'un vrai lit, les habitants font facilement de l'hospedaje, c'est à dire qu'on dort un peu chez eux !

 

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A quelle heure les bouchons ?

Eh eh... ! Côté trafic, des pick-ups de temps en temps, Dieu merci (bien pratiques en cas de coup de mou ou de coup dur ! et quelques camions que l'on entend arriver de loin. Ceux là nous saluent, donnent un coup de klaxon pour nous encourager. Quelques touristes motards aussi chargés que nous, qui tendent le pouce, sympas. Il arrive, magie du chemin unique, de recroiser les motorisés quelques jours ou semaines aprés les avoir quittés, qui remontent vers le Nord. Quel plaisir de se reconnaître et de s'arrêter discuter comme si l'on était voisins ! Et quelques cyclotouristes évidemment, même si la plupart d'entre nous descend vers le sud. Au final, on a l'impression que cette Carretera est un petit village ! On retrouve les cyclistes aux grandes étapes, on en croise qui ont vus ceux qui sont devant et qui nous donnent des nouvelles, on s'arrête, on se parle : "D'où viens-tu ?" apparemment, nous sommes 70% de français !, "Où as-tu démarré et jusqu'où vas-tu ?" sont systématiquement les premières questions posées. On échange des conseils, on fait parfois un bout de route ensemble... Vraiment, cette sensation d'être dans un village est frappante.

 

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Comme sur des roulettes ?

Allons bon, tout n'est pas si rose bonbon mou... D'abord, le climat est rude. Parfois très chaud, puis très froid (on est entourés de glaciers), parfois des pluies qui peuvent tomber pendant 3 jours SANS DISCONTINUER ! (le pire...). Ensuite le chemin... Parlons-en de ce "camino consolidado" ou "ripio" : si de grands travaux sont en cours pour transformer les portions de chemin en routes asphaltées, celles qui restent sont parfois mauvaises... Terre, pierres et graviers, surtout, qui font déraper et secouent les bicyclettes, nids de poule et tôle ondulée qui ébranlent tout autant notre chargement... Les vélos et les corps souffrent. Mieux vaut prendre des pneus épais (sigh...). Le chargement ensuite, quand on part seul et longtemps, on a beaucoup de choses (pour le chaud, le froid, des outils...) et on ne répartit le matos avec personne...

 

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Et quand il faut pousser, c'est dur, très dur ! Le relief ? Il y a bien quelques côtes qui peuvent durer longtemps et quelques raidillons mais on s'y habitue. Les TAONS (majuscules parce qu'aujourd'hui fut la journée des taons), sales bestioles qui nous bzittent autour pendant des kilomètres et des kilomètres, sans se lasser et qui profitent de chaque moment d'inattention pour se poser, même à travers le-shirt, et piquer. Et ça fait mal. Il faut donc veiller à les chasser sans faire d'embardées... Ils rendent fous, surtout quand, à l'arrêt, ils s'y mettent à 15...

 

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Les petits soucis sur le vélo, quand on ne sait pas faire, qu'on n'a pas les bons outils ou matériel de remplacement : c'est inquiétant et ça fatigue ! Le problème, c'est quand le mécano ne s'en sort pas mieux que vous parce que l'Amérique Latine ne connaît pas bien les randonneuses européennes... Seule option, les balèses qui avalent la Carretera en 3 semaines, qui maîtrisent l'engin sur le bout des doigts, et qui te règlent le problème en 3 coups de cuillère à pot. Et puis les coups de mou, quand ça n'avance pas (vent de face, faux plat, fatigue, faim...) dans ces cas, chacun sa solution. Avaler des gâteaux peut en être une tout à fait valable ! D'autant plus que d'après les toulousains, il faut MANGER ! Chouette :-).

 

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Bref, c'est une aventure incroyable et assez à portée de jambes que cette Carretera Austral à vélo. Elle secoue un peu et ça remet les idées en place !

 

 

C. Rebours

A Rumbo Libre en Amérique du sud


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michel 17/07/2014 21:49

Bravo pour ce témpoignage - simple et percutant - qui donne très envie d'aller y voir ..........
Michel