18 Novembre 2025
L’automatisation fait une entrée remarquée dans la construction navale haut de gamme. Viam, société américaine spécialisée dans les solutions d’automatisation, d’intelligence artificielle et de traitement des données, a officialisé un partenariat avec Viking Yachts afin d’introduire un nouveau procédé robotisé de ponçage des structures composites. Cette collaboration vise à réduire la pénibilité du travail sur les grandes unités en fibre de verre tout en améliorant la répétabilité des opérations de finition.
Un constructeur emblématique confronté à un défi industriel classique
Fondé en 1964 dans le New Jersey, Viking Yachts a construit sa réputation sur un haut niveau d’exigence dans les finitions de coques et de superstructures, essentielles pour obtenir des surfaces régulières et exemptes d’imperfections avant peinture. Malgré l’évolution des procédés d’infusion et de moulage, le ponçage des parties moulées (longboarding, block sanding et corrections localisées) demeure un passage obligé.
Ce travail, très physique, nécessite des heures de main-d’œuvre qualifiée. Le secteur fait également face à une hausse des normes de sécurité au travail et à des difficultés de recrutement. Le contexte favorise donc l’étude de solutions d’automatisation capables de soutenir les équipes sans pour autant remplacer leur expertise.
Une automatisation adaptée à des pièces uniques aux géométries complexes
Viking avait déjà exploré la robotisation pour certaines étapes de fabrication, mais les solutions traditionnelles, calquées sur l’industrie automobile, se sont révélées inadaptées. Les robots programmés pour des opérations répétitives ne parviennent pas à suivre la variété des pièces d’un chantier nautique, où chaque coque, roof ou hardtop peut présenter des courbes irrégulières, des tolérances spécifiques et des modifications liées au modèle ou au chantier.
Le système conçu par Viam diffère fondamentalement de ces approches rigides. L’entreprise a misé sur un robot capable d’adapter en temps réel son mouvement à la géométrie de la pièce. Cette approche, fondée sur la perception, la numérisation 3D et l’assistance logicielle, permet de gérer des pièces uniques, sans programmation lourde préalable.
Un outil robotisé conçu à partir du geste humain
Plutôt que d’imiter les procédés industriels classiques, Viam a observé le travail des meilleure·s technicien·nes du chantier. L’objectif était de reproduire le mouvement d’un bloc de ponçage manuel (largement préféré au ponçage orbital lorsqu’il s’agit de reprendre l’équité d’une surface) tout en confiant au robot la masse de travail initiale, la plus éprouvante physiquement.
Le résultat est un bras robotisé doté d’un bloc de ponçage dont la course atteint 1,6 m. Installé sur une embase fixe, il intervient sur des pièces prépositionnées sur des chariots métalliques. Avant chaque opération, le robot procède à un scan tridimensionnel de la surface, permettant d’identifier reliefs, zones concaves, bords et éventuelles dépressions.
Le technicien applique ensuite un colorant bleu sur la pièce, pratique courante dans la profession pour identifier les points bas : le système optique du robot et l’opérateur peuvent ainsi identifier les zones à reprendre après chaque passe.
Un processus toujours sous contrôle humain
Contrairement à certaines visions trop optimistes de l’automatisation, le ponçage assisté par Viam ne vise pas à se substituer totalement à l’intervention humaine. Le robot effectue les passes longues et répétitives, tandis que les opérations finales (considérées comme les plus exigeantes en termes d’appréciation visuelle et tactile) restent réalisées manuellement.
Les techniciens pilotent l’ensemble du cycle : choix du grain, vérification des zones déjà poncées, validation des scans, réglages des intensités de ponçage. Comme le résume l’un des ingénieurs du projet, « il s’agit d’un outil avant d’être un robot », destiné à soulager les équipes plutôt qu’à les remplacer.
Le premier prototype a été installé en juillet 2025 et testé sur un hardtop de bateau open. Les premiers résultats indiquent une réduction significative du temps passé sur les passes les plus lourdes, sans altération des critères de contrôle qualité.
Le recours au robot pourrait également réduire les risques liés aux gestes répétitifs, aux postures contraignantes et à la manipulation d’équipements vibrants. En diminuant l’intensité physique du travail, le système permettrait de préserver les compétences des techniciens en les recentrant sur les tâches à forte valeur ajoutée.
Un partenariat inscrit dans la transition technologique de la filière
La collaboration entre Viam et Viking intervient dans un contexte où l’industrie navale renforce ses investissements dans la robotique. Le marché mondial de la robotique maritime (estimé à 1,26 milliard de dollars en 2022) est en croissance, porté tant par la construction que par la maintenance et les opérations sous-marines.
L’expertise de Viam en automatisation ne se limite pas à la plaisance : l’entreprise travaille aussi avec Kongsberg Discovery, Digital Yacht ou encore GOST, confirmant l’intérêt croissant du secteur pour les outils intelligents permettant d’accompagner la complexification des embarcations et l’augmentation des cadences de production.
Les prochaines étapes consisteront à optimiser le procédé sur d’autres composants, puis à envisager son utilisation sur les flancs de coques ou les moules eux-mêmes, où la régularité dimensionnelle doit respecter des tolérances strictes.