21 Novembre 2025
À un peu plus d’un millier de milles de Marie-Galante, la flotte du Rallye des Îles du Soleil progresse sous un alizé d’Est-Nord-Est encore timide et instable, oscillant autour de 10 à 14 nœuds. La journée est marquée par des grains parfois musclés, pouvant pousser les rafales jusqu’à 25 à 28 nœuds, obligeant les équipages à jongler entre voiles de portant, réductions rapides et options de route pour préserver à la fois le matériel et le confort à bord.
Depuis 2017, le Rallye des Îles du Soleil, organisé par Grand Pavois Organisation, propose une transat en flottille entre les Canaries et la Guadeloupe, via une escale à Mindelo, au Cap-Vert. Le rendez-vous à Marina Jandia, le départ des Canaries, la pause à São Vicente, puis l’arrivée dans la baie de Saint-Louis à Marie-Galante structurent un parcours pensé pour des équipages de plaisance plutôt que pour des régatiers. L’esprit reste le même d’édition en édition : traverser l’Atlantique en sécurité, entouré, avec un suivi météo et une organisation professionnelle, mais en laissant une large place au partage, aux rencontres et au rythme propre à chaque bateau.
Un alizé irrégulier, entre grains et calmes
La météo du jour confirme ce que les routages suggéraient déjà : un vent d’Est irrégulier, parfois bien établi, parfois quasi absent, ponctué de grains plus soutenus. Sur Diaoul, on retrouve enfin de bonnes vitesses après une opération de chirurgie voilière : spi déchiré au bord d’attaque, démontage, renforts cousus à bord, puis remise en service dans l’après-midi, permettant de retrouver des moyennes autour de 6,5 nœuds sur une route au 240°, cap vers le sud des zones les plus molles.
Plus au nord, Rebelote teste une configuration typique de ces conditions : deux voiles d’avant tangonnées, génois et gennaker, grand-voile affalée pour faciliter les réductions sous les grains. Le vent revient avec des rafales dans les nuages, la vitesse oscille entre 5 et 7 nœuds selon les bouffées d’air. Diva, de son côté, jongle avec les modèles : la route nord, puis la route sud, les prévisions changeant d’un relevé à l’autre ; le choix de plonger davantage au sud semble se confirmer, le manque de vent au nord pesant déjà sur le moral.
Cette journée du 21 novembre est aussi celle des ateliers flottants. Sur Littorina, le peu de vent incite à s’attaquer aux travaux en souffrance : foc recousu, latte de grand-voile sécurisée, avant de reprendre la route avec un gréement fiabilisé. Samaria affronte une alerte nocturne sur le gennaker : point d’écoute qui lâche en plein noir, enroulement d’urgence, puis réparation au matin, l’équipage pouvant renvoyer la voile dans un vent toujours instable.
Sur Maeliz, c’est l’enrouleur de génois qui mobilise les énergies depuis plusieurs jours ; la situation semble enfin stabilisée, permettant de repartir proprement avec grand-voile et génois tangonné sur une route au 274°. M Liberta enchaîne, quant à lui, les épisodes techniques : drisse de spi repassée à l’extérieur du mât après une montée en tête de mât en plein océan, froid et congélateur hors service, mais un bateau à nouveau opérationnel, malgré un manque de vent qui reste le principal adversaire du jour.
Les sargasses s’invitent désormais dans le quotidien de plusieurs bateaux. N’Team signale une zone particulièrement chargée qui freine la progression : génois roulé, manœuvre face au vent pour tenter de décrocher les algues sous la coque et sur les appendices, au prix d’un arrêt momentané. Diva suspecte les mêmes hôtes indésirables autour de l’hydrogénérateur, régulièrement en défaut ; une « chasse » en marche arrière est envisagée pour libérer le système.
Sur Piment Rouge, la journée reste globalement paisible, mais une attention particulière est portée à l’énergie : épisode de surchauffe du convertisseur après l’utilisation simultanée du groupe électrogène et de l’hydrogénérateur, ce dernier étant finalement relevé, sa production étant jugée modeste. La prudence reste de mise à l’approche d’une zone orageuse annoncée, avec réduction de toile prévue pour la nuit : génois et grand-voile à deux ris pour passer sous les grains en sécurité.
Malgré ces contraintes, la vie à bord conserve son rythme propre, souvent chaleureux. Sur Liberty B&B, la journée précédente s’est résumée à un programme simple : siestes, lectures, discussions et cuisine, avec un fish and chips à base de thazard en point d’orgue. Le parasailor est affalé ce matin dans 3 à 5 nœuds de vent à peine, en attendant un hypothétique renforcement ou, à défaut, un bain en pleine Atlantique.
À bord d’Oïkia, le bateau résonne des histoires audio, des jeux avec poupées et Playmobils, et d’un après-midi déguisements et spectacle de danse, pendant qu’au large, un premier empannage depuis le Cap-Vert est réalisé, avec réduction de voilure sous les rafales à 25-28 nœuds. N’Team évoque une partie de tarot animée suivie d’un dîner soigné, tandis que Sea Garden transforme son premier gros grain en « douche tropicale » pour l’équipage, dans une ambiance légère portée par crêpes, lasagnes, chants et danse à bord.
La pêche reste l’un des fils rouges de cette transat. Littorina sort un gros thazard, cuisiné en ceviche et sashimi ; Maeliz raconte une belle coryphène dégustée crue avec une sauce thaïlandaise maison, dont la recette circule déjà de bateau en bateau. Piment Rouge signe un doublé dorade-thon, tandis que Jamcat fait une pause halieutique le temps de vider les congélateurs après des prises généreuses les jours précédents.
Sur L’Eden, la nuit marque officiellement le passage de la mi-parcours, sous spi symétrique, dans un sentiment de solitude presque total : plus aucun cargo, aucun voisin à l’AIS, seulement quelques poissons volants pour rompre le calme nocturne. Jackno signale lui aussi la visite inopinée d’un de ces volatiles, directement dans la couchette. Entre « voûte céleste » constellée d’étoiles, constellations de satellites modernes et grains porteurs, chacun compose avec le même Atlantique, mais en écrit une histoire différente.
Au soir de ce 21 novembre, la flotte s’étire sur plusieurs centaines de milles, mais reste reliée par les messages échangés, les recettes partagées et les petits tracas techniques racontés avec humour. L’alizé n’a pas encore pris son régime de croisière, les grains compliquent parfois la marche, mais le cap reste clair : poursuivre vers Marie-Galante, en attendant que le vent se cale enfin sur la promesse d’une longue glissade atlantique.