18 Novembre 2025
Au dixième jour de mer pour une partie de la flotte entre Mindelo et Marie-Galante, l’Atlantique offre un visage plus calme, mais toujours exigeant. L’alizé d’Est à Nord-Est souffle entre 16 et 20 nœuds, le ciel est globalement dégagé, et la houle commence à se ranger. Les vitesses restent solides, souvent comprises entre 5,5 et 7 nœuds au portant, mais les équipages composent avec une mer encore croisée, des grains épars et de petits tracas techniques qui jalonnent le quotidien d’une transat hauturière.
Créé en 2017 par Grand Pavois Organisation, le Rallye des Îles du Soleil relie les Canaries à la Guadeloupe via Mindelo, au Cap-Vert. Pensé comme une transat encadrée, mais non compétitive, il privilégie la sécurité, la solidarité entre bateaux et l’échange d’expériences plutôt que la performance pure. Soutenu par de nombreux partenaires institutionnels et privés, l’événement rassemble chaque année une flotte de voiliers de grande croisière pour un Atlantique « accompagné », avec briefings météo, cartographie partagée et assistance à distance. Dans cet esprit, les messages quotidiens envoyés du large dessinent le récit collectif d’une traversée plus humaine que sportive.
Alizé, Avaries et Quotidien à bord
Sur une grande partie de la flotte, le vent s’est stabilisé dans un régime d’alizé typique, même si les fichiers annoncent encore un risque de grains modéré.
Diaoul résume la situation du matin : ciel bleu, 15 nœuds de vent au 78°, vitesse autour de 6 nœuds au 285°, et 1 345 milles restant à courir vers Marie-Galante. Après une journée précédente plus musclée, avec des rafales au-dessus de 20 nœuds et un long bord sous grand-voile et génois dans une mer désordonnée, l’équipage a remis le spi dans la nuit, profitant d’un vent revenu entre 14 et 18 nœuds.
Même constat pour Littorina, qui signale un vent de NE 16 nœuds, une houle en cours d’apaisement et une vitesse de 7 nœuds vers l’ouest. La nuit a été marquée par des grains qui ont incité l’équipage à réduire la toile, avant de renvoyer du tissu au petit matin.
La journée du 18 novembre illustre bien ce qu’est une transat de plaisance : beaucoup de milles avalés, mais aussi des incidents techniques à gérer en autonomie.
Sur Maeliz, l’enrouleur de génois reste le point sensible : le génois déroule, mais refuse toujours de s’enrouler au-delà de quelques tours. L’équipage progresse avec deux ris dans la grand-voile et un génois partiellement établi, en cherchant une nouvelle fois à intervenir sur un mécanisme difficile d’accès.
À bord de Littorina, la grand-voile a dû être affalée la veille pour remplacer le bout de corne, tandis que le foc a commencé à se découdre le long de la bordure. Des patchs ont été posés dans l’attente de meilleures conditions pour une réparation plus complète. L’aiguille et le fil font partie intégrante de l’outillage Atlantique.
Le cas le plus spectaculaire du jour reste celui de M Liberta. Après avoir détecté un anneau de friction très affaibli sur la drisse de code D, le skipper préparait une intervention en tête de mât lorsque la situation s’est compliquée : déchirure de la grand-voile au-dessus du premier ris, drisse de code qui casse et disparaît dans le mât, code D à l’eau. L’équipage est passé en mode dégradé, sous grand-voile à deux ris et foc, en attendant une accalmie pour envoyer un messager en tête de mât. Une piqûre de rappel sur la réalité des grandes traversées : si la mer est belle, l’usure du matériel, elle, ne fait pas de pause.
Malgré ces contretemps, la flotte reste globalement dans de bonnes vitesses moyennes. Liberty B&B poursuit sa transat sous parasailor, profitant de 15 à 17 nœuds de vent pour avancer entre 6 et 8 nœuds, toujours prête à affaler en cas de grain. Le stock de poisson, riche de thazards et de bonites, suffit désormais à alimenter plusieurs jours de cuisine.
Rebelote évolue sous grand-voile et génois tangonné à 5-7 nœuds dans une mer encore croisée, après avoir croisé deux cargos sur une route commerciale. L’équipage s’emploie à « relâcher les drisses et fourrer les écoutes » pour soulager le gréement tout en conservant une route efficace.
Sur Diva, la navigation reste très structurée : vent arrière, grand-voile à deux ris tribord amure, génois tangonné en ciseaux, pilote en mode vent à 160° du réel. Le skipper insiste sur la recherche d’un compromis entre vitesse, confort et préservation du matériel, tout en décrivant un apprentissage progressif de « l’Atlantique long et lent » si différent des réactions plus brutales de la Méditerranée.
Plus au centre, Jamcat profite d’un routage qui lui permet d’éviter la plupart des ondées. Sous grand-voile haute et gennaker dans 18 nœuds de vent réel, le catamaran glisse bien ; la mer reste agitée mais mieux organisée. La pêche y est enfin fructueuse, avec plusieurs dorades coryphènes au menu.
Au-delà des réglages de voiles, la vie s’organise à bord sur un tempo désormais bien calé. Oïkia raconte une « opération douche » sur le pont, à l’eau de mer puis rinçage, pour le plus grand plaisir de l’équipage. On enchaîne avec ménage, tentatives de pêche et réduction de toile pour aborder une nuit marquée par les grains à l’horizon.
Sur Sea Garden, l’humour reste de mise : l’équipage évoque un « bébé ours polaire nageant sur le dos » ; vision volontairement fantaisiste, preuve que le moral est au beau fixe après plusieurs jours sans autre signe de présence humaine que le sillage phosphorescent du bateau. Les incantations à la pêche n’ont pas encore porté leurs fruits, mais les poissons volants offrent un peu d’action… surtout pour le chat à bord.
À bord de L’Eden, la journée est marquée par un cap symbolique : celui du premier tiers de parcours franchi. Le spi symétrique renvoyé dans un vent affaibli permet au bateau de « glisser » à nouveau, tandis qu’une dorade coryphène d’un mètre offre de quoi garnir les assiettes pour plusieurs repas.
Au fil des jours, les distances latérales s’accentuent, les routes divergent légèrement selon les choix de chaque équipage, mais tous partagent désormais le même horizon : celui d’un Atlantique qui s’apaise lentement et d’une Guadeloupe qui commence à se dessiner mentalement. Entre bruits de carène, chuintement de l’eau, cliquetis des winchs et messages échangés avec l’organisation, la transat poursuit sa logique : un mélange de rigueur nautique, de petites réparations et de moments de grâce, sous un alizé qui, pour l’heure, reste au rendez-vous.