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Rallye des Îles du Soleil 2025 : houle croisée, grains en embuscade et transat au ralenti

Au large, la flotte du Rallye des Îles du Soleil progresse dans un décor contrasté : un vent d’ESE oscillant entre 10 et 14 nœuds, des passages de grains pouvant grimper à 25-28 nœuds, et une houle croisée qui complique parfois la marche des bateaux. Pour les équipages, la journée s’organise entre réglages fins, surveillance des nuages, gestion de l’énergie… et un quotidien de mer qui alterne chaleur lourde, moments de glisse et longues accalmies.

Rallye des Îles du Soleil 2025 : houle croisée, grains en embuscade et transat au ralenti

Né en 2017 sous l’impulsion de Grand Pavois Organisation, le Rallye des Îles du Soleil propose une transat en flottille depuis Marina Jandia à Fuerteventura, avec une escale à Mindelo avant l’arrivée prévue dans la baie de Saint-Louis, à Marie-Galante. Rendez-vous fin octobre aux Canaries, départ le 31, passage au Cap-Vert début novembre, second départ le 12 : le calendrier rythme une traversée pensée pour des équipages de plaisance, encadrés et suivis, mais libres de vivre « leur » Atlantique à leur cadence. L’objectif n’est pas le chrono, mais la sécurité, le partage d’expérience et l’accomplissement d’une route au long cours.

Alizé instable et houle réveillée

Sur Oïkia, le décor du jour est clair : beau temps, mer belle en apparence, mais une houle revenue, croisée et désagréable, qui secoue le bord et fatigue les plus jeunes. Le vent, 13 à 18 nœuds, reste irrégulier, obligeant à jouer avec le tangon : génois détangonné et navigation au travers pour la nuit, en attendant de renvoyer une configuration plus ouverte au petit matin. La chaleur devient écrasante, l’air se fait lourd ; l’équipage enchaîne les verres d’eau pour tenir le rythme.

Plus au nord, Diva décrit des conditions proches : mer peu agitée mais croisée, vent d’ESE d’une dizaine de nœuds, grains modérés en journée avec rafales sous les 25 nœuds. La sortie du vent arrière et le passage au grand largue, génois détangonné, permettent de mieux contenir le roulis et de limiter le claquement des voiles qui use autant le matériel que les nerfs. Sur Rebelote, le même basculement du vent au sud-est autorise un bord bâbord amure sous grand-voile haute et gennaker, avec un cap plus sud pour contourner au mieux les zones de pétole annoncées.

Cette journée du 22 novembre met aussi en lumière le travail discret, mais constant, de soin des bateaux. Moira consacre une partie de la navigation à raccourcir les drisses, contrôler les manilles qui se desserrent, nettoyer le pont : autant de gestes d’anticipation qui évitent les ennuis plus sérieux. À bord de M Liberta, la gestion de la voile de portant est au cœur du programme : après plus de 48 heures sous code D sans moteur, une drisse de spi dégainée impose une manœuvre de réduction et une inspection en tête de mât, le temps d’identifier un point de ragage suspect lié à un anneau de friction trop proche d’une poulie.

Chez Diva, l’hydrogénérateur, récemment libéré d’un paquet de sargasses, produit à nouveau ; mais la faible vitesse moyenne et un ciel souvent couvert empêchent batteries et panneaux solaires de fonctionner au meilleur de leurs capacités. La perspective de devoir lancer le moteur, hélice débrayée, uniquement pour recharger les accus reste dans tous les esprits. Piment Rouge, de son côté, assume un appui moteur décidé pour la nuit afin de slalomer entre les grains repérés au radar, cap au sud-ouest pour se placer au mieux en vue du régime de vent attendu à partir de mercredi.

Toutes les unités ne subissent pas le même rythme. N’Team profite d’un vent réel établi entre 18 et 21 nœuds d’E–SE, avec un vent apparent autour de 130°. Sous génois et grand-voile à pleine surface, le bateau signe des pointes à 9 nœuds dans les surfs, en avance à la fois en vitesse et en route sur le routage initial. Reste à gérer le futur changement d’amure, annoncé pour la nuit, qui devra les placer sur une trajectoire directe vers la Guadeloupe. Sur Maeliz, un long bord sous spi dans le vent de sud-est s’est transformé en navigation plus prudente sous grand-voile et génois après les premiers éclairs observés à l’horizon, dans une alternance familière : pêche, sieste, apéritif.

Jamcat signale le passage de la dorsale médio-océanique sans effet sensible sur l’état de la mer. La progression se poursuit dans 10 à 15 nœuds de vent, jugés un peu faibles pour le bateau mais reposants pour l’équipage. Pour beaucoup, le mot d’ordre du jour reste la « glisse tranquille » comme à bord de Littorina, qui profite d’un vent d’ESE à 11 nœuds pour avancer sous grand-voile à deux ris et code D, dans l’axe de la route.

Si les milles s’additionnent, la vie à bord s’ancre dans des rituels bien rodés. Samaria enchaîne ateliers cuisine, jeux de cartes et lecture, tout en profitant d’un vent d’une treizeaine de nœuds sous gennaker. Liberty B&B lance un « brunch québécois » complet (œufs bénédictine, haricots au sirop d’érable, gaufres et pommes de terre) après avoir préparé la veille boules d’énergie et pain-dessert aux fruits, sans oublier un clin d’œil festif pour les 30 ans d’Alexy de L’Eden.

Sur Sea Garden, guitare, airs de Compagnie Créole, carnet de bord de Violette Dorange qui circule et ateliers boulangerie (croissants, petits pains) composent une journée ponctuée par la capture d’une nouvelle dorade coryphène. Rebelote revisite même l’esprit de Marie-Galante avant l’heure avec du pain maison, des accras improvisés et du poisson salé de Mindelo, histoire d’accoutumer les papilles à l’escale à venir.

Au fil des jours, la sensation d’isolement grandit pour certains équipages. Samaria souligne n’avoir croisé depuis Mindelo qu’un seul bateau mal éclairé et deux unités de la flotte ; L’Eden raconte une baignade matinale au milieu de l’océan, au-dessus de 4 000 mètres de fond, pour célébrer la mi-parcours, loin de tout trafic. À l’inverse, Jackno décrit une nuit d’orage lointain, marquée par la pétole et un ciel très nuageux, où le moteur s’impose faute de vent.

L’humour, lui, reste une constante. Ozami résume sa journée sans poissons ni bricolage, mais avec la redécouverte tardive d’une caisse de beaujolais nouveau vidée à « l’apéro de 10 heures moins le quart » dans un récit où les mots trébuchent comme le narrateur. M Liberta continue de signer ses messages d’un credo immuable (liberté, bonheur, navigation) pendant que chacun commence à penser à la terre, aux premiers reliefs de Marie-Galante et à l’accueil qui attend la flotte entre le 24 et le 29 novembre.

En ce 22 novembre, le Rallye des Îles du Soleil avance donc au rythme d’un Atlantique hésitant, partagé entre grains et calmes. Les équipages, eux, tiennent le cap, entre réglages patients, bricolages ingénieux, recettes partagées et un même horizon : celui de la baie de Saint-Louis qui se rapproche, mille après mille.

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