17 Novembre 2025
En ce 17 novembre, la flotte du Rallye des Îles du Soleil progresse désormais au rythme d’un alizé bien installé, orienté Est-Nord-Est autour de 18 à 22 nœuds. La mer s’organise en houle d’Atlantique, les vitesses moyennes remontent, et les milles vers Marie-Galante défilent plus régulièrement. Mais avec ce flux plus soutenu viennent aussi les premiers vrais grains, ces bourrasques soudaines qui imposent vigilance, réduction de toile et manœuvres anticipées. Pour les équipages, c’est la phase où la traversée prend son visage pleinement océanique : plus de repères terrestres, peu ou pas de bateaux en vue, et le large comme seul horizon.
Depuis 2017, le Rallye des Îles du Soleil, orchestré par Grand Pavois Organisation, propose une route structurée et encadrée entre les Canaries et la Guadeloupe, via Mindelo au Cap-Vert. Loin d’une régate, l’événement rassemble une flottille de voiliers venus d’horizons variés pour vivre une transatlantique en sécurité, dans un esprit de partage et d’entraide. Soutenu par de nombreux partenaires institutionnels et privés (Région Guadeloupe, Communauté de communes de Marie-Galante, Département de la Charente-Maritime, chantiers Amel, Dufour, Bali, Fountaine Pajot, et des acteurs techniques comme Adrena ou Pochon SA) le rallye s’est imposé comme un rendez-vous hauturier où la performance s’efface derrière l’expérience humaine, la pédagogie et la solidarité en mer.
Un alizé établi et de nouvelles routines
Côté météo, le scénario du jour est clair : un alizé d’ENE soutenu, mais irrégulier et parfois brusquement renforcé dans les grains. Les équipages l’ont bien constaté.
Sur Liberty B&B, la théorie a laissé place à la pratique :
« Hier, nous avons évité notre premier vrai grain, rafales à 23 nœuds d’un coup. Cette fois, tout s’est bien passé, mais cela nous a permis de discuter en détail des procédures à bord. » Le parasailor reste établi, le bateau file à bonne allure sur un angle de 140–160° tribord, tandis que la cale à poissons affiche complet : thazard et bonites remplissent désormais le congélateur.
Diaoul décrit une journée typique d’alizé actif : 26 nœuds sous grain le matin, pluie, puis reprise du spi une fois l’averse passée. La nuit, le bateau passe en configuration plus réduite, grand-voile et trinquette dans 19 à 23 nœuds de vent au travers. À l’aube, le ciel s’éclaircit, la mer se range un peu, et chacun retrouve ses occupations : broderie pour Anne-Laure, guitare pour Vincent, et téléchargement de fichiers météo via l’Iridium pour le chef de bord.
Sur une grande partie de la flotte, le retour d’un flux soutenu redonne du rythme à la traversée.
Rebelote résume la situation :
« Ça galope, ça galope… Le speedo s’affole, la brise est bien là. La nuit a été superbe avec de longues glissades et une pluie d’étoiles filantes. » La mer reste toutefois croisée, avec une houle de 2 à 2,5 m qui sollicite les pilotes automatiques et les estomacs.
Même constat sur Sea Garden, qui a « retrouvé le turbo » et mentionne un surf à 16 nœuds dans 20 nœuds établis. L’équipage, mieux reposé, profite d’une nuit rapide puis d’un matin plus calme. Pas de poisson au bout des lignes, mais quelques « bébés phoques » aperçus, probablement des cétacés jeunes, viennent animer le tableau.
À l’inverse, certains bateaux composent avec des soucis techniques. Sur Littorina, il faudra affaler la grand-voile pour réparer le bout de corne sectionné. Maeliz poursuit sa route malgré un enrouleur de génois capricieux, limité à un déroulement partiel : la vitesse en souffre, mais la trajectoire reste bonne.
Les grains ne sont pas toujours violents, mais ils imposent un tempo particulier. Samaria raconte une barre nuageuse inévitable à la tombée de la nuit : réduction de voilure, grain modéré mais long, puis une partie de la nuit sous-toilée par choix de prudence. Un sacrifice de vitesse assumé pour rester serein dans l’obscurité.
Les récits de grains s’accompagnent aussi de quelques frayeurs de veille. Plusieurs équipages, dont Sea Garden, Samaria ou Jackno, signalent la présence de petits voiliers non équipés d’AIS et difficilement visibles au radar, parfois mal éclairés. Les nuits se font alors plus intenses, avec un surcroît de surveillance visuelle et de veille VHF.
Pour N’Team, le moral reste bon malgré la frustration technique : privé de tangon depuis la casse des jours précédents, l’équipage parvient enfin à tenir un cap direct sous génois non tangonné. « On voit bien que ça marche très fort devant. » confient-ils, mais la sécurité prime.
Au fil des jours, les messages de bord dessinent une routine bien installée. On lit, on tricote, on joue aux cartes, on révise les leçons du CNED ou on fabrique des rillettes de poisson volant ; recommandées par Moira, qui en vante les mérites culinaires.
Sur Oïkia, la vie familiale suit son cours malgré la mer agitée : dessins, déguisements, playmobils en camping-car, siestes réparatrices pour les parents. La salade de betteraves de Pia a conquis l’équipage, même si l’école à bord devient plus difficile à tenir dans le roulis.
Sur L’Eden, on goûte aux premières conserves faute de prises récentes, non sans autodérision. Les leurres arrachés se succèdent, mais la détermination reste intacte. Piment Rouge, lui, continue son impeccable série « zéro poisson », mais conserve une belle vitesse sous double voile d’avant et trois ris à la grand-voile.
Une flotte dispersée mais reliée par le même tempo
Les distances entre bateaux augmentent, les AIS se font parfois silencieux, mais la flottille reste soudée par les vacations, les messages du large et la cartographie partagée. Les équipages ont désormais basculé pleinement dans le rythme Atlantique : celui des quarts, des grains à surveiller, des petites réparations, et des mille qui s’égrènent en direction de la Baie de Saint-Louis.
Le Rallye des Îles du Soleil 2025 poursuit sa route vers Marie-Galante, porté par un alizé enfin bien établi, et par une flotte qui, malgré la fatigue et les imprévus, garde intact le goût du large et du partage.