14 Novembre 2025
Après deux jours marqués par un vent hésitant, la flotte du Rallye des Îles du Soleil 2025 commence à profiter d’un alizé plus établi. Rien encore de franchement soutenu, mais suffisamment de souffle pour faire revivre les voiles, stabiliser les allures et redonner de la consistance aux trajectoires vers l’ouest. Sous spi, code 0, gennaker ou voiles en ciseaux, les équipages glissent désormais à 5 à 7 nœuds sur une mer belle, dans une ambiance de croisière hauturière enfin lancée.
Depuis 2017, le Rallye des Îles du Soleil, orchestré par Grand Pavois Organisation, propose cette grande transat conviviale entre les Canaries, le Cap-Vert et la Guadeloupe, avec une escale à Mindelo au cœur de l’archipel capverdien. Plus qu’un simple convoyage, l’événement s’inscrit dans la tradition des rallyes hauturiers encadrés : sécurité renforcée, accompagnement météo, assistance à la flotte et esprit de flottille. Soutenu par des partenaires institutionnels et des chantiers de renom, il offre à des équipages familiaux comme à des équipages plus expérimentés l’occasion de traverser l’Atlantique dans un cadre structuré, loin de la pression d’une course au large, mais au plus près de la réalité de la navigation océane.
L’alizé se met en place, les voiles se déploient
Dans ce contexte plus favorable, plusieurs bateaux profitent enfin de conditions cohérentes. Sur Littorina, le ton est résolument optimiste : vent de nord-est autour de 10 nœuds, mer belle, grand-voile haute et Code D bien établi. Après plusieurs tentatives la veille pour hisser et régler correctement leur voile de portant, l’équipage savoure une progression régulière à près de 6 nœuds sur un cap direct au 290°. Même satisfaction sur Moira, qui annonce « enfin du vent » : code D et grand-voile propulsent le voilier à bonne allure, dans une nuit étoilée magnifiée par la présence de Jupiter dans le sillage.
Plus au sud, Jamcat confirme le bien-fondé de son choix stratégique : avoir largement contourné le dévent de Santo Antão, quitte à allonger un peu la route, permet aujourd’hui de bénéficier d’un flux plus stable. Après une journée de spi à 10-12 nœuds de vent, puis une nuit sous gennaker et génois dans des rafales à 18-20 nœuds, le bateau a repris une vingtaine de milles sur la flotte de tête. Ce matin, le régime revient à 15 nœuds établis, propices à une navigation rapide mais confortable.
À mesure que les conditions se régularisent, la vie à bord prend un rythme de croisière bien rodé. Sur Liberty B&B, les quarts se remettent en place, la routine s’installe… et la ligne de traîne aussi. Avec « un poisson par jour » au compteur, l’équipage affiche un menu hauturier de premier ordre : ceviche à l’apéritif, tataki de thon pour le dîner, le tout sous code 0 et grand-voile, en attendant de pouvoir renvoyer le parasailor dès que le vent se renforcera.
Oïkia, fidèle à son organisation familiale, poursuit sa traversée sous voiles en ciseaux, tribord amures. L’« alizé un peu mou » pousse néanmoins le bateau à 5 nœuds, suffisant pour dérouler le quotidien : vaisselle et séchage assurés avec efficacité par Erell et Pia dans le cockpit, pétrissage du pain confié à Brune, musique guadeloupéenne en fond sonore pour se préparer à l’arrivée à Marie-Galante. L’objectif du jour : une « vraie » session de pêche, en espérant garnir à son tour les assiettes.
Sur Samaria, les ateliers cuisine ont pris la forme d’une fabrication de granola maison, pendant que le bateau avance au gennaker. Maeliz, de son côté, retrouve sa vitesse de croisière après un incident plus sérieux : un bout pris dans l’hélice au passage de Santo Antão a imposé une manœuvre délicate. Voiles affalées, aussière passée sous le bateau pour sécuriser le plongeur, et intervention méticuleuse de Thierry pour dégager le cordage. Plus de peur que de mal, et le voilier a pu reprendre sa route sous grand-voile et spi, cap 286°, avec un mot d’ordre clair : « Attention devant… »
La faune marine continue d’animer le quotidien de la flotte. Diva signe un véritable tableau de pêche sportive : ligne cassée à deux reprises, dont une sur un marlin estimé à plus de 1,80 m ; finalement libéré avec un certain soulagement. Un second « casseur » restera anonyme. En contrepartie, la journée suivante est plus productive : barracuda et dorade rejoignent le bord, promettant un déjeuner à la hauteur des efforts consentis.
Sea Garden connaît une réussite plus mitigée : une belle bonite échappée au moment de la hisser à bord, au grand dépit du chat Zouzou, qui semble prendre ces ratés très au sérieux. La journée, quasi sans vent, se transforme alors en laboratoire de combinaisons de voiles et d’optimisation de route. La nuit, en revanche, offre un spectacle grandiose : ciel sans lune, voûte étoilée complète et sillage scintillant de plancton bioluminescent, tandis que Diaoul navigue non loin.
Rebelote, après une journée complète sous spi, raconte une nuit « la tête dans les étoiles filantes, planètes, Voie lactée et satellites. » Par prudence, le spi est affalé au coucher du soleil, remplacé par un montage en ciseaux génois tangonné/gennaker, grand-voile haute. Ce matin, le « pépin » (leur spinnaker asymétrique) est de retour pour tirer le bateau à 5-6 nœuds sur la route directe.
Au fil des heures, les écarts se creusent, et certains bateaux n’aperçoivent plus ni terre ni voisins. Jackno constate « être seul au monde » après une journée passée en compagnie de Piment Rouge. D’autres, comme N’Team ou L’Eden, suivent leur route discrètement, concentrés sur l’évolution du vent et la gestion des voiles.
Pour tous, le message reste le même : l’alizé semble enfin vouloir s’installer. Les vitesses augmentent, les voiles de portant reprennent leur place, et les routages gagnent en cohérence. La transat, après des débuts poussifs, entre dans sa phase océanique : celle où le temps s’étire, où les quarts s’enchaînent, où les nuits sans lune et les repas partagés cimentent l’équipage autant que les milles parcourus.