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Rallye des Îles du Soleil 2025 : mi-parcours, alizés plus timides et transat au ralenti

Ce 19 novembre marque pour une partie de la flotte le passage symbolique de la mi-parcours entre Mindelo et Marie-Galante. L’Atlantique s’apaise, le vent mollit progressivement et les allures se font plus sages. L’alizé d’ENE, annoncé autour de 9 à 13 nœuds pour les journées du 19 et du 20, offre des conditions plus douces, tandis que les prévisions laissent entrevoir un retour de grains plus actifs et de vents un peu plus soutenus à partir du 21 novembre.

Rallye des Îles du Soleil 2025 : mi-parcours, alizés plus timides et transat au ralenti

Lancé en 2017 par Grand Pavois Organisation, le Rallye des Îles du Soleil relie les Canaries à la Guadeloupe via le Cap-Vert. Cette transat encadrée, volontairement non compétitive, met l’accent sur la sécurité, la solidarité et le partage d’expérience entre équipages. Briefings météo, cartographie partagée, assistance et échanges quotidiens permettent à des voiliers de grande croisière, souvent en configuration familiale, de traverser l’Atlantique dans un cadre rassurant, sans renoncer à l’autonomie propre à la navigation hauturière. Les messages envoyés chaque jour du large composent ainsi le journal de bord collectif de cette transat conviviale.

Alizé en douceur et stratégie de route

Après plusieurs jours de vents établis à 15-20 nœuds, la tendance est à l’accalmie. Les fichiers annoncent un régime d’ENE modéré, avec peu de grains sur les deux prochains jours, avant un possible regain d’activité orageuse le week-end suivant.
À bord de Diaoul, le tableau du matin est représentatif : ciel dégagé, 15 nœuds de vent au 90°, 5,6 nœuds de vitesse au 280° et 1 227 milles restant pour Marie-Galante. La veille, l’équipage a toutefois connu un épisode plus sportif : spi à l’eau, chalutage, arrêt d’urgence du bateau, puis ascension en tête de mât pour vérifier la drisse avant de relancer la voile dans un alizé affaibli au nord.

Plus au sud, Littorina célèbre sa première semaine en mer avec un vent de NE 12 nœuds, une mer belle et environ 6 nœuds sur un cap au 245°. Après une nuit marquée par un grain à 25 nœuds obligeant à réduire fortement la toile, le bateau a empanné sur bâbord amures et s’oriente désormais un peu plus au sud, dans la perspective d’une zone de vents plus faibles à venir.

Samaria, de son côté, illustre les dilemmes propres à ces nuits annoncées « à grains ». Après une belle journée sous gennaker, l’équipage a choisi d’affaler pour la nuit, de se mettre en ciseaux et d’ajouter trois ris à la grand-voile par prudence… avant de constater qu’aucun grain significatif n’était finalement passé. Le gennaker est de nouveau établi de jour, avec un possible passage au spi asymétrique si les conditions le permettent.

À bord d’Oïkia, la journée d’hier s’est déroulée sous un ciel clair, une mer plus rangée et un vent de 15 à 20 nœuds, conditions idéales pour reprendre un peu d’école et retrouver un rythme plus doux. La sérénité a toutefois été perturbée par l’enroulement d’un filet de pêche autour de l’hélice, entraînant la perte de la propulsion au moteur, pourtant utilisée uniquement pour les manœuvres de prise de ris. Impossible de plonger en sécurité dans la mer du moment : l’équipage redouble donc de prudence et reporte l’intervention à plus tard, en espérant que le vent ne tombera pas trop.

Sur Maeliz, le génois continue de faire parler de lui, mais l’équipage profite néanmoins d’une nuit régulière dans 15 à 23 nœuds de vent avec grand-voile et génois tangonnés, cap 300°. Une daurade coryphène venue à bord en fin de journée a largement contribué au moral du bord… à l’exception du veilleur de quart, victime d’une attaque en règle de poissons volants dans la nuit.

Jamcat franchit pour sa part la barre des 1 000 milles parcourus à la voile, dont une large majorité sur la route directe, tout en gérant les aléas techniques du quotidien : passe-coque qui « fuyote » dessalinisateur récalcitrant. Rien de bloquant, mais autant de rappels que l’Atlantique ne se résume pas à des cartes météo et à des routages théoriques.

Le passage de la moitié du trajet est aussi l’occasion de regards plus introspectifs.
Diva, positionnée à l’ouest de la flotte avec une vitesse moyenne souvent supérieure à 6,5 nœuds, navigue vent arrière en ciseaux, tout en cherchant à stabiliser le bateau dans une mer encore croisée. Son skipper évoque des sentiments mêlés : satisfaction d’avoir déjà couvert la moitié de l’Atlantique, et légère appréhension à l’idée que cette parenthèse suspendue se referme trop vite. L’équipage savoure chaque milles, quitte à parfois lever le pied pour prolonger l’expérience.

À bord de Liberty B&B, on fête aussi le mi-parcours, dans un style très québécois. Le parasailor reste la voile de travail principale tant que le vent le permet, tandis que la cuisine devient un terrain d’échanges culturels : pâté chinois, brunch « du pays » et bientôt poutine s’invitent à bord, au risque assumé de quelques kilos supplémentaires. Le message est clair : profiter du trajet autant que de l’arrivée.

Sur L’Eden, la baisse de vent incite à renvoyer le spi après une nuit en ciseaux peu productive. La pêche a été fructueuse la veille, le frigo déborde encore de poisson et la journée est placée sous le signe de la convivialité : fabrication de pain, glaçons, et apéritif déjeunatoire soigné, de la toyonade au reste de ceviche.

Sea Garden et Rebelote continuent, chacun à leur manière, d’entretenir une ambiance légère. Les premiers racontent, non sans humour, migrations imaginaires de poissons volants « en formation en V » et attribuent leur réussite à la pêche (deux dorades coryphènes de 70 cm) à des offrandes de rhum. Les seconds expérimentent la cuisine de poisson volant « très proche de la sardine » tout en faisant route sous spi symétrique à 6-7 nœuds dans une mer en baisse.

Si les écarts latéraux s’accentuent et que certains équipages cherchent désormais à anticiper une zone de vent faible annoncée sur la route directe, l’esprit du rallye reste intact. N’Team évoque des journées qui se ressemblent, portées par un Est-Nord Est irrégulier en force et en direction, ponctuées par des touches de pêche impressionnantes mais rarement concluantes. Ozami assume son choix d’« y aller doucement pour ménager la monture » quitte à voir passer les autres, tandis que M Liberta se réjouit d’avoir retrouvé des bateaux amis à l’AIS, tout en préparant une nouvelle montée au mât pour tenter de remettre en service son « aile » de portant.

Au milieu de cet Atlantique aux humeurs plus douces, la flotte poursuit donc sa glissade vers les Antilles : moins de bruit de vent, davantage de réflexion, de cuisine et de petits bricolages, mais toujours la même perspective à l’horizon ; celle de Marie-Galante, encore lointaine sur la carte, déjà très présente dans les conversations.

Rallye des Îles du Soleil 2025 : mi-parcours, alizés plus timides et transat au ralenti

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