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Editorial - Economie de l’Usage et Nautisme : et si l’on s’était trompé ?

Il est des idées qui, à force d’évidence apparente, finissent par s’imposer sans véritable examen. L’économie de l’usage, appliquée au nautisme depuis une décennie, appartient à cette catégorie. À grand renfort de modernité proclamée, elle a substitué à l’acte d’achat celui de l’abonnement, transformant le plaisancier en usager, et le bateau en simple vecteur d’expérience, alors que le nautisme est avant tout une passion.

Le raisonnement, il est vrai, semblait imparable. Les unités, toujours plus sophistiquées, toujours plus onéreuses, devenaient inaccessibles. Les pratiques évoluaient : aux loisirs réguliers succédait une consommation fragmentée, au gré des disponibilités et des envies. La mobilité devenait vertu cardinale, autorisant le changement de plan d’eau comme on change de destination. À cela s’ajoutait une réalité économique plus sourde : stagnation, voire régression des revenus d’une génération à l’autre, tandis que de nouveaux loisirs, plus immédiats, venaient concurrencer la mer.

De ces postulats naquirent les boat clubs, importés d’Amérique, la multipropriété, les flottes partagées. Une promesse d’accès sans contrainte, une plaisance désincarnée mais accessible. Pourtant, à l’épreuve des faits, l’édifice vacille. Hormis quelques réussites notables, tel Freedom Boat Club, ou Liberty Pass, la rentabilité se fait attendre. Les coûts de gestion, d’entretien, de disponibilité pèsent lourdement. Et l’on redécouvre, non sans ironie, que la location de bateaux — pratique ancienne et éprouvée — offrait déjà cette liberté d’usage sans les complexités nouvelles.

Ainsi, l’économie de l’usage, dans sa déclinaison nautique, demeure marginale, qui fédère une clientèle intéressante certes, mais relativement limitée. Elle ne transforme pas en profondeur le marché, elle l’effleure.

Et si l’erreur était là ?

Car une autre révolution, plus silencieuse, pourrait se dessiner ailleurs. En Chine notamment, où l’annonce d’investissements massifs dans des bateaux simples, produits de manière hautement automatisée, esquisse un modèle peut etre radicalement différent. Dans un pays sans tradition nautique, mais animé d’une ambition industrielle, l’enjeu n’est pas de partager la rareté, mais de banaliser l’accès.

Une plaisance simplifiée, fiabilisée, dans son offre produit mais aussi portuaire, de service et d'utilisation, assistée par des technologies intelligentes — à l’image de l’automobile contemporaine — pourrait bien redéfinir l’usage lui-même.

Moins complexe, moins intimidante, elle ouvrirait la mer à de nouveaux publics, là où elle demeure encore perçue comme hostile.

Et si, finalement, l’économie de l’usage ne résidait moins dans le partage des biens, que dans la simplicité de leur emploi et de leur accessibilité financière ?

Voilà une hypothèse qui, demain, pourrait remettre bien plus de monde à l’eau, qu’aucun abonnement.

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