2 Mars 2026
La procédure intervient dans un contexte sectoriel dégradé. Après l’euphorie post-Covid, le marché des sports de glisse a connu une chute marquée de la demande à partir de 2023, particulièrement sur les stand up paddles, segment qui avait fortement tiré la croissance.
La distribution, qui n’a pas anticipé l’arrêt brutal de la dynamique, s’est retrouvée avec des niveaux de stocks très élevés, parfois équivalents à près d’une année de ventes. Ce déséquilibre a entraîné un gel des commandes et une contraction prolongée des volumes industriels.
Dans un modèle économique très saisonnier, concentré sur quelques mois de commandes avant l’été, ce retournement a fortement pesé sur la trésorerie des fabricants.
Depuis deux exercices, l’actionnaire luxembourgeois KJK Sports soutenait l’activité en injectant des liquidités durant la période hivernale afin de couvrir le besoin en fonds de roulement, dans l’attente des ventes de début de saison.
Début février 2026, la décision de ne plus prolonger cet appui financier a provoqué une cessation de paiements. Le redressement judiciaire ouvre désormais une période d’observation destinée à organiser une éventuelle reprise.
La dépendance structurelle à la saisonnalité, combinée à l’absence de relais bancaire durable, a amplifié les tensions de trésorerie dans un environnement déjà affaibli par la contraction du marché.
Le site de Vannes s’étend sur 30 000 m², dont 10 000 m² consacrés à la production et 4 000 m² au stockage. Il dispose notamment de deux lignes d’extrusion de plaques et d’équipements spécifiques de thermoformage.
La capacité annuelle atteint environ 55 000 unités, couvrant surf, stand up paddle, kayak, planche à voile et annexes. Depuis 1979, plus de deux millions de produits ont été fabriqués sur ce site, exportés vers près de 90 pays.
Au-delà du nautisme, les technologies maîtrisées — extrusion et transformation des polymères — offrent des perspectives de diversification vers d’autres secteurs industriels tels que l’énergie, l’automobile, le traitement de l’eau ou certaines applications liées à l’économie circulaire.
Tahe Outdoors s’appuie sur des marques identifiées, notamment Tahe et SIC Maui, disposant d’un réseau commercial structuré à l’international.
En 2024, le chiffre d’affaires de la structure française atteignait 9,5 millions d’euros. En intégrant les filiales aux États-Unis, en Australie ainsi que l’activité de fabrication de pagaies et rames à Cognac, l’ensemble dépassait 16 millions d’euros.
Pour le territoire morbihannais, il s’agit d’un acteur industriel historique, issu de l’ancienne entité Bic Sport, cédée en 2019 et rebaptisée Tahe Outdoors.
La procédure collective vise à préserver l’activité et l’emploi en recherchant un repreneur. L’intérêt potentiel ne se limite pas au portefeuille produits ou aux marques. Il concerne également un outil industriel opérationnel et des équipes formées aux procédés spécifiques de plasturgie nautique.
Dans un contexte où la main-d’œuvre qualifiée en extrusion et thermoformage reste limitée, la conservation des compétences constitue un enjeu majeur.
Les profils susceptibles de se positionner pourraient être variés : acteur du nautisme souhaitant internaliser sa production, groupe industriel de plasturgie en quête de diversification, ou investisseur régional misant sur l’ancrage territorial.
L’issue dépendra de la capacité à redimensionner le modèle économique dans un marché de la glisse désormais plus mature et volatil. Pour la filière nautique française, la continuité de cet outil industriel, héritier de Bic Sport, représente un enjeu stratégique.
Décryptage - ce sont les compétences en plasturgie de la société qui pourraient finalement faciliter une reprise. Et dans le contexte actuel, pourquoi pas dans la défense ? Toutes les options seraient ouvertes....