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Brunswick : le numéro un mondial du nautisme accélère sa décarbonation malgré le contexte politique américain

Après avoir plongé dans les 60 pages particulièrement denses du rapport développement durable 2025 de Brunswick (Boston Whaler, Sea Ray, Navan, Bayliner, Quicksilver, Navico...), la rédaction d’ActuNautique retient une conclusion claire : contrairement à l’image souvent véhiculée d’une Amérique qui ralentirait sur les questions climatiques, certaines grandes entreprises américaines poursuivent activement leurs investissements environnementaux et industriels.

Brunswick : le numéro un mondial du nautisme accélère sa décarbonation malgré le contexte politique américain

Et le numéro un mondial du nautisme et de la plaisance en apporte une démonstration particulièrement concrète.

Le groupe américain, propriétaire de plus de 60 marques, emploie environ 14 000 personnes dans 26 pays et réalise 5,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Son rapport montre surtout une chose : chez Brunswick, la transition environnementale n’est plus présentée comme une contrainte réglementaire ou une posture de communication, mais comme un sujet industriel, technologique et économique pleinement intégré à la stratégie du groupe.

Ce qui frappe immédiatement à la lecture du document, c’est le niveau de précision technique et industrielle des informations publiées. On est loin du discours marketing habituel des rapports ESG.

Une forte baisse des émissions directes

Le premier enseignement concerne les émissions carbone.

Brunswick annonce avoir réduit de 48 % ses émissions combinées de Scope 1 et Scope 2 depuis 2022, dépassant largement son objectif initial qui était fixé à 30 % à horizon 2025.

Pour comprendre cette performance, il faut distinguer précisément les différents scopes utilisés dans le reporting carbone international.

Le Scope 1 correspond aux émissions directes produites par l’entreprise elle-même : combustion de gaz naturel, diesel, essence ou propane dans les usines, équipements industriels ou moyens logistiques du groupe.

En 2025, les émissions Scope 1 de Brunswick atteignent 83 177 tonnes de CO₂ équivalent. Ce niveau reste relativement stable par rapport à 2024. Cela montre que le groupe continue de dépendre fortement de procédés industriels énergivores, notamment dans les activités de production et d’essais moteurs.

Le Scope 2 concerne les émissions indirectes liées à la consommation d’électricité achetée par l’entreprise.

Brunswick distingue ici deux méthodes de calcul.

En méthode dite « location-based », qui prend en compte le mix électrique réel des réseaux locaux, les émissions Scope 2 représentent 91 509 tonnes de CO₂ équivalent.

Mais en méthode « market-based », qui intègre les contrats d’électricité renouvelable et les certificats d’énergie verte achetés par le groupe, elles tombent à seulement 18 407 tonnes.

C’est cette seconde méthode qui permet à Brunswick d’afficher une réduction spectaculaire de ses émissions combinées Scope 1 + Scope 2 : elles passent de 195 505 tonnes en 2022 à 101 584 tonnes en 2025.

Autrement dit, le groupe réduit progressivement sa dépendance à une électricité carbonée grâce à des contrats massifs d’énergie renouvelable et à ses investissements dans le solaire.

Les entreprises américaines continuent d’investir
dans les renouvelables

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du rapport : il montre à quel point certaines grandes entreprises américaines poursuivent leur transition énergétique indépendamment des fluctuations politiques fédérales.

Brunswick indique ainsi que 74 % de sa consommation électrique mondiale est désormais couverte par des énergies renouvelables.

Le groupe exploite aujourd’hui onze sites équipés de panneaux photovoltaïques.

Deux nouvelles installations ont été mises en service en 2025.

Mais surtout, Brunswick participe à plusieurs grands projets énergétiques privés particulièrement emblématiques de la transformation énergétique américaine actuelle.

Le plus important est le projet solaire Hornet au Texas, développé par Vesper Energy. Cette installation de 600 mégawatts doit produire suffisamment d’électricité pour alimenter environ 150 000 foyers américains.

Brunswick bénéficie également du projet solaire communautaire Ledgeview dans le Wisconsin.

Ce modèle énergétique est très révélateur de l’évolution actuelle des États-Unis : pendant que le débat politique reste extrêmement polarisé sur le climat, une partie des grands groupes industriels américains multiplie les accords privés d’approvisionnement en énergie renouvelable.

Le vrai sujet : le Scope 3

Mais le rapport devient particulièrement intéressant lorsqu’il aborde le sujet central du nautisme : le Scope 3.

Et Brunswick ne cherche pas à contourner le problème.

Le Scope 3 regroupe toutes les émissions indirectes générées par la chaîne de valeur de l’entreprise : matières premières, fournisseurs, transport, déplacements professionnels, déchets, mais surtout utilisation des produits vendus.

Dans le cas de Brunswick, c’est évidemment l’utilisation des moteurs et bateaux par les plaisanciers qui constitue le principal enjeu.

En 2025, les émissions Scope 3 du groupe atteignent encore 2,665 millions de tonnes de CO₂ équivalent.

C’est colossal.

Et surtout, cela représente plus de 25 fois les émissions directes et indirectes de l’entreprise réunies.

Le rapport précise un point fondamental : 78 % du Scope 3 provient de l’utilisation des produits vendus.

Brunswick applique ici les règles internationales du Greenhouse Gas Protocol : lorsqu’un moteur est vendu, le groupe comptabilise immédiatement l’ensemble des émissions carbone que ce moteur produira durant toute sa durée de vie.

C’est un élément essentiel pour comprendre les enjeux environnementaux du nautisme.

Même si les usines deviennent plus sobres, même si l’électricité est renouvelable, même si les emballages sont recyclés, le principal impact climatique du secteur reste aujourd’hui la consommation de carburant des motorisations utilisées ensuite sur l’eau pendant des années.

Brunswick reconnaît donc implicitement que la décarbonation réelle du nautisme passe d’abord par l’évolution des technologies de propulsion.

Le groupe mise sur l’innovation plutôt que sur la décroissance

Et c’est là que l’approche américaine apparaît clairement.

Le rapport ne parle quasiment jamais de réduction d’usage ou de décroissance.

La stratégie de Brunswick repose essentiellement sur l’innovation technologique, l’efficacité énergétique et l’amélioration des rendements.

Le groupe a lancé plus de 100 nouveaux produits en 2025.

Parmi eux, AutoCaptain constitue sans doute la vitrine technologique du groupe.

Ce système de navigation autonome permet au bateau d’effectuer automatiquement certaines manœuvres complexes d’amarrage et de déplacement à faible vitesse.

Derrière cette innovation spectaculaire se cache une logique industrielle très claire : rendre le nautisme plus simple, plus fluide, plus efficace énergétiquement et plus accessible.

Le groupe travaille également fortement sur l’optimisation hydrodynamique des coques afin de réduire la consommation de carburant.

Plusieurs nouveaux modèles intègrent des technologies destinées à améliorer l’efficacité énergétique des bateaux.

La transformation industrielle est déjà en cours

Le rapport montre surtout que les changements ne concernent plus seulement les produits finaux.

Toute la chaîne industrielle est progressivement transformée.

Brunswick a désormais intégré des analyses de cycle de vie dans tous ses processus de développement produit.

Concrètement, chaque nouveau projet doit désormais inclure :

  • une analyse carbone complète ;
  • une étude de circularité des matériaux ;
  • une réflexion sur la réparabilité ;
  • une stratégie de gestion de fin de vie.

Cette évolution est importante car elle traduit un changement de culture industrielle profond.

La durabilité devient un paramètre intégré dès la conception des produits.

Le rapport détaille d’ailleurs plusieurs exemples très concrets.

Un projet mené entre Navico Group et l’activité de développement de moteurs marins a permis de revoir complètement l’emballage logistique d’un capteur électronique.

Simple conséquence : le nombre d’unités transportées par palette a été multiplié par onze.

Résultat : près de 90 % de réduction des émissions liées au transport de ce composant.

Des centaines de micro-optimisations industrielles

C’est probablement l’aspect le plus intéressant du rapport.

La transition environnementale ne repose pas uniquement sur quelques grands projets spectaculaires.

Elle avance surtout grâce à des centaines de petites optimisations industrielles.

Dans le Wisconsin, un système de récupération de chaleur installé dans une usine permet désormais de réutiliser l’énergie perdue des fours industriels.

Au Mexique, l’arrêt automatique d’équipements durant la nuit réduit de 13 % la consommation énergétique d’une zone de production.

Des équipes de production ont également réduit les pertes de peinture, optimisé les découpes de matériaux composites ou rationalisé les flux logistiques asiatiques.

Ces initiatives peuvent sembler modestes individuellement.

Mais leur accumulation produit des gains industriels et environnementaux très significatifs.

La montée en puissance des matériaux recyclés

Le rapport met également fortement l’accent sur les matériaux.

Plusieurs marques du groupe accélèrent leur sortie du bois traité au profit de composites issus du recyclage.

Lund utilise désormais des panneaux fabriqués à partir de bouteilles plastiques recyclées.

Au total, environ 3,7 millions de bouteilles ont été intégrées dans les procédés industriels de la marque en 2025.

À l’échelle du groupe, plusieurs millions d’autres bouteilles plastiques ont également été valorisées dans les matériaux composites utilisés pour certaines structures de bateaux.

L’objectif est double :

  • réduire l’utilisation de matériaux sensibles comme le bois traité ;
  • améliorer la durabilité et la légèreté des bateaux.

Car derrière le sujet environnemental se cache également un enjeu énergétique : un bateau plus léger consomme moins de carburant.

Une logique croissante d’économie circulaire

Le groupe développe aussi progressivement une approche d’économie circulaire.

Le rapport détaille notamment les travaux menés sur les catalyseurs marins.

Les équipes de l’activité de développement de moteurs marins ont développé un procédé permettant de récupérer jusqu’à 96 % du palladium et 85 % du rhodium contenus dans certains catalyseurs en fin de vie.

Ces métaux précieux sont ensuite réinjectés dans de nouveaux composants.

Même logique pour les batteries électriques.

Brunswick met progressivement en place des filières de retour, réparation, réemploi et recyclage pour ses systèmes de batteries, notamment afin d’anticiper les futures réglementations européennes.

Un rapport très technique, très industriel

Ce qui ressort finalement de ces 60 pages, c’est le niveau de maturité atteint par certains grands groupes industriels américains sur les questions environnementales.

Brunswick ne se contente plus d’annoncer des engagements.

Le groupe mesure, audite, quantifie et pilote désormais ses indicateurs environnementaux avec une logique quasi financière.

Le rapport détaille précisément :

  • les émissions carbone ;
  • les méthodes de calcul ;
  • les déchets ;
  • les consommations d’eau ;
  • les émissions de solvants ;
  • les taux de recyclage ;
  • les audits réglementaires ;
  • les risques climatiques ;
  • les processus de gouvernance.

Les sujets environnementaux sont désormais suivis directement au niveau du conseil d’administration.

Le groupe dispose également de politiques spécifiques sur l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les risques ESG.

Une réalité américaine souvent mal comprise en Europe

Au final, ce rapport offre surtout un éclairage intéressant sur l’évolution actuelle du capitalisme industriel américain.

Pendant que le débat politique reste extrêmement polarisé sur le climat, certaines grandes entreprises américaines poursuivent leurs investissements dans l’efficacité énergétique, les renouvelables, les matériaux recyclés et la réduction des émissions.

Non par militantisme.

Mais parce qu’elles considèrent désormais que la compétitivité industrielle passera aussi par là.

Brunswick ne prétend évidemment pas avoir résolu les contradictions environnementales du nautisme, secteur encore largement dépendant des motorisations thermiques.

Mais le groupe montre qu’une industrie lourde, mondiale et énergivore peut malgré tout accélérer concrètement sa transformation.

Et c’est probablement la principale leçon de ce rapport : pendant que la politique américaine hésite parfois, une partie de l’industrie continue, elle, d’avancer.

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