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Bateaux & Destinations. Le bac de Basse-Indre : le passeur de l'île des sous-marins, près de Nantes

Publié le 12 juin 2026 , mis à jour le 15 juin 2026 Par ActuNautique Magazine
Bateaux et Destinations d'Actunautique : un bateau, une destination, une histoire...  Chaque jour, une petite navette traverse discrètement la Loire entre Basse-Indre et l'île d'Indret. Pour les habitants de l'estuaire nantais, ce bac fait partie du paysage. Pourtant, derrière cette traversée de quelques centaines de mètres se cache une histoire exceptionnelle, mêlant marins, ouvriers, arsenaux, construction navale et propulsion des sous-marins français. Bien plus qu'un simple moyen de transport, le bac de Basse-Indre est l'un des derniers témoins vivants de la grande aventure industrielle de la Loire.
Le bac de Basse Indre, à l'atterissage, rive droite - photos : Actunautique
Le bac de Basse Indre, à l'atterissage, rive droite - photos : Actunautique

Le bac de Basse Indre, à l'atterissage, rive droite - photos : Actunautique

Une traversée au cœur de l'histoire navale française

À quelques kilomètres seulement du centre de Nantes, la Loire contourne une île discrète que de nombreux automobilistes aperçoivent sans vraiment la connaître.

Depuis la cale de Basse-Indre, les passagers embarquent pour une courte traversée vers Indret. Le voyage dure à peine quelques minutes. Pourtant, rares sont les bacs français qui permettent de parcourir autant d'histoire en si peu de temps.

Sur l'autre rive se trouve l'île d'Indret, un site industriel dont le destin accompagne celui de la Marine française depuis plus de deux siècles. Ici, le fleuve n'est pas seulement un décor. Il est à l'origine même de l'existence du bac.

Pourquoi existe-t-il un bac à Indret ?

La réponse se trouve dans la géographie.

Située au milieu de la Loire, entre Nantes et l'estuaire, l'île d'Indret est longtemps restée relativement isolée du continent. Lorsque l'État décide d'y installer une fonderie royale à la fin du XVIIIe siècle, il devient indispensable de relier quotidiennement l'île à la rive.

Le bac s'impose alors comme une évidence.

Pendant plus de deux siècles, il permet aux ouvriers, ingénieurs, techniciens, fournisseurs et visiteurs de rejoindre les ateliers installés sur l'île. Aujourd'hui encore, il demeure l'un des liens les plus directs entre Basse-Indre et Indret. Chaque année, plusieurs centaines de milliers de passagers empruntent les Bacs de Loire exploités par le Département de Loire-Atlantique, preuve que ces traversées demeurent des maillons essentiels de la mobilité locale.

Le bac actuellement en service entre Basse-Indre et Indret appartient à la nouvelle génération des Bacs de Loire mise en service par le Département de Loire-Atlantique au début des années 2010. Long d'environ 69 mètres pour 12,5 mètres de large, il peut transporter jusqu'à 300 passagers et 40 véhicules par traversée, pour une charge maximale de 136 tonnes. Sa vitesse atteint environ 8 nœuds, soit près de 15 km/h.

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Une île au service de la Marine depuis Louis XVI

L'histoire industrielle d'Indret commence officiellement en 1777.

Sous le règne de Louis XVI, la monarchie décide d'y créer une fonderie royale destinée à produire des canons pour la Marine. À une époque où la puissance maritime constitue un enjeu stratégique majeur, le site occupe rapidement une place importante dans l'industrie navale française.

Au XIXe siècle, les ateliers participent à la révolution industrielle. On y fabrique des machines à vapeur, des chaudières et des équipements destinés aux navires militaires.

Au fil des décennies, Indret devient l'un des centres névralgiques de la construction navale française.

Aujourd'hui, l'île accueille l'un des sites stratégiques de Naval Group. L'établissement est notamment spécialisé dans les systèmes de propulsion et les équipements énergétiques destinés aux bâtiments de la Marine nationale, parmi lesquels les sous-marins nucléaires et certains navires de surface.

Peu d'endroits en Europe peuvent revendiquer une telle continuité industrielle, depuis la fonderie royale du XVIIIe siècle jusqu'aux technologies embarquées sur les bâtiments militaires du XXIe siècle.

Le bac des ouvriers et des ingénieurs

Pendant des générations, la traversée a rythmé la vie quotidienne de milliers de familles de l'estuaire nantais.

Chaque matin, les ouvriers rejoignaient l'île pour travailler dans les ateliers. Aux changements d'équipes, les quais de Basse-Indre se remplissaient d'hommes en bleu de travail attendant le prochain départ.

Le bac faisait partie du quotidien. Il ne constituait pas une curiosité mais le premier maillon de la journée de travail.

Des générations d'ouvriers ont ainsi traversé la Loire avant de participer à la fabrication de canons, de machines, de turbines ou d'équipements destinés à la flotte française.

Une île marquée par les guerres et les luttes sociales

L'histoire d'Indret reflète également les grands bouleversements de l'histoire française.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les installations industrielles de l'île deviennent un objectif stratégique. Les bombardements alliés qui frappent plusieurs secteurs de l'estuaire nantais rappellent alors l'importance industrielle et militaire du site.

Les habitants de Basse-Indre vivent au rythme des alertes aériennes tandis que les ouvriers poursuivent leur activité dans un contexte particulièrement difficile.

Comme de nombreux grands établissements industriels français, Indret connaît également les grandes mobilisations ouvrières des XIXe et XXe siècles. Grèves, revendications salariales et mouvements sociaux marquent durablement l'histoire du site.

Le bac demeure alors le témoin silencieux de ces épisodes qui ont façonné l'identité ouvrière de la région nantaise.

La Loire en quelques chiffres

Pour comprendre l'importance de cette traversée, il faut prendre la mesure du fleuve.

Avec ses 1 006 kilomètres, la Loire est le plus long fleuve de France.

Son estuaire s'étend sur près de 60 kilomètres entre Nantes et Saint-Nazaire et constitue l'un des grands espaces naturels et industriels de la façade atlantique française.

Le port de Nantes-Saint-Nazaire figure parmi les principaux ports du pays et accueille chaque année plusieurs milliers de navires de commerce.

À Basse-Indre, les marées venues de l'Atlantique influencent encore fortement le niveau du fleuve, rappelant que l'océan n'est plus très loin.

Une découverte originale aux portes de Nantes

La traversée attire aujourd'hui autant les habitants que les visiteurs curieux de découvrir un visage méconnu de la Loire.

À proximité se trouvent le canal de la Martinière, Couëron, Le Pellerin, les marais de l'estuaire ou encore les berges aménagées de Basse-Indre.

Loin des grands sites touristiques nantais, le secteur offre une plongée fascinante dans l'histoire industrielle et maritime de l'estuaire.

La traversée elle-même constitue une expérience à part entière. Pendant quelques minutes, le fleuve reprend toute sa place et permet de comprendre pourquoi la Loire a façonné l'histoire économique de la région.

Combien coûte la traversée ?

Comme les autres bacs départementaux de Loire-Atlantique, la traversée est gratuite. Piétons, cyclistes, automobilistes et deux-roues peuvent embarquer sans frais tout au long de l'année.

Entre Basse-Indre et Indret, le trajet couvre environ 350 mètres et dure généralement cinq minutes. Les départs sont assurés toutes les quinze à vingt minutes selon les horaires.

Chaque traversée peut accueillir jusqu'à 300 personnes et 40 véhicules, ce qui fait du bac bien davantage qu'une simple curiosité locale : il demeure un véritable outil de mobilité pour les habitants de l'estuaire.

Un patrimoine vivant

Contrairement à de nombreux bacs historiques devenus des objets de musée, celui de Basse-Indre reste un outil du quotidien.

Chaque traversée perpétue une histoire commencée il y a près de deux cent cinquante ans.

Lorsque le bac quitte la cale, il relie bien davantage que deux rives. Il relie le passé industriel de la Loire aux activités stratégiques qui se poursuivent aujourd'hui sur l'île.

Peu de traversées en France permettent de passer en quelques minutes d'un ancien village ouvrier à un site participant encore à la construction des équipements de la Marine nationale.

Ce qu'il faut retenir du bac de Basse-Indre

Bien plus qu'une simple navette fluviale, le bac de Basse-Indre raconte une histoire unique en France. Celle d'une île industrielle née sous Louis XVI, devenue un maillon essentiel de la construction navale française et toujours active aujourd'hui.

Entre la fonderie royale de 1777, les machines à vapeur du XIXe siècle, les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, les luttes ouvrières et les systèmes de propulsion développés aujourd'hui pour les sous-marins nucléaires français, peu de trajets aussi courts permettent de parcourir autant d'histoire.

À Basse-Indre, quelques minutes suffisent pour traverser la Loire. Elles permettent aussi de traverser près de deux cent cinquante ans d'aventure maritime, industrielle et humaine.

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