4 Juin 2026
Une pinasse traditionnelle navigue devant les cabanes tchanquées de l'Île aux Oiseaux. Images : Chantier Dubourdieu
Il suffit parfois de quelques minutes de navigation pour comprendre pourquoi le Bassin d’Arcachon exerce une telle fascination. Depuis le port d’Arcachon, les eaux s’ouvrent progressivement vers l’Île aux Oiseaux. À bâbord apparaissent les villages ostréicoles du Cap-Ferret, du Canon ou de L’Herbe. À tribord se dessinent les ports de La Teste-de-Buch, Gujan-Mestras et Le Teich. Plus loin, les silhouettes des cabanes tchanquées semblent flotter entre ciel et mer tandis que les marées redessinent sans cesse les contours du Banc d’Arguin.
Dans ce décor en perpétuel mouvement, les pinasses occupent une place particulière. Elles racontent à elles seules l’histoire d’un territoire façonné par la mer, les huîtres et les hommes.
Pour comprendre l'importance des pinasses dans la vie locale, il faut mesurer l'ampleur du territoire qu'elles sillonnent. Le Bassin d'Arcachon couvre près de 155 km² à marée haute, une superficie qui varie considérablement au rythme des marées. Son littoral cumule environ 80 kilomètres de rivages, entre plages océanes, ports ostréicoles, prés salés et villages maritimes.
L'activité ostréicole y occupe une place majeure avec près de 1 800 hectares de parcs à huîtres, faisant du Bassin l'un des principaux territoires ostréicoles français. Les marées y jouent un rôle déterminant : l'amplitude peut atteindre près de 5 mètres lors des grandes marées, transformant quotidiennement les paysages et les conditions de navigation.
Le Bassin compte également une remarquable concentration de ports et de sites d'embarquement. D'Arcachon à Lège-Cap-Ferret, en passant par La Teste-de-Buch, Gujan-Mestras, Le Teich, Biganos, Audenge, Lanton, Andernos-les-Bains ou Arès, ce sont plus d'une dizaine de ports de plaisance, ostréicoles ou de pêche qui rythment la vie maritime locale. Dans cet univers façonné par les marées, les pinasses demeurent aujourd'hui encore l'un des meilleurs moyens de découvrir cette petite mer intérieure unique en Europe.
Le mot « pinasse » appartient depuis longtemps au vocabulaire maritime de la façade atlantique française. Son origine remonterait aux embarcations légères utilisées autrefois sur les côtes de Gascogne et des Landes.
Dans le Bassin d’Arcachon, la pinasse désigne un bateau traditionnel en bois, à la coque allongée et au faible tirant d’eau. Cette conception lui permet de naviguer facilement dans les chenaux, les esteys et les zones peu profondes qui caractérisent le Bassin.
Longtemps propulsée à la voile ou à l’aviron avant d’être motorisée, la pinasse s’est progressivement imposée comme le bateau de travail par excellence des pêcheurs et des ostréiculteurs. Aujourd’hui encore, elle demeure l’une des images les plus emblématiques du patrimoine maritime aquitain.
L’histoire des pinasses est indissociable de celle de l’ostréiculture.
À partir du XIXe siècle, le développement des parcs ostréicoles transforme profondément le Bassin d’Arcachon. Les professionnels ont besoin d’embarcations capables de transporter les huîtres, les poches, les outils et les équipages dans des secteurs où la profondeur varie constamment au rythme des marées.
La pinasse répond parfaitement à ces contraintes. Robuste, stable et facile à manœuvrer, elle devient rapidement indispensable à l’activité économique locale.
On la retrouve alors dans tous les ports du Bassin : Arcachon, La Teste-de-Buch, Gujan-Mestras, Le Teich, Biganos, Audenge, Lanton, Andernos-les-Bains, Arès ou encore Lège-Cap-Ferret.
Pendant des décennies, les pinasses participent activement à la prospérité ostréicole et à la vie quotidienne des habitants.
Chaque territoire maritime possède son embarcation de référence. La Méditerranée a ses pointus, Venise ses gondoles, le Léman ses bateaux Belle Époque. Le Bassin d’Arcachon possède ses pinasses.
Leur silhouette élégante est devenue indissociable des paysages locaux. Longues, fines et parfaitement adaptées aux eaux du Bassin, elles incarnent un certain art de vivre tourné vers la mer, les marées et les traditions.
Même les unités modernes continuent de reprendre les lignes caractéristiques des modèles historiques, perpétuant ainsi un héritage transmis de génération en génération.
Les pinasses sont présentes sur l’ensemble du Bassin d’Arcachon.
Arcachon demeure le principal point de départ des excursions, mais de nombreuses promenades sont également proposées depuis le Cap-Ferret, Lège-Cap-Ferret, Andernos-les-Bains, Gujan-Mestras ou La Teste-de-Buch.
Les itinéraires permettent généralement de découvrir les sites les plus emblématiques du territoire : l’Île aux Oiseaux, les cabanes tchanquées, les villages ostréicoles du Canon et de L’Herbe, les prés salés d’Arès, les chenaux du delta de la Leyre ou encore le Banc d’Arguin face à la Dune du Pilat.
Chaque secteur révèle une facette différente du Bassin.
Le succès des pinasses repose avant tout sur leur capacité à offrir une découverte intime du Bassin.
Contrairement aux grands bateaux d’excursion, elles permettent d’accéder à des secteurs plus confidentiels et de s’approcher au plus près des paysages emblématiques.
À bord, le rythme de navigation favorise l’observation. Les passagers découvrent les parcs ostréicoles, les oiseaux marins, les cabanes de pêcheurs, les villages du Cap-Ferret et les changements permanents de lumière qui font la réputation du Bassin.
Cette proximité avec la nature constitue sans doute l’une des principales raisons de leur succès.
La découverte de l’Île aux Oiseaux demeure l’excursion la plus recherchée. Les célèbres cabanes tchanquées figurent parmi les monuments les plus photographiés de Nouvelle-Aquitaine et constituent un passage obligé pour les visiteurs.
Les pinasses permettent également d’explorer les villages ostréicoles du Cap-Ferret, de longer les parcs à huîtres, de s’approcher du Banc d’Arguin ou d’admirer la Dune du Pilat depuis la mer.
Les sorties au coucher du soleil rencontrent un succès grandissant. Les couleurs dorées qui se reflètent alors sur les eaux du Bassin offrent un spectacle particulièrement apprécié des photographes.
Certaines compagnies proposent également des dégustations d’huîtres directement à bord, des croisières privatives, des sorties naturalistes ou des excursions consacrées à l’histoire du Bassin et de l’ostréiculture.
Les tarifs varient selon la durée de l’excursion, le nombre de passagers et les prestations proposées.
Les promenades collectives permettent de découvrir le Bassin à un coût accessible tandis que les privatisations offrent une expérience plus personnalisée pour les familles, les groupes d’amis ou les événements professionnels.
Au-delà du prix, ces sorties constituent souvent la meilleure manière de comprendre la géographie et le fonctionnement du Bassin d’Arcachon.
Le printemps, l’été et le début de l’automne sont les périodes les plus favorables.
Au printemps, les conditions de navigation sont particulièrement agréables et les paysages retrouvent toute leur vitalité. L’été permet de profiter pleinement des longues journées et des couchers de soleil sur l’Île aux Oiseaux.
L’automne offre quant à lui un Bassin plus calme, apprécié des amateurs de photographie et de nature.
Quelle que soit la saison, les marées transforment continuellement les paysages et rendent chaque sortie différente.
Peu de territoires français ont autant inspiré le cinéma contemporain que le Bassin d’Arcachon. Les paysages du Cap-Ferret, de l’Île aux Oiseaux, de la Dune du Pilat et des villages ostréicoles apparaissent notamment dans Les Petits Mouchoirs puis dans Nous finirons ensemble, réalisés par Guillaume Canet.
Ces films ont largement contribué à populariser l’image du Bassin auprès du grand public. Les pinasses y apparaissent régulièrement comme des éléments naturels du décor, symboles d’une certaine douceur de vivre tournée vers la mer.
Au-delà du cinéma, elles occupent une place privilégiée dans l’imaginaire collectif. Présentes sur les affiches touristiques, les cartes postales et les photographies du Bassin, elles incarnent un mode de vie fondé sur la proximité avec la nature, la mer et les traditions maritimes.
La pérennité des pinasses doit beaucoup aux chantiers navals du Bassin d’Arcachon qui perpétuent depuis des générations un savoir-faire unique de charpenterie de marine.
À Gujan-Mestras, Arcachon, La Teste-de-Buch ou Lège-Cap-Ferret, plusieurs entreprises participent encore aujourd’hui à la construction, à la restauration et à l’entretien de ces embarcations emblématiques.
Le chantier Dubourdieu, fondé en 1800 à Gujan-Mestras, demeure le plus connu et l’un des plus anciens chantiers navals de France encore en activité. Mais il s’inscrit dans une tradition beaucoup plus large qui a façonné l’histoire maritime du Bassin. Au fil des décennies, des constructeurs tels que Bossuet, Bert, Bonnin Frères, Boyé, Daney, Daycard, Fourton, Labouyrie, Monguillet, Mouliets ou encore Pradère ont contribué à l’évolution des pinasses, notamment lors de leur motorisation progressive au début du XXe siècle.
Cette culture de la construction navale demeure aujourd’hui particulièrement vivante. Des entreprises contemporaines comme le chantier Raba, ainsi que plusieurs ateliers spécialisés implantés autour de Gujan-Mestras et du Cap-Ferret, poursuivent la restauration des unités anciennes et la construction de pinasses inspirées des modèles historiques.
Grâce à ces artisans, charpentiers de marine et passionnés du patrimoine maritime, les silhouettes élégantes des pinasses continuent de glisser sur les eaux du Bassin entre Arcachon, l’Île aux Oiseaux, les cabanes tchanquées, le Banc d’Arguin et les villages ostréicoles. Elles témoignent d’un savoir-faire local qui fait partie intégrante de l’identité maritime du Bassin d’Arcachon.
Les pinasses ne sont pas seulement les témoins d’un passé révolu. Elles continuent de naviguer quotidiennement et demeurent pleinement intégrées à la vie du Bassin.
Certaines sont utilisées pour les excursions touristiques, d’autres pour des événements privés, tandis que plusieurs unités conservent encore une vocation professionnelle liée aux activités maritimes locales.
Cette capacité à rester utiles tout en préservant leur authenticité explique largement leur popularité. Elles constituent un remarquable exemple de patrimoine vivant, où tradition et modernité coexistent harmonieusement.
Bien plus qu’un simple bateau traditionnel, la pinasse est l’ambassadrice du Bassin d’Arcachon. Héritière de l’histoire ostréicole locale, elle permet aujourd’hui encore de découvrir l’un des plus beaux territoires maritimes de France au rythme paisible des marées.
D’Arcachon au Cap-Ferret, d’Andernos aux villages ostréicoles, de l’Île aux Oiseaux au Banc d’Arguin, elle relie les paysages, les traditions et les hommes qui font la richesse du Bassin.
À l’heure où le voyage cherche de plus en plus à retrouver du sens, la pinasse rappelle qu’il suffit parfois d’un bateau pour comprendre toute l’âme d’une destination.