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Nautitech. Nautitech : un redressement judiciaire pour changer d'actionnaire

Publié le 11 août 2026 , mis à jour le 14 août 2026 Par Nicolas Venance - ActuNautique Magazine

Le placement en redressement judiciaire de Nautitech Catamarans a surpris une partie de la filière nautique. Le chantier rochefortais, positionné sur le marché des catamarans haut de gamme performants sans dérives, venait pourtant d'achever le renouvellement complet de sa gamme, poursuivait ses livraisons et disposait encore d'un carnet de commandes. Derrière cette procédure se dessine une réalité plus complexe qu'une simple difficulté commerciale : celle d'une entreprise qui a profondément transformé son modèle économique depuis 2020 mais dont l'actionnaire, le fonds allemand Capital Management Partners (CMP), ne souhaite plus accompagner les besoins de financement. Dans un marché du catamaran redevenu très concurrentiel après l'euphorie post-Covid, l'enjeu est désormais moins industriel que capitalistique.

Nautitech : un redressement judiciaire pour changer d'actionnaire

Un redressement judiciaire qui ne signifie pas l'arrêt du chantier

Dans l'industrie nautique, le terme de redressement judiciaire est souvent associé à l'idée d'une entreprise au bord de la liquidation. La réalité est plus nuancée. En demandant l'ouverture de cette procédure devant le tribunal de commerce de La Rochelle, Nautitech a choisi un cadre juridique lui permettant de poursuivre son activité tout en recherchant un nouvel actionnaire. Les équipes restent en place, les contrats sont exécutés et la production, interrompue durant la fermeture estivale, doit reprendre normalement en septembre.

Cette distinction est importante. Le chantier ne fait pas face à une rupture brutale de son activité industrielle. Les commandes continuent d'être produites, les clients sont livrés et le réseau commercial poursuit son travail. La procédure vise avant tout à créer les conditions d'une restructuration financière, dans un contexte où l'actionnaire actuel ne souhaite plus injecter de nouveaux capitaux.

Le véritable sujet : l'actionnariat

Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à l'organisation capitalistique du groupe. Nautitech appartient depuis 2014 à Bavaria Yachts. Lorsque le constructeur allemand est repris en 2018 par le fonds d'investissement berlinois Capital Management Partners (CMP), la marque française fait naturellement partie du périmètre. Mais, selon Gildas Le Masson, président de Nautitech, les priorités d'investissement du fonds se sont principalement concentrées sur Bavaria, engagé dans son propre redressement après une période financière difficile.

Selon le dirigeant, Nautitech n'a jamais bénéficié d'un véritable programme d'investissement porté par son actionnaire. Les besoins de développement du chantier ont été financés autrement, notamment grâce au Prêt Garanti par l'État (PGE) obtenu pendant la crise sanitaire.

Aujourd'hui, CMP ne souhaite pas participer à la recapitalisation nécessaire. Cette décision conduit mécaniquement Nautitech à rechercher un nouvel investisseur, la procédure de redressement judiciaire offrant un cadre précisément destiné à faciliter cette transition actionnariale.

Une transformation engagée bien avant la procédure

Réduire la situation actuelle à une simple difficulté financière serait pourtant réducteur. Depuis plusieurs années, Nautitech a profondément modifié son modèle économique. En 2020, la direction prend une décision structurante : sortir progressivement du marché des flottes de location (le marché du charter) - trop concurrentiel avec des marques comme Bali, Lagoon, Fountaine-Pajot - afin de concentrer le chantier sur les catamarans de propriétaires.

Ce choix n'est pas anodin. Le marché du charter repose sur des volumes importants et des prix fortement négociés. À l'inverse, le marché des propriétaires privilégie des bateaux davantage personnalisés, plus riches en équipements et offrant une valeur ajoutée supérieure.

Cette orientation entraîne un travail de fond sur les produits. La personnalisation devient un axe de développement majeur à partir de 2023, tandis que l'ensemble de la gamme est progressivement renouvelé. Le chantier change ainsi de logique industrielle : produire moins d'unités, mais des bateaux plus sophistiqués et mieux valorisés.

Des volumes volontairement revus à la baisse

L'évolution des chiffres de production illustre parfaitement cette mutation structurelle :

  • En 2023 : Nautitech construit 58 catamarans. Ce niveau correspond encore à un marché particulièrement dynamique, porté par les commandes accumulées après la pandémie.

  • L'année suivante (2024) : la production retombe à 30 unités.

  • En 2025 : la production atteint 24 bateaux.

  • Pour 2026 : le programme industriel prévoit 18 unités, dont 13 avaient déjà été vendues à la fin du mois de juillet.

Présentés isolément, ces chiffres pourraient laisser penser à une dégradation rapide de l'activité. Ils traduisent en réalité deux phénomènes qui se superposent : le changement de stratégie volontaire du chantier qui accepte de réduire ses volumes pour privilégier les propriétaires, et la normalisation du marché mondial du multicoque après plusieurs années exceptionnelles.

La fin du cycle post-Covid

Comme l'ensemble de la filière nautique, Nautitech a bénéficié du fort rebond observé entre 2021 et 2023. La crise sanitaire avait profondément modifié les comportements d'achat : les délais de livraison s'allongeaient, les carnets de commandes atteignaient parfois plusieurs années et les constructeurs tournaient à pleine capacité.

Cette situation appartient désormais au passé. Depuis 2024, le marché retrouve progressivement des niveaux plus proches de ceux observés avant la pandémie. Les délais de livraison diminuent, les clients prennent davantage de temps pour finaliser leurs projets et les constructeurs doivent composer avec une demande plus sélective. Cette évolution touche l'ensemble du secteur, mais ses effets sont particulièrement sensibles sur le segment des catamarans de propriétaires, où Nautitech est positionné.

Une guerre des prix sur le segment des catamarans rapides sans dérives

À cette normalisation du marché s'ajoute une pression concurrentielle très forte. Ces deux dernières années, le marché des catamarans rapides sans dérives a fait l'objet d'une guerre des prix féroce - jusqu'à 30 % de remises dans certains cas - une stratégie agressive mise en place par certains acteurs pour écluser des stocks de production.

Cette situation a totalement déséquilibré le marché premium, heurtant de plein fouet Nautitech, qui n'avait ni les moyens ni l'envie d'entrer dans cette spirale. Positionné sur le segment haut de gamme performant, mettant en avant la qualité de ses produits, leurs performances et leur valeur résiduelle de revente, le chantier a donc subi de plein fouet cette pression concurrentielle externe.

Un chantier qui a achevé le renouvellement de sa gamme

L'ouverture de la procédure intervient dans un contexte qui peut paraître paradoxal. Au moment où Nautitech recherche un nouvel actionnaire, le chantier vient d'achever le renouvellement complet de son offre commerciale, un programme engagé il y a plusieurs années.

La gamme repose désormais sur trois modèles : les Nautitech 41 Type S, 44 Open et 48 Open. Le lancement du 41 Type S, présenté cette année, constitue la dernière étape de cette refonte. Commercialisé à partir de 480 000 euros HT, ce catamaran de 41 pieds occupe désormais une position stratégique dans l'offre du chantier.

Selon Gildas Le Masson, 10 unités ont déjà été vendues, dont quatre ont été livrées et six sont actuellement en production ou planifiées. Plus largement, les ventes enregistrées en 2026 se répartissent entre 10 Nautitech 41 Type S, 5 Nautitech 44 Open et 1 Nautitech 48 Open. Ces chiffres montrent que, malgré un marché plus difficile, le renouvellement de la gamme trouve incontestablement son public.

Un outil industriel dont Nautitech est propriétaire

Le chantier dispose également d'un atout rare et précieux dans l'industrie nautique : il est propriétaire de son site industriel. Installé à Rochefort, celui-ci couvre environ 5 000 m² et bénéficie d'une implantation privilégiée, à proximité immédiate des infrastructures de mise à l'eau. Les bureaux ont par ailleurs été récemment rénovés.

L'organisation industrielle est aujourd'hui structurée autour de deux lignes de production : la première assemble les Nautitech 41 Type S et 44 Open, tandis que la seconde est dédiée au 48 Open. Avec 96 salariés et un chiffre d'affaires d'environ 13 millions d'euros, Nautitech reste un acteur de taille modeste à l'échelle de l'industrie nautique mondiale, mais conserve une organisation industrielle complète, intégrant les principales étapes de fabrication et d'assemblage. La clientèle demeure très largement internationale, près de 70 % des ventes étant réalisées à l'export, principalement sur les marchés européens et nord-américains.

Un point mort fortement abaissé

La transformation engagée depuis 2020 ne s'est pas limitée au portefeuille de produits. Le chantier a également revu son organisation afin d'adapter sa structure de coûts à son nouveau positionnement. Selon la direction, le point mort est désormais fixé à 25 bateaux par an.

Cet indicateur permet de mieux comprendre l'évolution récente des volumes. Avec 24 unités produites en 2025, Nautitech se situait déjà à proximité de son seuil d'équilibre économique. Autrement dit, la réduction de la production observée ces deux dernières années s'est accompagnée d'une adaptation saine et progressive de l'entreprise. La question n'était plus de produire le plus grand nombre possible de bateaux, mais de retrouver un modèle compatible avec des volumes plus faibles et des unités à plus forte valeur ajoutée.

Une nouvelle gamme financée sans l'actionnaire

L'un des éléments les plus marquants du dossier concerne le financement de ce renouvellement de gamme. Selon Gildas Le Masson, ce vaste programme n'a pas été rendu possible par un apport en capital de l'actionnaire historique.

Le chantier s'est principalement appuyé sur le Prêt Garanti par l'État (PGE) obtenu durant la crise sanitaire pour financer le développement de ses nouveaux modèles. Ce prêt a d'ailleurs été intégralement remboursé en mai 2026.

Pour la direction, ce remboursement marque l'aboutissement d'un cycle d'investissement majeur. En revanche, les besoins de financement nécessaires à la poursuite du développement de l'entreprise appelaient une nouvelle recapitalisation, que CMP n'a finalement pas souhaité accompagner. C'est cette absence de relais financier de la maison mère qui conduit aujourd'hui le chantier à rechercher un nouvel actionnaire.

Le retrait des salons, premier signe d'une situation sous tension

Quelques mois avant l'ouverture de la procédure, Nautitech avait déjà pris une décision qui avait suscité de vives interrogations dans la profession : son retrait des principaux salons nautiques de la fin de saison.

À l'époque, le chantier avait expliqué vouloir concentrer ses moyens sur ses priorités industrielles et commerciales. Avec le recul, cette décision apparaît de toute évidence comme l'un des premiers signes d'une gestion particulièrement prudente des dépenses, dans un contexte où la question du financement devenait de plus en plus sensible. Elle traduisait également la volonté ferme de préserver les liquidités et les ressources de l'entreprise dans l'attente d'une clarification indispensable de sa situation actionnariale.

Quels candidats pour reprendre Nautitech ?

L'ouverture du redressement judiciaire ouvre désormais une nouvelle séquence et le dossier pourrait intéresser plusieurs catégories d'investisseurs désireux de s'implanter sur ce marché de niche :

  • Un constructeur généraliste : Désireux de renforcer sa position sur le marché porteur du catamaran. Cette hypothèse n'est pas totalement nouvelle : dès 2018, le groupe Bénéteau avait étudié le dossier alors qu'il préparait le lancement de sa marque Excess (les discussions n'avaient toutefois pas abouti à l'époque).

  • Un acteur spécialisé du multicoque : Souhaitant compléter son portefeuille de marques avec un nom solidement établi sur le segment exigeant des catamarans de propriétaires.

  • Un investisseur financier ou industriel privé : Porté par l'attractivité des fondamentaux du chantier. Nautitech dispose en effet d'une marque installée, d'une gamme entièrement renouvelée, d'un site industriel dont il est propriétaire, d'une clientèle internationale fidèle et d'un carnet de commandes de 15 bateaux, autant d'atouts majeurs pour bâtir une stratégie de croissance pérenne.

Une équation désormais essentiellement financière

Le dossier Nautitech illustre de manière frappante les mutations profondes actuellement à l'œuvre dans l'industrie nautique. Après plusieurs années de croissance exceptionnelle, les constructeurs doivent désormais composer avec un marché revenu à des niveaux plus proches de ses fondamentaux, une concurrence accrue et des clients redevenus beaucoup plus attentistes. Les stratégies aveugles fondées sur les volumes cèdent progressivement la place à des modèles privilégiant la valeur ajoutée et la maîtrise rigoureuse des coûts.

Dans ce contexte, le chantier rochefortais se trouve à un moment charnière de son histoire. Son repositionnement sur le marché des catamarans de propriétaires est largement enclenché, sa gamme a été intégralement renouvelée et son organisation industrielle adaptée à des volumes plus modestes. En revanche, la poursuite de cette trajectoire suppose impérativement un actionnaire solide, prêt à accompagner financièrement cette nouvelle phase de développement.

Les prochains mois permettront donc de déterminer si le redressement judiciaire constitue une simple étape de transition capitalistique ou le prélude à une restructuration plus profonde. Pour Nautitech, l'enjeu dépasse désormais la seule activité de production : il s'agit de trouver le partenaire idéal capable d'inscrire durablement la marque dans l'un des marchés les plus exigeants et concurrentiels du nautisme européen.

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