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Yuniboat. Electrifier un Arvor et le reconditionner - le pari déjà gagnant à 59000 euros ttc de Yuniboat

Publié le 7 octobre 2026 , mis à jour le 7 octobre 2026 Par ActuNautique Magazine

Pêche de loisir - Il était solide, marin, parfaitement adapté à la pêche, mais son moteur Diesel était hors service. Plutôt que de condamner cet Arvor ou de simplement lui greffer un nouveau moteur thermique, Yuniboat a choisi une autre voie : reconditionner le bateau et transformer sa propulsion en électrique. Découvert au Grand Pavois 2026 de La Rochelle, cet étonnant timonier est au cœur d’un nouvel épisode de BateauScopie. Derrière l’expérience technique se dessine surtout une question très actuelle : et si une partie de l’avenir de la plaisance se trouvait dans les bateaux que nous possédons déjà ?

Emission de BateauScopie accessible sur notre chaîne YouTube, en français, doublée en anglais

Il est difficile de le manquer. À peine franchie l’entrée du Grand Pavois 2026 de La Rochelle, sur le port des Minimes, cet Arvor attire le regard. Pas parce qu’il s’agit du bateau le plus grand ou le plus spectaculaire du salon. C’est même plutôt l’inverse.

Un Arvor, c’est un bateau que l’on connaît. Un timonier robuste, sans prétention, conçu pour sortir pêcher, se promener en famille et rentrer lorsque la mer commence à se former. Une sorte de « 4x4 des mers », comme le décrit Thierry Boussion, dirigeant de Yuniboat.

Mais celui-ci cache quelque chose.

Sous le capot, le traditionnel Diesel a disparu. À sa place se trouve un moteur électrique in-board.

C’est cette transformation que nous avons voulu comprendre dans ce nouvel épisode de BateauScopie.

Un bateau ancien, mais pas un vieux bateau

Le projet raconte d’abord le métier que Yuniboat cherche à développer : récupérer des bateaux qui ne naviguent plus, parfois abandonnés ou simplement oubliés, pour les remettre sur le marché après un reconditionnement complet.

La nuance entre rénovation et reconditionnement est importante.

Il ne s’agit pas de faire croire qu’un bateau de vingt ou trente ans vient de sortir du chantier. Yuniboat assume au contraire son histoire. Sur ses bateaux, environ 80 % des pièces restent d’origine et sont reconditionnées. Les éléments qui doivent impérativement être remplacés, notamment ceux touchant à la sécurité, le sont. Puis le bateau est revendu avec une garantie de deux ans.

L’idée est finalement assez proche de ce que l’automobile ou l’électronique ont commencé à faire depuis plusieurs années : donner une vraie valeur commerciale au reconditionné.

Avec une différence de taille : une coque de bateau correctement construite peut traverser plusieurs décennies.

Pourquoi la détruire si elle peut encore naviguer ?

Yuniboat récupère ainsi des unités auprès de particuliers, mais également auprès des ports confrontés aux bateaux ventouses, et travaille avec l’APER pour identifier certaines coques susceptibles d'être réemployées plutôt que déconstruites.

Cet Arvor aurait parfaitement pu recevoir un autre Diesel

L’Arvor présenté à La Rochelle pousse cependant le raisonnement un peu plus loin.

Son moteur était cassé.

La solution la plus évidente aurait été de le remplacer ou d’installer un Diesel reconditionné. Un choix parfaitement cohérent pour ce type de bateau et qui lui aurait probablement permis de naviguer encore très longtemps.

Mais Yuniboat a voulu profiter de cette panne pour essayer autre chose.

Le chantier s’est rapproché de Ozo, entreprise bordelaise, afin d’intégrer une propulsion électrique in-board.

Et c’est là que le projet devient intéressant, car il ne s’agissait pas de reconstruire entièrement le bateau autour de son nouveau moteur.

Au contraire.

Le réservoir de gazole a été retiré et son emplacement récupéré pour installer les batteries. Le moteur électrique a été monté sur des supports adaptés aux implantations existantes, puis raccordé à la ligne d’arbre du bateau.

L’hélice, en revanche, a nécessité un vrai travail d’adaptation. Les caractéristiques d’un moteur électrique ne sont pas celles d’un Diesel et le rendement de l’ensemble dépend directement du choix de l’hélice.

Le vieil Arvor conserve donc son architecture fondamentale. Il change simplement de cœur.

Une électrification pensée pour la mer

Installer un moteur électrique dans un bateau ne consiste évidemment pas à prendre un moteur industriel, deux batteries et quelques câbles.

L’environnement marin est impitoyable avec l’électricité : humidité permanente, embruns, sel et corrosion peuvent rapidement transformer une installation mal protégée en source de problèmes.

C’est l’un des points sur lesquels Yuniboat explique avoir particulièrement travaillé avec le concepteur de la motorisation.

Le moteur a été fortement encapsulé. Des connectiques en inox et en PVC ont été retenues pour limiter les risques d’oxydation. Le parc de batteries a lui aussi été encapsulé afin de supporter l’environnement humide du bateau.

À bord, rien de tout cela ne cherche à être spectaculaire.

Et c’est plutôt une bonne nouvelle.

L’Arvor reste un Arvor.

7 à 8 nœuds et six heures pour aller pêcher

Reste évidemment la question qui arrive immédiatement lorsqu’on parle de bateau électrique : combien de temps peut-on naviguer ?

La réponse n’a de sens qu’en regardant le programme du bateau.

Cet Arvor n’a jamais été conçu pour traverser la Manche à 25 nœuds. C’est un bateau de pêche-promenade, fait pour avancer tranquillement et passer du temps sur l’eau.

Dans sa nouvelle configuration, Yuniboat annonce une vitesse de croisière de 7 à 8 nœuds et environ six heures d’autonomie.

Et les propriétaires qui l’ont acheté habitent justement La Rochelle.

Leur programme ? Sortir pêcher dans les Pertuis puis revenir au port.

Pour cet usage précis, la motorisation électrique prend soudain tout son sens. Pas de recherche d’une autonomie théorique extraordinaire, mais suffisamment d’énergie pour une journée correspondant au programme réel du bateau.

Avec, en prime, quelque chose que l’on mesure difficilement sur une fiche technique : le silence.

Imaginez le départ d’un port tôt le matin. On largue les amarres, on passe entre les pontons et l’on rejoint le Pertuis sans le grondement et les vibrations du Diesel sous les pieds. À faible vitesse, sur un bateau destiné à la pêche et à la promenade, l’expérience change réellement.

Cela ne signifie évidemment pas que l’électrique convient à tous les bateaux. Tout dépend du programme de navigation. C’est d’ailleurs reconnu très clairement au cours de cette BateauScopie.

Mais ici, la rencontre entre le bateau et sa nouvelle propulsion semble particulièrement logique.

59 000 euros et vendu pendant le Grand Pavois

Il restait un autre juge : le marché.

Le bateau était proposé 59 000 euros, motorisation électrique neuve comprise, avec la garantie Yuniboat de deux ans.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour savoir si le concept pouvait intéresser un plaisancier.

L’Arvor a été vendu dès le troisième jour du Grand Pavois.

L’anecdote ne permet évidemment pas de conclure que tous les anciens bateaux doivent désormais être électrifiés. Elle montre en revanche qu’il existe des plaisanciers prêts à regarder autrement une coque ancienne lorsqu’elle est reconditionnée, garantie et proposée avec une motorisation correspondant réellement à leur usage.

Derrière l’Arvor, Yuniboat veut changer d’échelle

Ce bateau électrique est finalement la partie la plus visible d’un projet industriel plus large.

Yuniboat prépare son installation à Port-la-Vigne, près de Nantes, sur un site de plus de 2,5 hectares en bord de Loire comprenant environ 3 000 m² de bâtiments et des accès directs à l’eau. L’objectif annoncé est d’augmenter fortement la capacité de reconditionnement.

Car l’entreprise ne veut justement pas devenir un spécialiste du refit exceptionnel réalisé à l’unité.

Son terrain de jeu est beaucoup plus populaire : les bateaux de 5 à 7 mètres, ceux que l’on retrouve par milliers dans les ports français, sur les terre-pleins ou au fond des jardins.

Les premiers modèles reconditionnés sont proposés autour de 10 000 euros, tandis que certaines unités plus importantes peuvent atteindre 90 000 euros. Tous bénéficient d’une garantie de deux ans.

C’est peut-être là que cette BateauScopie dépasse le cas de notre Arvor électrique.

Pendant longtemps, la plaisance française s’est développée grâce à des bateaux relativement simples, transportables, accessibles à des familles qui n’avaient aucune intention d’acheter un yacht. Une barque, un petit open, un timonier et quelques week-ends par mois sur l’eau suffisaient à faire un plaisancier.

Des milliers de ces bateaux existent toujours.

Certains sont fatigués. D’autres ont simplement besoin d’un moteur, d’électricité, d’un équipement de sécurité et d’un sérieux contrôle pour repartir.

L’Arvor rencontré à La Rochelle en apporte une jolie démonstration.

Il n’est pas neuf. Il ne cherche d’ailleurs pas à le faire croire. Il est simplement prêt à repartir. Et cette fois, lorsqu’il quittera le port pour aller pêcher dans les Pertuis, on l’entendra à peine passer.

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