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Nautisme - en ordre de marche, le groupe Bénéteau annonce 32 nouveautés et 90 millions d'euros d'investissement

Hervé Gastinel, PDG du groupe Beneteau, a pris ses fonctions il y a un an. Il dresse sur ActuNautique, un premier bilan de son action, entre réorganisation et plan de marche.

Hervé Gastinel, président du directoire du groupe Bénéteau, à la barre de l'Oceanis Yacht 62

Hervé Gastinel, président du directoire du groupe Bénéteau, à la barre de l'Oceanis Yacht 62

Hervé Gastinel, vous avez pris vos fonctions il y a un an. Dans quel axe stratégique avez-vous décidé d'orienter le groupe pour ce qui est de son activité nautique ?

Hervé Gastinel - Il y a un an, le groupe était à la croisée des chemins, après des années difficiles de crise, et une expansion forte, notamment sur le plan international. Il y avait une nécessité de se préparer pour une nouvelle étape, une étape de reprise, de croissance, et une étape de développement et de diversification. Pour cela, nous nous devions de repenser son organisation. L'activité nautique du groupe Bénéteau s'articule désormais autour de 4 pôles : Bénéteau, Jeanneau, CNB et Monte Carlo Yachts. Nous avons décidé d'aller plus loin dans la mise en avant des savoir-faire internes et dans celle des compétences externes, de manière à être plus forts, par exemple sur le marché américain. Nous avons ainsi recruté un patron pour les Etats-Unis, et mis en place une véritable organisation autour de lui. Même type d’exemple sur des sujets opérationnels, comme la production ou le développement produit, sur lesquels nos marques ont beaucoup d’autonomie et de liberté. A l’échelle d'un groupe comme le nôtre, il était important de mieux se coordonner, de mettre en synergie tous ces programmes et tous ces projets. Pour se faire, j’ai recruté là aussi des experts venus d’autres secteurs d’activité, qui vont se mélanger avec tous les sachants internes, pour aller plus loin en matière de partage de connaissances. Nous allons aussi accélérer notre rythme de développement et de recherche afin d'améliorer encore notre profitabilité .

Qu'entendez-vous pas synergie entre vos différentes marques ?  

Hervé Gastinel - Le mot de synergie est un mot qui fait souvent peur, qui peut être compris comme une perte d’autonomie, voire comme un réduction de ressources. Pour moi, c'est exactement l'inverse ! Il signifie une plus grande tonicité du groupe ; il met en avant son ambition, la force de ses investissements, qui après une année très forte, continuent de progresser. Cette année, nous investissons 90 millions, dont 45 millions dans les produits, soit +17% par rapport à l’an passé, et lançons 32 nouveaux bateaux sur la saison 2016/2017 ! C'est unique sur le marché ; tout cela n’est bien sûr possible, que s’il y a derrière, une machine très rodée et très huilée, qui accompagne nos marques, et à l’échelle du groupe, qui coordonne l'ensemble.

Vous bénéficiez pour cela d'une conjoncture plutôt positive ; d'un bon alignement de planètes, avec une croissance mondiale de 3-4% !

Hervé Gastinel - Nous sommes sur un marché porteur, qui a montré de la croissance sur la plupart des grandes zones mondiales du nautisme, à commencer par les deux grandes zones motrices que sont les Etats-Unis et l’Europe, sur lesquelles nous avons vu de la croissance et sur lesquelles le groupe a surperformé. En Europe notamment, et particulièrement en France, où, si les immatriculations sont atones, nous avons réalisé une croissance à deux chiffres.

Vous gagnez donc des parts de marché en France ? 

Hervé Gastinel - Le groupe gagne effectivement des parts de marché, tant dans la voile que dans le moteur. C’est d’ailleurs sur le moteur que la marque Bénéteau fait ses meilleures performances l'an dernier. Le marché Français a pour nous été dynamique ; c’est le fruit d’un plan produit efficace, d’un vrai coup de booster, d'une grande mobilisation de notre distribution,  d'un marketing qui a mis le turbo, et d'une politique de service qui porte ses fruits. Aujourd’hui, le groupe Beneteau, c’est une offre produit incomparable à l’échelle mondiale par sa diversité, mais c’est aussi une offre services très importante pour nos concessionnaires et nos clients : le financement, un superbe SAV basé sur la formation, l’accompagnement des plaisanciers, et demain de nouveaux services, notamment digitaux. Tout cela crée un ensemble très puissant au service de nos clients, et je crois que cela explique la belle performance du groupe.

Les services digitaux sont un axe prioritaire de votre stratégie. Peut-on imaginer demain que vos différentes marques proposent à des plaisanciers des services de location ou d’échange ? Y réfléchissez-vous ?

Hervé Gastinel - Nous y réfléchissons activement, tant en croissance interne qu'externe ; ce n’est pas un scoop de dire que cette nouvelle économie du partage ne fait pas exception dans notre profession. Après, il y a une multitude d’offres, de projets, sur lesquels nous sommes en train de faire le tri. Notre intention est de soumettre au conseil de surveillance, dans les prochains mois, une stratégie complète dans le digital, dont l'objectif sera de renforcer notre développement et celui de nos partenaires, notamment nos distributeurs. L’idée est de mettre en place cette stratégie de façon consensuelle, afin qu'elle bénéficie à l’ensemble de nos partenaires distributeurs.

Le marché de la plaisance est très segmenté aux Etats-Unis, contrairement au marché européen. Vous avez réorganisé vos marques en quatre groupes : Bénéteau, Jeanneau, Lagoon-CNB et Monte Carlo Yachts. Cette réorganisation est-elle un des prémices à une hyper-segmentation que vous voyez se développer demain en Europe ?

Hervé Gastinel - C’est un très bon point. Je suis frappé depuis notre aventure américaine, par l’hyper segmentation d’un marché comme celui des Eats-Unis, qui fait trois fois la taille de l’Europe. Autant de segments que de besoin de navigation... C'est une vraie source d’inspiration pour nous. Je crois que si aujourd’hui, le groupe Bénéteau met autant d’énergie à s’adapter au marché américain, c’est que c’est riche d’enseignements pour nous aussi, sur le marché Européen, et sur les autres grands marchés mondiaux. Le degré d'exigence des clients sur ce marché est aussi une source d'inspiration. Nous nous devons donc de développer dans toute la chaîne de production, une plus grande flexibilité, car qui dit hyper-segmentation, dit séries de plus en plus petites, capacité de s’adapter, de changer en permanence de modèles, de finitions, de motorisations. Tout cela entraîne une transformation vraiment profonde pour un  groupe industriel comme le nôtre qui avait historiquement développé de grandes séries.

Le cas des Oceanis 35.1 et 38.1 est flagrant, qui sont des bateaux très personnalisables, pourtant construits en série

Hervé Gastinel - C’est un très bon exemple, car on parle souvent de personnalisation pour de grandes unités, le semi-custom, alors qu'elle est aussi demandée pour des unités de taille intermédiaire, les gammes 30/40 pieds, et c’est une vraie révolution. Les clients sont friands de personnalisation, c’est une évidence, et cela demande un vrai travail d’adaptation au niveau industriel. C’est tout cet enjeu masqué pour le client, mais essentiel pour le groupe, qui a motivé notre transformation positive.

Cette intégration et cette segmentation se retrouvent avec l'intégration de vos 4 marques américaines (Glastron, Four Winns, Scarab et Wellcraft) au sein des pôles Bénéteau et Jeanneau. Il s'agit plutôt de petites unités. Est-ce l’occasion pour le groupe de ne pas perdre le contact avec les primo-accédants, dans un contexte où votre offre s'est notablement élargie vers de grandes unités ces dernières années ? 

Hervé Gastinel - Je suis parfaitement en phase avec cette analyse ; la réalité du groupe c’est la diversité de son plan produit. Avec Bénéteau et Jeanneau, nous bénéficions de deux multi-spécialistes qui s'adressent à une clientèle très diversifiée. Pour nous, aucun client est plus important qu’un autre ; au contraire, notre devoir c’est d’attirer vers le nautisme, les clients qui n’en avaient pas forcément l’habitude, ou qui ne pensaient pas forcément en avoir les moyens. Cette stratégie est primordiale, dans un contexte de vieillissement de la base de clientèle, mais aussi dans un contexte ou le nautisme est concurrencé par d'autres loisirs. Les primo-accédants sont stratégiques pour nous, pour éviter de voir un jour notre marché s'assécher.

On parle d’évolution environnementale, de nouvelles technologies. Que pouvez-vous dire des nouvelles motorisations électriques. Verra-t-on un jour des Bénéteau ou Jeanneau avec des moteurs électriques ? Voire des motorisations hybrides ?

Hervé Gastinel - Le groupe bénéficie déjà d'une certaine antériorité dans ce domaine, puisque nous avons déjà testé des moteurs électriques et commercialisé des bateaux hybrides au travers de modèles construits à Bordeaux, chez CNB Pro. Ces technologies sont fonctionnelles en hybride. C’est en revanche encore un peu tôt, selon nous, pour des motorisations électriques, et nous ne prendrons pas le risque de nous lancer à grande échelle sur ce type de propulsion, tant que nous n'aurons pas la conviction que l’ensemble des performances de sécurité et de durabilité sont atteintes. Il reste encore beaucoup de travail à réaliser en matière de recherche dans ce domaine, que nous faisons en partenariat avec tous les grands motoristes qui sont par ailleurs nos fournisseurs.

Vous êtes "voileux" vous même, et possédez d'ailleurs un Sense à titre personnel. Pour développer la pratique de la voile, pensez-vous qu'il faille en simplifier la mise en oeuvre ? 

Hervé Gastinel - J’ai la chance en effet d’avoir pratiqué la voile depuis un certain temps. J’ai pu acquérir avec les années une forme d’expérience et de connaissance. J'essaie toujours de me mettre à la place de quelqu’un qui débute sur un « quillard », pour comprendre ses attentes. Il est vrai que c'est anxiogène, c’est compliqué, surtout quand l’on a pas autour de soi un équipage rodé. Un bateau à voile, c’est objectivement compliqué. Si l'on ne veut pas que la voile soit élitiste, il ne faut pas la restreindre à de simples notions de performances, de vitesse, de sensation. Ce serait une grave erreur de restreindre l’accès de ce marché aux seuls experts. En tant qu’industriels, tout ce que nous pouvons faire pour simplifier les manœuvres et les sécuriser est important. Tous nos bateaux aujourd’hui sont conçus dans cet esprit ; ils doivent être manoeuvrables en équipage très restreint, souvent en couple, parfois sur des unités de plus de 60 pieds. Notre objectif est de pouvoir répondre à tous les besoins du marché, de ceux du régatier expert, jusqu'à ceux du plaisancier du dimanche, pour que chacun puisse prendre plaisir sur un voilier.

Hervé Gastinel, comment voyez-vous l’année 2017 qui arrive ?

Hervé Gastinel - Je la vois positivement, même si encore une fois, il y a des contrastes importants d’une région ou d’un pays à l’autre. Il y a de la croissance à peu près partout ; il faut simplement savoir aller la chercher au bon endroit. Cela peut être un segment de marché, un type de clientèle, mais il y a toujours des opportunités à saisir. La force d’un groupe comme le nôtre c’est d’être à l’affût, et donc d’être capable d’aller chercher le meilleur de chaque endroit, pour trouver des relais de croissance. Globalement, nous avons la chance d’être sur un secteur porteur et croissant : notre prévision de développement sur 2016/2017 est de l’ordre de 3/4 %. C’est donc une performance solide sur laquelle on peut largement construire.

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