31 Juillet 2025
Lorsque l’horizon tangue et que l’estomac se noue, il est souvent trop tard. Le mal de mer s’est déjà invité à bord. Cette forme particulière de mal des transports, qui affecte les passagers en mer, trouve son origine dans un déséquilibre subtil entre les sens chargés de percevoir notre position dans l’espace. S’il disparaît généralement dès le retour à terre, il peut, le temps d’une traversée, ruiner toute tentative de profiter du voyage.
Le mal de mer, comme les autres formes de cinétose, résulte d’un conflit entre les informations transmises au cerveau par les différents organes de l’équilibre. Notre capacité à percevoir les mouvements repose sur trois systèmes principaux : la vision, le système vestibulaire de l’oreille interne et la proprioception (sensibilité musculaire et articulaire).
En mer, ces signaux peuvent rapidement entrer en contradiction. Par exemple, dans la cabine d’un bateau, les yeux perçoivent un environnement fixe — murs, plafond, objets immobiles — tandis que le système vestibulaire enregistre les mouvements incessants du navire sur les vagues. Ce décalage entre ce que l’on voit et ce que l’on ressent crée une dissonance neurologique. Le cerveau, incapable d’interpréter correctement ces informations discordantes, réagit par des symptômes de défense : nausées, vomissements, vertiges, sueurs froides, fatigue intense, voire anxiété.
Le mal de mer ne touche pas tous les individus avec la même intensité. Certains y sont naturellement plus sensibles que d’autres. Les enfants entre 2 et 12 ans, les femmes — en particulier pendant les périodes de changements hormonaux comme la grossesse ou les menstruations — et les personnes sujettes à l’anxiété ou au stress sont plus souvent affectées. Mais même les marins les plus aguerris ne sont pas totalement à l’abri. Il arrive que l’on développe une sensibilité accrue au fil des années, ou au contraire que l’on finisse par s’y habituer après une phase d’exposition régulière.
Le facteur principal demeure la variabilité des conditions de mer. Le roulis, notamment transversal (mouvement latéral du bateau), est réputé plus générateur de cinétose que le tangage longitudinal. La taille de l’embarcation, la durée du trajet, la fatigue ou encore l’état de santé général du passager jouent également un rôle.
Les symptômes du mal de mer surviennent généralement dans les premières heures de navigation, et parfois même dès que le bateau quitte le port. Les signes les plus fréquents sont :
Une sensation de malaise diffus
Des sueurs froides
Des bâillements fréquents
Des nausées, puis des vomissements
Une hypersalivation
Des maux de tête
Une somnolence anormale
Un besoin urgent de s’allonger ou d’immobilité
Il est essentiel de ne pas minimiser ces signes, car plus on laisse les symptômes s’installer, plus la récupération devient difficile. Le mal de mer non traité peut rapidement entraîner une déshydratation ou un état d’épuisement sévère.
Heureusement, de nombreuses solutions existent pour prévenir ou atténuer les effets du mal de mer. Elles reposent sur des stratégies combinant hygiène de vie, gestes simples et recours éventuel à des traitements médicamenteux.
Certains réflexes simples peuvent limiter les risques :
Se positionner au centre du bateau, près du centre de gravité, là où les mouvements sont les moins perceptibles.
Fixer l’horizon ou un point stable au loin : cela permet de réaligner les signaux visuels avec les informations vestibulaires.
Éviter de lire, regarder un écran ou descendre en cabine : les mouvements du bateau deviennent alors imperceptibles pour les yeux, accentuant la confusion sensorielle.
S’aérer régulièrement : rester à l’extérieur sur le pont, au contact du vent et de la lumière naturelle, aide à mieux tolérer les mouvements.
Éviter les odeurs fortes (carburant, cuisine), qui peuvent aggraver les nausées.
Maintenir une hydratation régulière : boire de petites quantités d’eau fréquemment, sans attendre la soif.
Manger léger avant l’embarquement : un estomac trop plein ou complètement vide favorise l’inconfort. Privilégier des aliments secs et non gras.
Plusieurs médicaments sont disponibles pour prévenir ou traiter le mal de mer :
Antihistaminiques H1 (comme la méclozine ou la prométhazine) : ils réduisent l’excitabilité du centre du vomissement dans le cerveau. Leur efficacité est réelle, mais ils peuvent provoquer une somnolence importante.
Scopolamine : disponible sous forme de patch à placer derrière l’oreille plusieurs heures avant le départ. Elle agit sur le système nerveux central pour stabiliser les signaux vestibulaires. Très efficace, elle est néanmoins contre-indiquée chez certaines personnes (glaucome, troubles urinaires) et peut entraîner des effets secondaires (bouche sèche, vision floue).
Gingembre : en gélules ou en tisane, cette plante est reconnue pour ses propriétés antiémétiques naturelles. Moins puissant qu’un traitement médicamenteux, il peut néanmoins suffire dans les cas légers ou modérés.
Il est recommandé de consulter un professionnel de santé avant d’utiliser un médicament, surtout chez les enfants, les femmes enceintes ou les personnes sous traitement.
Certains passagers optent pour des solutions non pharmacologiques :
Bracelets d’acupression : portés aux poignets, ils stimulent un point d’acupuncture (point P6) censé soulager les nausées. Leur efficacité n’est pas scientifiquement prouvée, mais certains les trouvent utiles.
Techniques de respiration ou de relaxation : maîtriser son stress diminue l’intensité des symptômes. Des exercices simples de respiration abdominale peuvent suffire à apaiser les tensions internes.
Adaptation progressive : naviguer régulièrement, par courtes étapes, permet au cerveau de s’habituer peu à peu aux mouvements marins. Cette accoutumance peut s’installer au bout de quelques jours.
Si malgré toutes les précautions le mal de mer survient, il convient d’agir sans tarder :
S’allonger sur le dos, de préférence en plein air, les yeux fermés
Éviter tout mouvement ou conversation
Respirer calmement et régulièrement
Boire quelques gorgées d’eau fraîche
Ne pas lutter contre les vomissements : ils peuvent, une fois passés, apporter un soulagement temporaire
Il est essentiel que l’équipage fasse preuve de bienveillance envers les personnes touchées, sans minimiser leur inconfort. Un passager malade peut rapidement devenir incapable d’assurer une tâche de sécurité ou de participer activement à la vie à bord.
Bonne nouvelle : la plupart des cas de mal de mer disparaissent d’eux-mêmes après une période d’adaptation. Certains navigateurs très sensibles au départ finissent par ne plus ressentir de symptômes après quelques jours ou semaines de navigation continue. C’est ce qu’on appelle « trouver ses jambes de marin ».
Il existe donc des solutions, des gestes et des traitements pour que la mer reste un plaisir. Apprivoiser le mouvement, écouter son corps, préparer son esprit : autant d’éléments qui peuvent faire toute la différence entre une traversée subie et une navigation savourée. Car la mer, une fois domptée, rend toujours au centuple ce qu’elle demande.