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Identifier les oiseaux marins : à la rencontre du Fou de Bassan

Comment reconnaître le Fou de Bassan, quand on est à bord de son bateau de plaisance ou au bord du rivage ? Reconnaissable entre mille, le Fou de Bassan est l’un des plus grands oiseaux marins observables sur les côtes françaises. Son vol puissant, ses plongeons spectaculaires et sa silhouette effilée font de lui un symbole de la haute mer. Si son observation reste rare près des plages, les navigateurs et les amateurs d’ornithologie côtière le connaissent bien. Présent en grand nombre au large des côtes atlantiques, le Fou de Bassan incarne à lui seul l’univers des grands migrateurs marins. Portrait d’un oiseau emblématique et des clés pour l’identifier en mer.

photo - Antoine Adobe Stock

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Une silhouette taillée pour l’océan

Avec une envergure pouvant atteindre 1,80 mètre, le Fou de Bassan (Morus bassanus) est le plus grand oiseau marin nicheur d’Europe du Nord-Ouest. Son plumage blanc pur, rehaussé de pointes noires aux extrémités des ailes, tranche nettement avec la mer. Sa tête, légèrement dorée, se distingue surtout chez les adultes. Son long bec gris-bleu est conique, robuste, parfaitement adapté à la pêche en haute mer. En vol, il alterne battements amples et longs planés, souvent en escadrille serrée à quelques mètres de la surface.

Son comportement de pêche le rend particulièrement spectaculaire : après avoir repéré un banc de poissons, il prend de l’altitude et s’élance en piqué vertical à une vitesse pouvant dépasser 100 km/h, ailes repliées, pour transpercer la surface de l’eau. Ce plongeon impressionnant peut le mener jusqu’à 10 mètres de profondeur.

Où l’observer en France ?

Le Fou de Bassan est avant tout un oiseau du large. Il est rarement visible depuis la côte, sauf en certains points bien connus des ornithologues. Sur le littoral français, les meilleures zones d’observation se trouvent en Bretagne nord, notamment dans les Côtes-d’Armor. La réserve naturelle des Sept-Îles, au large de Perros-Guirec, abrite la seule colonie nicheuse française de l’espèce, avec plusieurs milliers de couples installés sur l’île Rouzic. Les falaises et les rochers battus par les vents offrent à ces oiseaux un site sécurisé pour la nidification.

En dehors de la période de reproduction, les Fous de Bassan deviennent entièrement pélagiques. Ils parcourent alors l’Atlantique Nord, jusqu’aux côtes canadiennes, ou longent le golfe de Gascogne. Il n’est pas rare d’en croiser au large des côtes vendéennes ou basques, en particulier lors des migrations postnuptiales à la fin de l’été.

Habitat et reproduction

L’espèce niche en colonies compactes, sur des îles rocheuses ou des falaises maritimes escarpées, presque toujours à l’abri des prédateurs terrestres. Le nid, construit à même le sol, est fait d’algues, d’herbes et de matériaux divers, parfois même de débris plastiques flottants. La ponte, unique, a lieu au printemps. L’œuf est couvé alternativement par les deux parents pendant environ 45 jours.

Le jeune, d’abord couvert d’un duvet blanc, est nourri par régurgitation. Son plumage brun sombre évolue progressivement vers le blanc au fil des années. Il ne pourra se reproduire qu’à l’âge de 4 ou 5 ans. Pendant cette période, il vagabonde en mer, parfois jusqu’aux côtes africaines ou méditerranéennes.

Régime alimentaire et rôle écologique

Le Fou de Bassan se nourrit presque exclusivement de poissons pélagiques : maquereaux, sardines, harengs, lançons. Il chasse en groupe, parfois en association avec les dauphins ou les thons qui rabattent les bancs vers la surface. Sa vision perçante lui permet de repérer ses proies à distance et d’ajuster ses plongeons avec une grande précision.

En tant que prédateur au sommet de la chaîne alimentaire marine, il joue un rôle d’indicateur de la santé des écosystèmes. Ses déplacements et ses réussites de reproduction dépendent étroitement de l’abondance et de la disponibilité des ressources halieutiques.

Menaces et prédateurs

Adulte, le Fou de Bassan n’a presque pas de prédateurs naturels. Ses œufs et ses poussins peuvent être la proie de goélands ou de grands corvidés si la colonie est dérangée. En mer, les jeunes inexpérimentés sont parfois victimes de collisions avec des navires ou de noyades liées à l’ingestion de plastiques.

Les menaces principales sont d’origine anthropique. La surpêche, notamment du maquereau et du hareng, réduit la quantité de nourriture disponible. Les marées noires, plus rares aujourd’hui mais toujours possibles, ont un impact catastrophique sur les oiseaux plongeurs. La pollution plastique représente également un danger croissant, les nids analysés contenant fréquemment des fragments de filets, bouchons ou sacs.

Une espèce en bonne santé, mais vigilante

Grâce à une protection active des sites de reproduction et à la réglementation de la chasse en mer, le Fou de Bassan connaît une relative stabilité en Europe de l’Ouest. La colonie des Sept-Îles est suivie chaque année par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et reste l’un des joyaux de la biodiversité bretonne.

Cependant, depuis 2022, des épisodes de grippe aviaire ont affecté plusieurs colonies d’Europe, causant des mortalités importantes. En France, la surveillance sanitaire a été renforcée sur les îlots de nidification. La sensibilité de l’espèce aux épidémies souligne l’importance de maintenir un bon état de conservation de ses habitats et de limiter les perturbations humaines.

photo : David Keep Adobe Stock

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