12 Novembre 2025
Avec un chiffre d’affaires trimestriel consolidé de 1,36 milliard de dollars, en hausse de 6,8 % sur un an, Brunswick affiche une progression soutenue dans l’ensemble de ses divisions – propulsion, accessoires, électronique et construction nautique. Mais la performance opérationnelle s’est dégradée : le résultat d’exploitation ajusté ressort à 106 millions de dollars, soit une baisse de 15 %, et la marge opérationnelle ajustée s’établit à 7,8 %, contre 9,9 % un an plus tôt. En données comptables (GAAP), le groupe accuse une perte nette de 234 millions de dollars, plombée par plus de 330 millions de dépréciations et charges de restructuration, notamment dans la division Navico Group, dont les actifs intangibles ont été fortement réévalués à la baisse.
La division propulsion, centrée sur les moteurs Mercury, demeure la locomotive du groupe. Ses ventes ont progressé de 10 % à 535 millions de dollars, tirées par la demande persistante en moteurs hors-bord et équipements de commande. Mercury détient désormais près de 50 % du marché américain de l’outboard, un leadership consolidé par l’effet tarifaire sur les moteurs japonais importés. Malgré cette dynamique, le résultat opérationnel ajusté de la division recule de 15 %, conséquence directe de la hausse des coûts de production et de la réintroduction des bonus variables.
Les pièces et accessoires moteurs, autre pilier stratégique, progressent de 8 % à 364 millions de dollars. L’activité reste portée par la croissance du parc installé et par une logistique performante, avec un gain de 1,4 point de part de marché sur la distribution aux États-Unis. Mais les marges, jadis proches de 26 %, reculent à 22,7 %, traduisant une pression accrue sur les coûts.
Le Navico Group, spécialisé dans l’électronique embarquée (Simrad, B&G, Lowrance), enregistre une hausse symbolique de 1,5 % de son chiffre d’affaires. L’innovation – notamment le système autonome AutoCaptain – soutient l’image technologique du groupe, mais les lourdes dépréciations d’actifs ont fait basculer la division dans le rouge, soulignant la fragilité de ce pôle pourtant stratégique.
La division bateaux – qui regroupe des marques comme Boston Whaler, Sea Ray ou Bayliner – affiche une hausse de 4 % de ses ventes à 360 millions de dollars, aidée par la stabilité des stocks distributeurs et le bon maintien du haut de gamme, représenté par les marques iconiques Boston Whaler et Sea Ray. L’exploitation ajustée reste modeste (7 millions de dollars), mais le groupe engage une rationalisation industrielle : les sites de Reynosa (Mexique) et Flagler Beach (Floride) seront fermés d’ici 2026 pour réduire les coûts fixes et concentrer la production sur les unités américaines les plus rentables.
Malgré la baisse des bénéfices, Brunswick améliore nettement sa trésorerie opérationnelle, à 451 millions de dollars sur neuf mois, contre 137 millions un an plus tôt. Le free cash flow atteint 355 millions, déjà supérieur au total de 2024. La direction en profite pour réduire l’endettement de 200 millions, racheter 70 millions de ses propres actions et relever sa prévision de flux de trésorerie annuel à plus de 425 millions.
Pour l’ensemble de 2025, Brunswick maintient sa prévision de résultat ajusté par action autour de 3,25 dollars et de ventes totales proches de 5,2 milliards.
Si le marché nautique américain devrait reculer d’environ 8 % sur l’année, la direction se veut confiante dans la résilience du modèle intégré du groupe, unique au monde, et dans les gains attendus de ses plans d’efficacité industrielle.
Les perspectives demeurent cependant dépendantes d’un environnement commercial incertain : persistance des tarifs sur les produits importés, fragilité du crédit nautique et rythme de la reprise économique. La société mise sur son ancrage manufacturier américain et sa diversification dans les revenus récurrents (pièces, accessoires, Freedom Boat Club) pour amortir les cycles.
En clair, le troisième trimestre 2025 illustre la situation paradoxale de Brunswick : une activité industrielle solide, soutenue par la notoriété de Mercury et de ses marques premium, mais une rentabilité sous pression dans un contexte de réorganisation stratégique et de transition industrielle accélérée.