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Nautisme & Yachting : comment le chinois Sea Expandary veut industrialiser la construction de bateaux de plaisance

Le 25 février 2026, l’entrepreneur chinois Richard Liu Qiangdong, fondateur du groupe de commerce en ligne JD.com, a officialisé le lancement de Sea Expandary, un projet industriel d’envergure destiné à structurer une nouvelle filière nautique en Chine. Doté d’un investissement initial d’environ 5 milliards de yuans — soit près de 700 millions de dollars — ce futur chantier naval vise à produire une large gamme de bateaux de plaisance à propulsion électrique et à intégrer des technologies issues de l’intelligence artificielle et de l’automatisation industrielle. L’objectif affiché est ambitieux : transformer un secteur traditionnellement artisanal en une industrie plus standardisée, capable de produire à grande échelle et de rendre la navigation de plaisance plus accessible.

Nautisme & Yachting : comment le chinois Sea Expandary veut industrialiser la construction de bateaux de plaisance
Nautisme & Yachting : comment le chinois Sea Expandary veut industrialiser la construction de bateaux de plaisance

Sea Expandary s’appuiera sur une implantation stratégique dans le sud de la Chine. Le siège social doit être établi à Shenzhen, l’un des principaux pôles technologiques du pays, tandis que la base industrielle de production sera installée à Zhuhai, dans le delta de la rivière des Perles. Cette région constitue l’un des principaux centres manufacturiers chinois et bénéficie d’une chaîne d’approvisionnement particulièrement dense dans les domaines de l’électronique, de l’ingénierie et des technologies numériques.

Le projet bénéficie également d’un soutien institutionnel local. Des accords de coopération ont été signés avec le gouvernement municipal de Zhuhai, le Shenzhen Marine Development Bureau et la Qianhai Authority. Au-delà du chantier naval lui-même, Sea Expandary prévoit la construction de six marinas — trois à Shenzhen et trois à Zhuhai — ainsi que la mise en place d’infrastructures complètes de services : centres de recherche et développement, maintenance, courtage, location et services après-vente.

L’ambition est de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur de la plaisance, depuis la conception jusqu’à l’exploitation commerciale des bateaux, en passant par leur fabrication et leur distribution.

Sea Expandary : Industrialiser le secteur historiquement artisanal de la construction de bateaux de plaisance

La stratégie de Sea Expandary repose sur une rupture avec les méthodes traditionnelles de construction nautique. Le secteur du yachting et de la plaisance reste aujourd’hui largement dominé par des chantiers européens et américains où la production est souvent semi-artisanale, avec des volumes limités et une forte personnalisation des unités.

Le projet chinois mise au contraire sur l’industrialisation des processus. Les lignes de production devraient intégrer des technologies d’automatisation avancées, notamment la robotique industrielle et des outils d’intelligence artificielle destinés à optimiser la conception, la fabrication et les contrôles qualité.

L’objectif est double : réduire les coûts unitaires de production et accroître la capacité de production à des volumes rarement atteints dans la plaisance. Cette approche rappelle la transformation qu’a connue l’industrie automobile chinoise au cours des deux dernières décennies, lorsque des acteurs nationaux ont progressivement développé des capacités de production de masse dans un secteur auparavant dominé par des constructeurs étrangers.

Une stratégie technologique centrée sur les énergies nouvelles pour Sea Expandary

Le projet Sea Expandary se distingue également par son orientation technologique. Les futurs bateaux du chantier devraient être propulsés par des motorisations dites à « nouvelles énergies ». Cela inclut principalement la propulsion électrique, complétée par l’intégration de panneaux solaires ou d’autres systèmes de production d’énergie embarqués.

Cette approche vise à réduire les émissions liées à la navigation de plaisance, un sujet de plus en plus présent dans les réglementations internationales. L’intégration de technologies énergétiques renouvelables pourrait également améliorer l’autonomie des bateaux pour certains usages côtiers.

Au-delà de la propulsion, Sea Expandary annonce vouloir intégrer des systèmes de navigation intelligente, combinant capteurs, logiciels de pilotage automatisé et intelligence artificielle. Ces technologies pourraient permettre à terme des fonctions de navigation assistée ou semi-autonome, déjà expérimentées dans d’autres segments du transport maritime.

Sea Expandary : des compétences industrielles variées recherchées

Les premières annonces de recrutement publiées par le projet illustrent l’étendue des compétences nécessaires à la mise en place d’un tel chantier. Sea Expandary cherche notamment à recruter des ingénieurs spécialisés dans les systèmes électriques marins, le développement logiciel embarqué, l’intelligence artificielle appliquée à la navigation ou encore la robotique industrielle.

Les offres d’emploi mentionnent également des compétences liées à la conception navale et à l’architecture maritime, notamment pour les structures composites notamment carbone, les coques hydrodynamiques, ou les systèmes de propulsion. D’autres profils concernent la gestion des batteries, les technologies d’énergie solaire embarquée, ainsi que les systèmes de contrôle automatisés.

La présence de postes liés à la simulation numérique, au contrôle qualité automatisé et à l’optimisation de production confirme la volonté de bâtir un chantier fortement numérisé. Cette orientation reflète l’influence des méthodes issues de l’industrie technologique chinoise, où les cycles de développement et les volumes de production sont généralement plus élevés que dans la construction nautique traditionnelle.

Une gamme de bateaux allant du grand yacht aux unités de plaisance accessibles

L’ambition industrielle de Sea Expandary ne se limite pas à un segment spécifique du marché. Les informations disponibles indiquent que le chantier vise à produire plusieurs catégories de bateaux de plaisance.

À l’extrémité supérieure de la gamme figurent des yachts de grande taille. Des premières commandes évoquent notamment des catamarans d’environ 72 mètres de long, positionnés sur un segment très haut de gamme où les prix peuvent atteindre plusieurs dizaines de millions d’euros.

À l’autre extrémité du spectre, le projet évoque la possibilité de développer à terme des bateaux beaucoup plus accessibles financièrement. Les déclarations de Richard Liu ont évoqué un objectif de prix autour de 100 000 yuans — environ 13 000 euros — pour certaines unités. Dans la pratique, un tel niveau de prix correspondrait davantage à de petites embarcations à moteur, de type open ou runabout, destinées à des sorties côtières courtes plutôt qu’à de véritables yachts.

Entre ces deux extrêmes, Sea Expandary pourrait également produire des vedettes de plaisance, des yachts de taille intermédiaire ou des catamarans de croisière, couvrant ainsi l’ensemble du marché de la navigation de loisir.

La nautisme : un marché chinois encore émergent

Le projet intervient dans un contexte de croissance du marché nautique chinois. Le nombre de yachts enregistrés dans le pays a presque doublé en quelques années, passant d’environ 4 500 unités à près de 10 000. Cette expansion reste toutefois modeste par rapport aux marchés européens ou nord-américains.

La Chine est déjà le premier constructeur mondial de navires commerciaux — cargos, pétroliers ou porte-conteneurs — mais la plaisance reste un secteur relativement peu développé. La plupart des chantiers locaux sont de petite taille et disposent de capacités limitées en matière de conception ou de marketing international.

Pour les autorités chinoises, le développement d’une industrie du yacht pourrait avoir un effet multiplicateur sur plusieurs secteurs : tourisme, infrastructures portuaires, services maritimes et construction navale spécialisée.

Un nouveau concurrent potentiel pour les chantiers occidentaux

L’arrivée de Sea Expandary pourrait à terme modifier l’équilibre du marché mondial de la plaisance. Les chantiers européens — en particulier italiens, allemands ou néerlandais — dominent encore largement les segments haut de gamme du yachting, tandis que les États-Unis disposent d’acteurs solides sur les bateaux à moteur.

Si Sea Expandary parvient à combiner production industrielle à grande échelle, technologies numériques et propulsion électrique, l’entreprise pourrait progressivement se positionner comme un concurrent crédible sur certains segments.

À ce stade, le projet reste encore à concrétiser industriellement. Mais l’ampleur de l’investissement, l’intégration technologique annoncée et la volonté de produire une large gamme de bateaux témoignent de l’émergence d’une nouvelle ambition chinoise dans un secteur jusqu’ici dominé par l’Occident.

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