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Des tests européens pointent des limites de stabilité sur certains canots de sauvetage

Une campagne de tests menée par la Commission européenne, via sa direction générale du marché intérieur (DG GROW), met en lumière des situations dans lesquelles certains canots de sauvetage pourraient présenter des risques d’instabilité. Si les résultats globaux restent rassurants, plusieurs scénarios réalistes d’urgence soulèvent des interrogations sur l’adéquation des normes actuelles.

Des tests européens pointent des limites de stabilité sur certains canots de sauvetage

Les canots de sauvetage constituent un élément central de la sécurité maritime depuis le début du XXᵉ siècle, notamment à la suite de catastrophes majeures comme le Naufrage du Titanic, qui avait révélé l’insuffisance des équipements de secours à bord. Depuis, les réglementations internationales n’ont cessé d’évoluer pour renforcer les exigences en matière de conception, de capacité et de sécurité. Le code international des engins de sauvetage (LSA), adopté sous l’égide de l’Organisation maritime internationale, encadre aujourd’hui ces équipements à l’échelle mondiale.

La campagne menée dans le cadre du programme JACOP 2024 a porté sur six modèles de canots de sauvetage, issus de cinq fabricants différents. Les embarcations testées, partiellement ou totalement fermées, avaient une capacité comprise entre 60 et 80 personnes.

Les essais ont été réalisés par plusieurs autorités de surveillance du marché en Europe, notamment en Allemagne, en Italie, en Finlande ou encore en Suède. L’objectif était d’évaluer la stabilité des canots dans différentes configurations : à vide, à pleine charge, en situation de sauvetage et dans des conditions intermédiaires plus proches de situations réelles.

Les résultats montrent que tous les canots testés présentent une stabilité satisfaisante lorsqu’ils sont entièrement chargés ou faiblement occupés dans un cadre de récupération de personnes à la mer.

En revanche, certaines configurations intermédiaires ont révélé des fragilités. Lorsque deux canots étaient remplis à environ 50 % de leur capacité et que l’ensemble des passagers était regroupé sur un seul côté, une gîte importante a été observée. Dans ces cas, l’inclinaison pouvait devenir suffisante pour permettre à l’eau de pénétrer par les ouvertures, notamment les écoutilles.

Avec un poids moyen de 82,5 kg par passager, ce phénomène s’est avéré particulièrement marqué. Même en abaissant ce poids à 75 kg, un des canots ne respectait plus les exigences minimales de franc-bord, c’est-à-dire la distance entre l’ouverture et la ligne de flottaison.

Les tests ont également mis en évidence des angles de gîte supérieurs à 20° pour plusieurs embarcations. Or, dans le cas des navires à passagers, un angle de gîte inférieur à 7° est généralement considéré comme garantissant des conditions optimales de sécurité.

Au-delà des aspects techniques, ces inclinaisons importantes peuvent avoir des conséquences humaines : perte d’équilibre, mouvements de panique ou difficultés à embarquer ou secourir des personnes. Ces éléments sont rarement intégrés dans les normes actuelles, qui reposent encore largement sur des hypothèses statiques.

L’un des enseignements majeurs de cette campagne concerne les limites du code LSA. Si celui-ci encadre efficacement les conditions standard d’utilisation, il ne prend pas pleinement en compte certains comportements réels observés en situation d’urgence, comme le fait que les passagers puissent se déplacer ou se regrouper de manière déséquilibrée.

Les autorités recommandent ainsi d’élargir les protocoles de test pour inclure des scénarios plus dynamiques, avec des passagers debout ou en mouvement. Une telle évolution permettrait de mieux refléter les conditions réelles d’évacuation.

Ces travaux font suite à un incident survenu en 2021 dans le port de Frihamnen, en Suède. Lors d’un exercice, un canot de sauvetage s’était fortement incliné alors que des personnes montaient à bord, entraînant une entrée d’eau et la chute de plusieurs membres d’équipage.

L’enquête avait conclu que le canot respectait les normes en vigueur, tout en mettant en évidence des situations où sa stabilité pouvait être compromise. Cet événement a contribué à lancer des recherches plus approfondies sur le comportement réel de ces embarcations.

Les résultats de cette campagne devraient être transmis à l’Organisation maritime internationale, avec pour objectif d’envisager une révision des exigences actuelles. Une extension des tests à un échantillon plus large de canots est également recommandée.

Si les incidents liés aux canots de sauvetage restent rares, cette étude souligne l’importance d’anticiper des scénarios plus complexes afin que la sécurité des utilisateurs soit garantie.

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