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My Bateau en faillite, un modèle économique qui n'aura pas convaincu

Par un jugement rendu le 13 mai 2026*, le tribunal de commerce de Nanterre a prononcé la mise en redressement judiciare de DB Brokerage, société portant l'enseigne de brokerage de bateaux d'occasion My Bateau, présente au travers de 9 agences en Méditerranée et au Pays Basque, moins de deux ans après sa création. Une liquidation semble aujourd'hui inéluctable. Une fin de parcours qui met en lumière les limites d’un modèle jugé trop ambitieux dans un secteur largement fragmenté.

My Bateau en faillite, un modèle économique qui n'aura pas convaincu

Une relance avortée après Cap Océan

Lancée en septembre 2024, My Bateau se voulait l’héritière d’un modèle déjà fragilisé par la faillite retentissante de Cap Océan, dont l'un des actionnaires de la dernière chance, Hugo Brugière, est le fondateur de DB Brokerage. L’objectif de My Bateau était de bâtir - une nouvelle fois - un réseau structuré d’agences de courtage nautique, capable de capter une part significative du marché de l’occasion en France et en Europe, avec une pratique assainie en matière d'acomptes clients.

Mais cette stratégie reposait sur un maillage territorial dense et rapide, difficilement compatible avec la réalité du marché français depuis 3 ans : volumes de transactions limités, forte saisonnalité, et hétérogénéité des acteurs locaux.

Les limites d’un modèle trop ambitieux

Très tôt, certains signaux avaient interrogé les professionnels du secteur. La présence particulièrement visible de My Bateau lors de Les Nauticales 2025 — avec un dispositif commercial important — aurait suscité autant d’intérêt que de scepticisme.

Plusieurs acteurs du nautisme se seraient alors montrés dubitatifs face à cette stratégie de déploiement rapide, perçue comme déconnectée des fondamentaux du marché : cycles de vente longs, importance du réseau local et dépendance à la confiance entre intermédiaires et clients.

Un modèle économique sous tension

Dès ses premiers mois, l’entreprise aurait été confrontée à un décalage entre ses ambitions et ses performances opérationnelles. Le coût de déploiement d’un réseau d’agences physiques s'étant révélés particulièrement élevé au regard des revenus générés.

Selon plusieurs témoignages internes, la situation de trésorerie se serait progressivement dégradée, au point que certains salariés ne seraient plus rémunérés depuis février 2026 et que le matériel informatiques des agences aurait été récupéré par la société de prestation informatique qui les lui louait. Un signal critique traduisant l’assèchement des ressources financières et l’absence de relais de financement à court terme.

Le retrait décisif des investisseurs

Dans ce contexte, le retrait d’investisseurs censés injecter près de 5 millions d’euros aurait agi comme un facteur déclencheur. Initialement prévu pour soutenir la montée en puissance du réseau, cet apport n’aurait finalement pas été concrétisé, les investisseurs ayant revu leur position face aux difficultés rencontrées.

Privée de cette recapitalisation, la société DB Brokerage — structure juridique de My Bateau — n’aurait pas été en mesure de faire face à ses engagements, conduisant à une mise en redressement dont on imagine mal une autre issue qu'une liquidation, tant l'actif de la société est négligeable ou les possibilités de redémarrage faibles.

Le parcours surprenant d'Hugo Brugière

À la tête de DB Brokerage, Hugo Brugière incarne une figure atypique de l’entrepreneuriat français.

Passé par des entreprises comme Cybergun, Pharnext ou encore Verney-Carron, il s'est également positionné dans le nautisme en investissant dans Cap Océan, société de sinistre mémoire, mais aussi dans Port d'Hiver (10% du capital) et dans le Chantier Naval de Beaulieu (CNB Villanova), et des sociétés comme Locamer et Mecabateaux Services, au travers de la société Dionae Boating, Dionae Boating étant par ailleurs directrice générale de DB Brokerage depuis fin 2025.

Le parcours d'Hugo Brugière, marqué par des stratégies financières offensives, lui vaudrait d’être parfois comparé à Bernard Tapie dans sa manière d’investir et de restructurer des PME.

Des pratiques financières contestées

Toutefois, ces expériences auraient laissé des traces. 

Les petits porteurs de sociétés comme  CybergunPharnext ou encore Verney-Carrondans lesquelles il est intervenu, auraient subi des pertes significatives, notamment en raison de montages financiers reposant sur des OCABSA, des instruments réputés dilutifs.

D’après le cabinet d'avocats Farges & Associés, ces pratiques feraient aujourd’hui l’objet d’une attention particulière du parquet national financier, dans le cadre d’une enquête en cours.

Une faillite liée à un modèle, plus qu’à un marché

Contrairement à ce que pourrait suggérer la faillite de My Bateau, le principe même du courtage nautique n'est pas remis en cause. Le marché français continue de fonctionner à travers de nombreux acteurs indépendants, souvent plus agiles et mieux adaptés à leur environnement local.

Décryptage - C’est bien le modèle spécifique de My Bateau qui apparaît en cause : une stratégie de déploiement rapide, coûteuse et centralisée, difficilement soutenable dans un secteur où la proximité, la flexibilité et la maîtrise des coûts restent déterminantes. En ce sens, la liquidation de l’entreprise illustrerait moins une crise du courtage nautique qu’un échec d’exécution et d’adéquation entre ambition stratégique et réalité économique.

 

* le jugement était prévu le 29 avril mais un train manqué par un avocat en aurait décidé autrement...

L'annonce officielle du Greffe du Tribunal : 

Jugement du tribunal des activités économiques de Nanterre, prononce en date du 13/05/2026, l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire sous le numéro 2026J00733, date de cessation des paiements le 01/01/2026 désigne Administrateur Selarl El Baze Charpentier Mission Conduite Par Me Hélène Charpentier 17 Place BEFFROY 92200 Neuilly-sur-Seine avec pour mission : assistance, Mandataire judiciaire Selarl C. Basse Mission Conduite Par Me Christophe Basse 171 AVENUE CHARLES DE GAULLE 92200 Neuilly-sur-Seine, et ouvre une période d'observation expirant le 13/11/2026 . Le mandataire judiciaire devra déposer la liste des créances dans les 12 mois à compter du terme du délai de déclaration des créances. Les déclarations des créances sont à déposer au mandataire judiciaire dans les deux mois à compter de la date de publication au Bodacc

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