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Oiseaux Marins. L'albatros à queue courte dépasse les 11 000 individus au Japon

Publié le 12 juin 2026 , mis à jour le 15 juin 2026 Par ActuNautique Magazine
Longtemps considéré comme disparu après l'effondrement de ses populations au XXe siècle, l'albatros à queue courte poursuit un retour spectaculaire. Les derniers recensements réalisés au Japon révèlent qu'il compte désormais plus de 11 000 individus, illustrant l'un des plus remarquables succès de conservation jamais enregistrés pour un grand oiseau marin dans le Pacifique Nord.
Albatros à queue courte ou de Steller, en vol - photo Adobe Stock - d3 plus

Albatros à queue courte ou de Steller, en vol - photo Adobe Stock - d3 plus

Pendant plusieurs décennies, l'albatros à queue courte ou Albatros de Steller (Phoebastria albatrus) a incarné l'un des symboles les plus préoccupants du déclin de la biodiversité marine dans le Pacifique Nord. Victime d'une exploitation intensive à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, l'espèce avait vu ses effectifs s'effondrer au point d'être considérée comme disparue à la fin des années 1940.

Soixante-dix-sept ans plus tard, la situation apparaît radicalement différente. L'Institut d'Ornithologie de Yamashina a annoncé qu'un recensement réalisé au début de l'année 2026 avait permis de dénombrer 11 067 individus sur l'île japonaise de Torishima, soit une progression de 12 % par rapport à l'année précédente.

Une espèce sauvée de l'extinction

Lorsque quelques survivants furent redécouverts en 1951 sur l'île volcanique de Torishima, dans l'archipel d'Izu, peu d'observateurs imaginaient que l'espèce pourrait un jour retrouver une population viable.

La chasse intensive destinée à alimenter le commerce des plumes avait pratiquement anéanti des colonies qui comptaient autrefois plusieurs millions d'oiseaux à travers le Pacifique Nord. Pendant plusieurs décennies, la survie même de l'albatros à queue courte est restée incertaine.

La redécouverte d'une poignée d'individus a toutefois permis le lancement progressif de programmes de protection qui allaient profondément modifier le destin de l'espèce.

Torishima, le cœur du retour de l'espèce

Aujourd'hui encore, l'île de Torishima accueille l'essentiel de la population mondiale.

Les biologistes y recensent désormais trois colonies reproductrices totalisant plus de 11 000 oiseaux, dont 2 114 couples nicheurs et près de 1 600 poussins observés lors du dernier comptage.

Cette progression résulte directement des mesures mises en œuvre depuis plusieurs décennies pour améliorer les conditions de reproduction. Les scientifiques ont notamment dû faire face à un problème inattendu : l'érosion des pentes utilisées pour la nidification.

Dans certaines zones, les glissements de terrain ensevelissaient régulièrement les œufs et les poussins, limitant fortement le succès reproducteur des colonies.

Des méthodes de conservation innovantes

Pour sécuriser l'avenir de l'espèce, les spécialistes japonais ont progressivement déplacé une partie de la population vers des secteurs plus stables de l'île.

À partir des années 1990, ils ont également eu recours à des techniques d'attraction sociale consistant à installer des silhouettes d'albatros et à diffuser des enregistrements sonores afin d'encourager les jeunes oiseaux à coloniser ces nouveaux espaces.

L'expérience s'est révélée particulièrement efficace. Quelques années seulement après les premières installations, les premiers couples s'y reproduisaient avec succès.

Depuis lors, les effectifs n'ont cessé de progresser, confirmant la pertinence de cette stratégie de conservation active.

Réduire la dépendance à une seule île

Malgré cette croissance spectaculaire, les gestionnaires du programme restent prudents.

Concentrer la majorité de la population mondiale sur une seule île volcanique constitue un risque important à long terme. Pour cette raison, un programme de réintroduction a été lancé sur l'île de Mukojima, dans l'archipel d'Ogasawara.

Entre 2008 et 2012, plusieurs dizaines de poussins y ont été transférés puis élevés jusqu'à leur envol. Grâce à leur fort instinct de retour vers leur lieu de naissance, certains sont revenus quelques années plus tard pour s'y reproduire.

La nouvelle colonie demeure encore modeste, mais plusieurs couples s'y reproduisent désormais régulièrement, constituant une étape importante dans la diversification géographique de l'espèce.

Une réussite encore fragile

Si les résultats obtenus sont particulièrement encourageants, les spécialistes rappellent que l'albatros à queue courte reste classé parmi les espèces vulnérables.

L'avenir de l'espèce dépend encore largement du maintien des programmes de suivi et de protection engagés au Japon. Les scientifiques soulignent également l'importance de mieux connaître l'état des populations présentes sur d'autres îles du Pacifique Nord, notamment dans l'archipel des Senkaku, où des observations régulières continuent d'être signalées.

Par ailleurs, quelques individus ont commencé à fréquenter d'autres secteurs de l'océan Pacifique. Sur l'atoll de Midway, dans l'archipel d'Hawaï, un couple niche avec succès depuis plusieurs années et plusieurs jeunes oiseaux y reviennent désormais régulièrement, laissant entrevoir l'émergence d'une nouvelle colonie.

L'un des plus grands succès de conservation des oiseaux marins

Le passage du seuil des 11 000 individus constitue bien davantage qu'une simple progression statistique.

Il illustre la capacité de programmes de conservation menés sur le long terme à inverser le destin d'une espèce que l'on croyait perdue. Peu d'oiseaux marins peuvent aujourd'hui revendiquer une trajectoire aussi spectaculaire.

De quelques dizaines de survivants recensés au début des années 1950 à plus de 11 000 individus en 2026, l'albatros à queue courte est devenu l'un des exemples les plus emblématiques de restauration d'une population sauvage dans le Pacifique Nord.

Une réussite qui rappelle également que la protection des oiseaux marins demeure un travail de longue haleine, dont les résultats se mesurent souvent à l'échelle de plusieurs générations.

Cet article fait partie de la collection éditoriale « Oiseaux Marins » d'ActuNautique, une base documentaire consacrée aux espèces emblématiques des océans, des littoraux, des archipels et des grands espaces maritimes du monde.

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