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Permis bateau. 3/7 Le permis hauturier : pourquoi et pour qui ?

Publié le 11 juillet 2026 Par Capucine Venance Actunautique.com

Le permis hauturier fait partie de ces qualifications nautiques dont beaucoup de plaisanciers connaissent le nom sans toujours savoir ce qu’elles impliquent. Certains l’imaginent réservé aux vieux loups de mer ou aux aventuriers des traversées océaniques. D’autres pensent qu’il suffit de le décrocher pour être armé face à n'importe quelle tempête au large.

La réalité est plus nuancée : l’extension hauturière élargit le rayon d'action du permis côtier en levant la limite de distance. Elle demande surtout de poser les crayons sur une carte papier pour maîtriser le calcul de route, les marées et la météorologie. Décodage d'un permis qui fait rêver, mais qui exige de la méthode.

3/7 Le permis hauturier : pourquoi et pour qui ?

Pourquoi passer le permis hauturier ?

La première raison est réglementaire : dépasser la fameuse limite des 6 milles marins d’un abri (environ 11 km) imposée par le permis côtier.

Si vous naviguez uniquement le long des plages ou dans des baies abritées, le côtier vous suffit amplement. En revanche, dès que votre projet de navigation à moteur s'élargit, le hauturier devient indispensable. C'est le cas pour :

  • Les traversées vers des îles éloignées (comme la Corse depuis le continent).

  • Les navigations rectilignes qui coupent au large plutôt que de suivre les contours de la côte.

  • Les zones de navigation où les ports et les abris météo sont très espacés.

Au-delà de la loi, beaucoup de candidats choisissent de passer le hauturier pour gagner en assurance. Le permis côtier offre un cadre, le hauturier apporte la compréhension. Apprendre à anticiper les éléments qui vont dériver votre bateau permet de naviguer avec un tout autre niveau d'autonomie et de sérénité, même si vous restez près du littoral.

 

Ce qu'il autorise réellement (et ses limites)

Dans les textes officiels du ministère chargé de la Mer, son vrai nom est l’extension hauturière. Ce n’est pas un permis indépendant : vous devez obligatoirement avoir validé votre permis côtier avant de pouvoir vous présenter à cette épreuve.

Une fois en poche, ce titre vous autorise à piloter un navire de plaisance à moteur sans aucune limite de distance. Cependant, « sans limite » ne signifie pas « sans préparation ». Le permis valide les compétences du skipper, mais d'autres facteurs limitent votre navigation :

  • La catégorie du bateau : Le navire doit être techniquement homologué pour affronter la haute mer (catégorie de conception A ou B).

  • L'armement de sécurité : Vous devez obligatoirement embarquer le matériel de sécurité de la division 240 correspondant à la catégorie "hauturière" (gilets 150 Newtons, radeau de survie, fusées, radio VHF, etc.).

  • Le bon sens : L'autonomie en carburant, la météo et la préparation de l'équipage restent sous la responsabilité unique du chef de bord.

Rappel crucial : En France, la navigation à la voile n'impose aucun permis. L'extension hauturière ne concerne donc que les navigateurs circulant à bord d'un bateau à moteur (ou les voiliers circulant exclusivement au moteur).

 

Le programme de l'examen : oubliez les QCM !

Le fonctionnement de cet examen marque une vraie rupture avec le permis côtier. Finies les questions sur boîtier électronique. L'épreuve du hauturier dure 1 heure 30 et prend la forme d'un examen sur table, face à une table à cartes.

Le programme officiel vous demande de savoir :

  • Fixer une position géographique (latitude et longitude).

  • Tracer et calculer des routes en tenant compte de la dérive (vent et courants).

  • Convertir les caps (passer du cap lu sur le compas du bateau au cap réel sur la carte).

  • Calculer les hauteurs d'eau et les heures de marées.

  • Interpréter une carte météo marine et identifier les feux des phares.

 

Les cartes marines au cœur de la formation

La carte marine n'est pas un simple décor, c'est votre principal outil de travail. Pour l'examen, l'administration impose l'utilisation d'une carte unique : la carte spéciale examen n° 9999 du SHOM (Service hydrographique et océanographique de la Marine).

Pour réussir, vous allez devoir réapprendre à utiliser des outils traditionnels : la règle de navigation (règle Cras ou règle Jean Gras), un rapporteur et un compas à pointes sèches pour mesurer les distances. Au début, l'exercice semble très géométrique et scolaire. On s'emmêle les crayons entre le Nord vrai et le Nord compas. Mais au fil des heures, la magie opère : ces lignes tracées au critérium deviennent la représentation ultra-concrète de la trajectoire de votre bateau sur l'eau.

 

Quels exercices faut-il savoir réaliser ?

L'examen est rigoureux et la notation ne laisse pas de place au hasard. L'épreuve est notée sur 20 points, répartis ainsi :

  • La navigation sur carte (12 points) : C'est le gros morceau. Vous devez positionner votre bateau grâce à des relèvements d'amers (des repères à terre), calculer votre route estimée et corriger le cap selon les caprices du courant.

  • Le calcul de marée (4 points) : Vous devez appliquer la méthode dite "des douzièmes" pour calculer précisément s'il y aura assez d'eau sous votre quille à une heure précise dans un port de référence.

  • Les questions complémentaires (4 points) : Deux questions sur la météo, deux sur la sécurité et deux sur le fonctionnement des aides électroniques (GPS, radar).

 

Le niveau de difficulté : est-ce si difficile ?

Le niveau est nettement plus élevé que celui du permis côtier, mais rassurez-vous : il n'y a pas besoin d'être un génie en mathématiques ou en trigonométrie. Les calculs se résument à des additions et des soustractions.

La vraie difficulté réside dans la précision et l'enchaînement logique. Une simple erreur de signe (+ au lieu de -) ou un demi-degré de décalage sur votre règle en début d'exercice peut vous faire rater votre cible de plusieurs milles à la fin.

Le critère éliminatoire : Pour obtenir l'extension, vous devez décrocher la moyenne globale (10/20), mais attention : il faut obligatoirement obtenir au moins 7/12 à l'épreuve sur carte. Une excellente note en marée ou en météo ne pourra jamais sauver un naufrage sur la carte. La clé du succès ? La régularité. Mieux vaut faire un exercice par jour pendant trois semaines qu'un marathon de révisions la veille de l'examen.

 

Faut-il vraiment le passer à l'ère du GPS ?

C'est la question que tout le monde se pose : Pourquoi s'embêter avec une carte papier alors qu'un smartphone ou un traceur GPS donne notre position au centimètre près ?

Le programme du hauturier intègre justement l'utilisation de l'électronique. Mais le GPS a ses limites (panne de batterie, court-circuit, bug de cartographie). Surtout, le GPS vous dit où vous êtes, mais il ne vous explique pas pourquoi vous y êtes. Comprendre la dérive d'un courant ou la logique d'une marée vous permet de vérifier la cohérence des données de vos écrans. La formation hauturière ne rejette pas la technologie : elle vous donne le recul nécessaire pour ne pas lui obéir aveuglément.

 

En résumé, posez-vous une question simple : Votre programme de navigation vous oblige-t-il à vous éloigner à plus de 11 km d'un abri ?

  • Si oui : Foncez, l'extension hauturière est votre sésame indispensable.

  • Si non : Elle n'est pas une priorité absolue, mais elle reste une formidable école de rigueur pour tous les passionnés qui souhaitent troquer le statut de simple "conducteur" pour celui de véritable "chef de bord".

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