2 Août 2025
Le cormoran huppé (Phalacrocorax aristotelis) est un oiseau marin de taille moyenne, mesurant environ 70 à 80 cm de long pour une envergure de 1,10 à 1,25 m. Plus svelte et plus agile que le grand cormoran, il présente un plumage noir-verdâtre aux reflets métalliques, ainsi qu’un bec fin légèrement crochu. En période nuptiale, les adultes arborent une huppe recourbée à l’arrière du crâne, qui leur donne leur nom, et une tache jaune vif à la base du bec.
En vol, il trace une ligne directe et basse au-dessus de l’eau, ailes tendues et battues régulières. Posé, il est souvent vu perché sur un rocher ou un quai, les ailes entrouvertes pour sécher son plumage. Contrairement à de nombreux oiseaux marins, ses plumes ne sont pas entièrement imperméabilisées, ce qui améliore son efficacité en plongée mais l’oblige à s’exposer après la pêche pour se réchauffer.
Le cormoran huppé est un spécialiste des côtes rocheuses et maritimes, à la différence du grand cormoran qui colonise aussi les eaux douces de l’intérieur. En France, on l’observe essentiellement le long des côtes de la Manche et de l’Atlantique, du Finistère jusqu’au Pays basque. La Bretagne représente son principal bastion, avec une concentration élevée sur les pointes rocheuses, les archipels et les falaises isolées. Les archipels des Glénan, des Sept-Îles ou les abords de l’île de Sein constituent des sites de nidification majeurs.
Sur la côte méditerranéenne française, l’espèce est absente : elle privilégie les eaux froides et tempérées, riches en poissons, avec une préférence pour les secteurs exposés au large et aux courants.
Le cormoran huppé niche en colonies restreintes ou en couples isolés, toujours sur des falaises marines, des îlots rocheux ou des corniches battues par les vents. Le nid est une structure sommaire faite d’algues, de goémon, de plumes et parfois de débris marins. La ponte a lieu au printemps, généralement en mars ou avril. Trois œufs en moyenne sont incubés pendant environ un mois. Les jeunes restent au nid jusqu’à l’envol, vers l’âge de 50 jours.
L’oiseau reste présent à proximité de la côte tout au long de l’année, bien que les jeunes puissent s’éloigner vers d’autres secteurs rocheux. Contrairement à d’autres espèces marines, il ne devient jamais entièrement pélagique : il demeure un oiseau du rivage, fidèle à ses zones de pêche.
Le cormoran huppé se nourrit exclusivement de poissons de petite taille, principalement des espèces démersales comme les gobies, les lançons ou les vieilles. Il chasse seul, en plongée active, se propulsant sous l’eau à l’aide de ses pattes palmées. Ses plongées durent en moyenne 20 à 30 secondes, jusqu’à 10 ou 15 mètres de profondeur.
Sa capacité à se faufiler entre les rochers et à poursuivre ses proies dans des eaux agitées en fait un prédateur très spécialisé. Il pêche en général près de la côte, parfois dans les passes étroites ou les abords d’écueils peu accessibles à l’homme.
Adulte, le cormoran huppé ne compte que peu de prédateurs naturels. Les jeunes et les œufs peuvent être menacés par les goélands, les rats sur les îles, ou les perturbations humaines. L’espèce est sensible au dérangement pendant la reproduction, notamment par les plaisanciers ou les promeneurs approchant les sites de nidification.
Comme tous les oiseaux marins, il est exposé aux pollutions marines : hydrocarbures, plastiques, métaux lourds. Son régime alimentaire le rend aussi vulnérable aux modifications des écosystèmes côtiers, comme la raréfaction de certaines espèces de poissons. Le développement de l’éolien offshore ou des infrastructures maritimes peut également perturber ses zones de chasse et de repos.
Le cormoran huppé est une espèce à effectifs modestes mais stables en France. On estime la population nicheuse nationale à environ 2 000 à 3 000 couples, presque tous concentrés en Bretagne. L’espèce bénéficie d’un statut de protection et figure sur la liste rouge des oiseaux menacés à surveiller en Europe.
Le suivi régulier des colonies, notamment par les associations ornithologiques comme Bretagne Vivante ou la LPO, permet de suivre l’évolution des effectifs. Des mesures de protection des sites de nidification, y compris des arrêtés de biotope et des restrictions d’accès, ont permis d’assurer la tranquillité de certaines colonies.
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