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Un cargo échoué, seize marins sauvés : le terrible naufrage de l’Estrid, le 3 février 1933, à Audierne

Dans la nuit du 3 février 1933, le cargo danois Estrid fait naufrage au large d’Audierne. Pris dans la brume et la tempête, le navire s’échoue à quelques encablures du rivage. Le sauvetage, mené par l’équipage du canot Général-Béziat, est salué comme l’un des plus courageux de l’année. Retour sur un drame maritime devenu emblématique dans l’histoire du Finistère.

Un cargo échoué, seize marins sauvés : le terrible naufrage de l’Estrid, le 3 février 1933, à Audierne

Lorsque l’Estrid quitte Valence, à destination de Londres, le cargo danois entame une traversée ordinaire avec à son bord une cargaison d’oranges. Mais dans la nuit du 3 février 1933, alors qu’il s’apprête à franchir la chaussée de Sein, la météo se dégrade brutalement. Le brouillard se fait dense, la mer se creuse et le navire, déporté de sa route, vient s’échouer à 3h du matin près de la pointe de Lervilly, à Esquibien, à moins de 500 mètres du rivage.

À bord, le capitaine Nielsen tente de garder son sang-froid, mais les coups de sirène et de canon ne laissent aucun doute : le navire est en détresse. Les guetteurs du sémaphore, alertés, donnent l’alerte. Aussitôt, le canot de sauvetage Général-Béziat, stationné à Audierne, est mis à l’eau malgré une mer démontée.

Douze marins prennent place dans le canot à avirons, mené par le patron Raymond Couillandre. Le vent souffle en rafales, les vagues s’abattent sur les rochers. Il est impossible d’accoster. Le navire est trop proche de la côte, mais battu par les flots. L’équipage du sauvetage jette alors l’ancre au plus près. Il faudra attendre l’aube pour mettre en œuvre un va-et-vient : un câble tendu entre le cargo et le canot permet de transférer un à un les marins, suspendus au-dessus des flots.

Le plus jeune, un mousse, saute le premier. Le capitaine danois, fidèle à la tradition, quitte le bord en dernier. Seize hommes seront ainsi extraits du navire en perdition. Le retour vers la terre est lent et périlleux. Le canot, surchargé, peine à franchir la barre, mais l’équipage parvient à le ramener à bon port.

Au petit matin, les naufragés mettent pied à terre, transis de froid. Sur ordre de leur capitaine, ils se rangent en formation et saluent leurs sauveteurs, dans un silence ému. Un triple cri de remerciement retentit, aussitôt emporté par le vent.

L’intervention est saluée dans tout le pays. À Paris, le journal Le Matin décerne à l’équipage du Général-Béziat son prix annuel du Mémorial, récompensant le sauvetage maritime le plus remarquable de l’année. Une cérémonie a lieu dans le hall du journal, puis à la Sorbonne, en présence de l’amiral Lacaze. Marins-pêcheurs, enfants, officiers et familles de sauveteurs y assistent. Le récit du sauvetage est relaté avec force détails par les journalistes, qui soulignent le courage discret du patron Couillandre, peu enclin à se mettre en avant.

L’épisode de l’Estrid illustre aussi la difficulté des interventions de sauvetage à cette époque. Les canots ne sont pas motorisés, l’équipement reste rudimentaire. Pourtant, les missions sont menées par tous les temps, souvent au péril de la vie des sauveteurs. La station d’Audierne, comme tant d’autres sur le littoral, fonctionne grâce au dévouement de volontaires déterminés à ne jamais laisser un équipage livré aux éléments.

Sur place, l’Estrid ne résistera pas longtemps aux assauts de la mer. La coque éventrée en plusieurs points laisse rapidement entrer l’eau. Le renflouement est jugé impossible. Abandonné, le cargo se brise en tronçons dans les semaines qui suivent. Des morceaux de structure sont charriés jusqu’à Plouhinec. Partout sur la côte, les habitants découvrent des tonnes d’oranges échouées, vestiges de la cargaison espagnole.

Aujourd’hui encore, les restes de l’Estrid sont visibles par faible profondeur. À une dizaine de mètres, gisent des sections de coque, des pièces mécaniques, un guindeau, un arbre d’hélice. La chaudière, massive, repose en position verticale sur les galets. Le site attire régulièrement les plongeurs. L’épave a conservé son pouvoir d’évocation, rappelant à la fois l’histoire d’un naufrage et celle d’un sauvetage exemplaire.

Construit en 1924 par un chantier naval de Copenhague, l’Estrid appartenait à la compagnie danoise Torm Dampskibselsskabet. Long de 72 mètres pour une largeur de 11 mètres et un tirant d’eau de 4,2 mètres, le navire affichait une jauge de 1 200 tonnes. Propulsé par une machine à vapeur à triple expansion de 83 chevaux, il naviguait à 10,5 nœuds. Son dernier voyage devait le conduire de Valence à Londres.

Le 3 février 1933, la mer en décida autrement. La machine du cargo s’immobilisa dans les brisants, mais la solidarité maritime, elle, ne faillit pas. L’opération menée au large d’Esquibien reste, un siècle plus tard, l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire des sauvetages bretons.

Dans les mémoires locales comme dans les archives nationales, cette nuit de tempête demeure l’emblème d’un courage collectif, porté par douze hommes qui, sans calcul ni gloire, décidèrent de partir, simplement parce qu’un appel à l’aide leur parvenait dans le vent.

Le brouillard se fait dense, la mer se creuse et l'Estrid, déporté de sa route, vient s’échouer à 3h du matin près de la pointe de Lervilly, à Esquibien, à moins de 500 mètres du rivage.

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