28 Août 2025
Réputée pour son exigence, la Solitaire combine le large et le côtier, le sommeil rare et les choix tactiques décisifs. Chaque année, elle consacre un marin complet, capable de naviguer vite, de lire la météo avec précision et de résister à la fatigue. L’édition 2025, avec son arrivée prévue à Saint-Vaast-la-Hougue, s’annonce fidèle à la réputation de l’épreuve : haletante, sélective et imprévisible.
Cette année encore, le tracé suscite de nombreux commentaires chez les skippers. Pour Tiphaine Ragueneau (ORCOM), qui participe pour la première fois, l’épreuve s’annonce redoutable : « Le parcours est complet, mais la dernière étape sera un vrai morceau. C’est une épreuve qui demande de rester concentré, surtout quand la fatigue s’installe. » La jeune navigatrice, déjà familiarisée avec le Défi Paprec en double, découvre ici la navigation en solitaire, une dimension nouvelle qui change tout.
Son compatriote bizuth, Hugo Cardon (Sarth’Atlantique), se réjouit de voir figurer des passages mythiques au programme, comme le Fastnet, le golfe de Gascogne et le cap Finisterre. Il espère des conditions soutenues pour « envoyer » dans le gros temps, même s’il redoute le manque de sommeil de la troisième étape et la complexité tactique de l’arrivée en Normandie. « Sur cette course, rien n’est joué avant la dernière ligne droite », explique-t-il.
Plus expérimenté, Maël Garnier (Selencia – Cerfrance) vit sa cinquième participation. Il juge le parcours fidèle à l’ADN de la Solitaire, alternant zones bien connues et difficultés nouvelles. Il pointe la sortie de Manche, le Fastnet et la côte espagnole comme autant de passages stratégiques où il faudra rester en alerte : « Les algues, les dépressions en septembre, le cap Finisterre… tout peut piéger un skipper mal préparé. » Pour lui, la dernière étape sera « un marathon où tout peut basculer sur les derniers milles ».
Victor Le Pape (Région Bretagne – CMB Espoir), engagé pour la troisième fois, abonde dans ce sens. « Le parcours est fidèle à l’esprit de l’épreuve : exigeant, varié, avec de longues distances. » Les étapes de près de 700 milles impressionnent encore le jeune Breton, qui sait que le Raz Blanchard, juste avant l’arrivée, sera l’un des juges de paix de cette édition.
Chaque skipper aborde la course avec ses propres objectifs. Les bizuths visent avant tout à finir et à engranger de l’expérience. « Je veux surtout bien figurer chez les nouveaux, et profiter pleinement de ma première Solitaire », confie Tiphaine Ragueneau, consciente du défi que représente une telle épreuve.
Hugo Cardon, lui aussi débutant, souhaite avant tout franchir la ligne d’arrivée, mais garde en tête la possibilité d’un podium dans sa catégorie. « C’est un objectif ambitieux, mais atteignable si je reste concentré et constant », estime-t-il.
Pour les plus expérimentés, les ambitions montent d’un cran. Maël Garnier vise clairement un top 10, et pourquoi pas un podium d’étape. Après avoir gagné en confiance lors de la Transat Paprec, il veut « oser davantage » et se faire confiance dans ses options de route.
Victor Le Pape, déjà deux fois dans le top 10, nourrit l’ambition d’intégrer le top 5. « Le niveau est très élevé, mais j’aime ce rôle d’outsider. Je suis prêt à saisir les opportunités », explique-t-il. Il sait que l’épreuve ne se joue pas uniquement sur la vitesse mais aussi sur la lucidité stratégique et la gestion du sommeil.
Chaque marin arrive avec des forces bien identifiées et des points à améliorer. Pour Tiphaine Ragueneau, la rigueur et la concentration sont des atouts solides, même si la confiance dans ses choix reste perfectible. « Je dois apprendre à être plus patiente », reconnaît-elle.
Hugo Cardon avoue se sentir à l’aise dans les conditions musclées, où son endurance et sa maîtrise des manœuvres peuvent faire la différence. Mais il redoute les phases de vent faible et reconnaît une tendance à l’impatience : « Parfois, je tente des options trop risquées. »
De son côté, Maël Garnier estime avoir franchi un cap psychologique. « Je me fais plus confiance », dit-il, tout en admettant qu’il peine encore à conserver l’énergie d’un bon départ jusqu’à la fin.
Victor Le Pape se décrit comme un marin complet, aimant « quand ça tape fort » et les étapes engagées. Mais il pointe un manque relatif d’expérience par rapport aux meilleurs, ainsi qu’une pression particulière : il s’agit de sa dernière saison avec le Team Région Bretagne – CMB Espoir. « Je veux absolument bien finir », affirme-t-il.
La Solitaire du Figaro Paprec 2025 conserve tous les ingrédients qui en font une épreuve unique : un mélange de navigation hauturière et côtière, des passages stratégiques parmi les plus célèbres d’Europe – Fastnet, golfe de Gascogne, cap Finisterre, Raz Blanchard – et une arrivée normande où chaque détail comptera.
Bizuths avides d’apprendre, skippers confirmés en quête d’un top 10, outsiders désireux de frapper un grand coup : la flotte 2025 illustre parfaitement la diversité et la richesse de cette course qui, depuis plus de cinquante ans, façonne les plus grands marins français.
Tout laisse penser que cette édition sera fidèle à la réputation de la Solitaire : impitoyable, spectaculaire et capable de se jouer jusque dans les toutes dernières heures de navigation. Les passionnés de course au large auront, une fois encore, matière à vibrer.