20 Août 2025
Créée en 1970 sous le nom de Course de l’Aurore, la Solitaire du Figaro s’est imposée comme une référence dans le monde de la voile en solitaire. Elle a changé de nom en 1980 pour devenir la Solitaire du Figaro, puis la Solitaire du Figaro Paprec depuis 2023, mais son esprit reste le même : une régate d’endurance, disputée à armes égales, où la tactique, la stratégie météo et la gestion de soi priment sur la technologie.
Son format repose sur deux principes fondamentaux. Le premier est le monotype : depuis 2019, tous les concurrents naviguent sur le Figaro Beneteau 3, un voilier de 10,85 mètres équipé de foils, premier de série de ce type. Chaque skipper dispose du même bateau, éliminant toute différence matérielle. Le second principe est le classement au temps cumulé : chaque seconde gagnée ou perdue s’ajoute au compteur général. Une simple erreur de navigation ou un choix tactique risqué peut coûter plusieurs places, voire la victoire finale.
Depuis plus d’un demi-siècle, cette course a servi de tremplin aux plus grands marins. Elle est considérée comme l’« école du large », là où se forgent les futurs vainqueurs du Vendée Globe et des grandes transatlantiques. Michel Desjoyeaux, Armel Le Cléac’h, Jérémie Beyou ou Yann Eliès y ont construit leur légende. En 2025, une nouvelle génération se mesurera à ce défi mythique, avec la même ambition : inscrire son nom au palmarès.
Le parcours 2025, long de 1 850 milles, conjugue zones côtières piégeuses et longues traversées hauturières. En trois étapes, les skippers affronteront la Manche, l’Atlantique Nord et le golfe de Gascogne, avant de revenir en Normandie.
Après une semaine de festivités à Rouen et la descente de la Seine, le départ officiel sera donné au Havre le 7 septembre. Dès les premières heures, les concurrents devront composer avec les courants complexes de la Manche. Le passage du Raz Blanchard, entre le Cotentin et Aurigny, mettra déjà les nerfs à rude épreuve. Ensuite, les marins longeront la Bretagne nord, franchissant la Pointe du Raz avant de s’élancer vers la mer d’Irlande et le célèbre rocher du Fastnet, véritable totem de la course au large. L’arrivée se jouera dans la baie de Morlaix, à Roscoff, premier port-étape. Une étape exigeante qui pourrait déjà éliminer les moins aguerris.
La deuxième étape sera la plus longue et la plus océanique. Depuis la Bretagne, la flotte s’engagera dans le golfe de Gascogne, réputé pour ses dépressions automnales et ses mers croisées. Les skippers devront négocier le passage du cap Finisterre, pointe occidentale de l’Espagne, où les vents peuvent dépasser les 40 nœuds à cette période. L’approche des côtes galiciennes demandera une lecture fine des systèmes météo et des courants. L’arrivée à Vigo, port historique et actif, offrira une pause bien méritée après plusieurs jours intenses au large.
L’ultime étape sera décisive. Fatigués, les skippers devront encore remonter tout l’Atlantique vers la Manche. Le contournement de la Bretagne par la Pointe du Raz, le franchissement du Raz Blanchard et le passage de Barfleur constitueront les derniers obstacles avant l’arrivée à Saint-Vaast-la-Hougue, dans le Cotentin. Cette commune normande, au patrimoine maritime remarquable, accueillera pour la première fois l’arrivée de la Solitaire. Rien ne garantit que le vainqueur sera connu avant les derniers milles : l’histoire de la course a souvent montré que tout pouvait basculer dans les dernières heures.
L’édition 2025 met en lumière quatre villes-étapes, chacune apportant sa couleur et son ancrage maritime.
Ils seront 35 à s’élancer de Rouen. Le plateau reflète l’équilibre entre expérience et jeunesse qui caractérise la Solitaire.
Parmi eux, 13 bizuths découvriront l’exigence unique de cette épreuve. Leur défi sera déjà de rallier l’arrivée, tant la gestion du sommeil, de la fatigue et des choix tactiques demande une rigueur absolue.
La présence de 8 femmes illustre la féminisation progressive de la course. Si aucune navigatrice n’a encore remporté la Solitaire, certaines comme Charlotte Yven (Skipper MACIF 2023) ambitionnent clairement de jouer les premiers rôles.
Côté international, 5 étrangers apporteront une dimension cosmopolite. L’Irlandais Tom Dolan (Kingspan), tenant du titre 2024, figure parmi les favoris. D’autres skippers venus du Royaume-Uni, d’Espagne ou d’ailleurs viendront se mesurer aux Français sur leur terrain historique.
La force de la Solitaire est de niveler les différences. Avec des Figaro Beneteau 3 identiques, la hiérarchie ne dépend que des qualités humaines et techniques des marins : lecture de la météo, précision des réglages, résistance mentale et capacité à rester lucide dans l’effort.
Naviguer en Figaro 3 exige une polyvalence rare. Avec ses foils, ce monotype est capable de vitesses élevées, mais il nécessite une vigilance permanente. Chaque manœuvre demande une énergie considérable, surtout en solitaire.
La gestion du sommeil est au cœur du défi. Les marins dorment par micro-siestes de vingt minutes, dans un environnement bruyant et instable. L’endurance physique, la capacité à anticiper la météo et la patience dans les zones de calme sont autant de qualités indispensables.
Cette intensité forge une expérience unique. Beaucoup de marins affirment qu’une Solitaire vécue équivaut à plusieurs saisons complètes d’apprentissage. Elle reste une école du large, où l’on apprend à gérer la fatigue, à encaisser la pression et à prendre des décisions capitales sous stress permanent.
Les villages constituent l’âme populaire de la course. Ils permettent au grand public d’approcher les marins, de découvrir les voiliers et de s’initier aux métiers de la mer.
À Rouen, le Village du Grand Départ proposera des expériences immersives comme le conteneur numérique Interconnexions, plongeant les visiteurs dans l’univers sonore et visuel des ports de l’axe Seine. Un espace lecture mettra en avant le manga pédagogique « Histoires d’un Port », destiné aux jeunes publics.
À Roscoff, Vigo et Saint-Vaast-la-Hougue, des villages similaires seront installés, combinant convivialité, découverte maritime et mise en valeur des territoires. Ces rendez-vous sont l’occasion pour les collectivités locales de rappeler leur identité maritime et leur attachement à la course au large.
Le succès d’un tel événement repose aussi sur ses partenaires, et outre Suzuki, les partenaires majeurs cette année sont :
La dimension numérique de l’épreuve prend chaque année plus d’ampleur. Grâce à la cartographie en temps réel, le public peut suivre les positions des skippers 24 heures sur 24. Les réseaux sociaux, les reportages vidéo et les journaux de bord enrichissent l’expérience, permettant de vivre la course presque comme si l’on était à bord.
Virtual Regatta ajoute une dimension participative unique : chacun peut devenir virtuellement skipper et affronter les mêmes vents que les marins professionnels. Cet aspect contribue à la démocratisation de la course au large et à son succès auprès d’un large public.
La Solitaire du Figaro Paprec 2025 réunit tous les ingrédients d’une grande édition : un parcours exigeant de 1 850 milles, quatre escales emblématiques, un plateau relevé de 35 skippers et des partenaires engagés.
Elle est à la fois un défi sportif hors norme, une aventure humaine intense et une fête populaire célébrant la culture maritime. Fidèle à son histoire, elle reste l’épreuve où chaque seconde compte et où se construisent les légendes de la voile en solitaire.