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Norvège - Un commissaire allemand retrouvé mort à bord de l’Express côtier Polarlys

Le corps sans vie d’un officier de la police criminelle de Hambourg a été découvert mardi matin dans une cabine du Polarlys, navire de l’Express côtier reliant Hambourg à Kirkenes, en Norvège. L’homme, identifié comme le Conseiller Spécial Von Sternberg, présentait de nombreuses blessures. La cabine était maculée de sang. Une enquête est en cours.

La Polarlys de la compagnie Hurtigruten - photo : Hurtigruten

La Polarlys de la compagnie Hurtigruten - photo : Hurtigruten

L’alerte a été donnée à l’aube, alors que le Polarlys avait quitté Hambourg la veille,  en direction de Stavanger. Un stewart membre d’équipage a découvert le corps d’un passager dans une cabine de 1ere classe. La scène était particulièrement violente : le cadavre gisait sur son lit, ensanglanté, dans une cabine dont les cloisons et le mobilier portaient des éclaboussures de sang.

La victime a été identifiée comme Von Strenberg, 52 ans, conseiller spécial de la police de Hambourg. Il voyageait seul. Aucun appel à l’aide n’a été entendu dans la nuit. Aucun médecin ne se trouvant à bord, le capitaine a fait isoler les lieux et a informé les autorités norvégiennes dès l’incident connu.

Le Polarlys transportait vingt et un passagers et une douzaine de membres d’équipage en plus du fret. Depuis la découverte du corps, les déplacements à bord sont restreints. Plusieurs passagers ont été brièvement interrogés par le capitaine Petersen. Des bruits auraient été entendus dans les couloirs peu avant minuit. Certains évoquent des voix, d’autres un mouvement précipité. Aucun témoin direct ne s’est manifesté, mais plusieurs passagers affirment que le commissaire semblait préoccupé, voire en observation constante.

Une présence inexpliquée à bord

Officiellement en congé, Von Strenberg n’était rattaché à aucune mission déclarée. Était-il en voyage personnel, ou suivait-il une piste discrètement ? Sa valise contenait peu d’effets. Aucun document compromettant n’a été trouvé, mais un petit carnet de notes a été saisi. Le contenu reste confidentiel.

La police norvégienne doit monter à bord lors de la prochaine escale à Stavanger. Une autopsie et une série d’auditions sont prévues. Pour l’instant, la piste d’un crime est envisagée sans qu’aucune interpellation ne soit annoncée.

Un meurtre ? Non : un roman.

Mais ce fait divers glaçant, ce huis clos en mer du Nord, ce cadavre enfermé dans une cabine maculée de sang… n’a pas eu lieu. Ou plutôt : il a eu lieu dans un roman de Georges Simenon, publié en 1932 sous le titre Le Passager du Polarlys.

Avec ce court roman noir, l’écrivain belge explore l’atmosphère tendue d’un navire isolé, les nerfs à vif, les regards qui s’évitent, les secrets que l’on dissimule mal. Tout y est : le commissaire allemand au comportement énigmatique, l’équipage silencieux, les passagers incertains, et surtout, la mer omniprésente, qui enferme et expose à la fois.

Simenon joue avec le réel

Dans ce roman, Simenon pousse très loin la vraisemblance des faits. Le Polarlys existe vraiment : c’est un navire de l’Express côtier norvégien. Les ports, les conditions météo, la tension psychologique des passagers, tout est décrit avec une minutie documentaire. Le crime semble plausible, l’ambiance maritime parfaitement rendue.

Le lecteur, comme les passagers, avance à tâtons. Le capitaine tente de maintenir l’ordre. L’auteur, lui, s’intéresse moins à la résolution du crime qu’au climat qu’il crée — celui d’un monde clos où l’identité vacille.

Un classique du huis clos maritime

Publié alors que Simenon n’a que 29 ans, Le Passager du Polarlys annonce déjà les grands thèmes qu’il déclinera tout au long de sa carrière : la solitude, la fuite, la peur des autres, la banalité du mal. Il y mêle le cadre très réaliste d’un navire norvégien à une enquête flottante, où la vérité se dérobe aussi vite que les escales.

Ce roman court, tendu, atmosphérique, ne repose pas sur les rebondissements, mais sur la lente montée d’un soupçon, comme un brouillard qui ne se lève jamais vraiment.

Le Polarlys, de l'express côtier,  dans les années 30, à bord duquel Simenon fit une croisière, initiatrice de son roman : Le Passager du Polarlys

Le Polarlys, de l'express côtier, dans les années 30, à bord duquel Simenon fit une croisière, initiatrice de son roman : Le Passager du Polarlys

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