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Quotas de pêche 2026 : l’ANEL alerte sur un risque majeur pour la filière et les territoires littoraux

Alors que l’Union européenne s’apprête à fixer les quotas de pêche pour 2026, l’Association Nationale des Élus des Littoraux (ANEL) tire la sonnette d’alarme. Dans un contexte déjà marqué par un durcissement progressif des conditions d’exercice, l’association relaie les inquiétudes exprimées par les organisations professionnelles et alerte sur les conséquences économiques, sociales et territoriales que pourraient entraîner de nouvelles réductions. Pour de nombreuses communes littorales françaises, la pêche ne constitue pas seulement une activité productive : elle est un pilier structurant de l’emploi, de l’identité locale et de l’équilibre des territoires.

Quotas de pêche 2026 : l’ANEL alerte sur un risque majeur pour la filière et les territoires littoraux

Fondée en 1978, l’ANEL s’est progressivement imposée comme la voix collective des élus des littoraux français. L’association rassemble aujourd’hui plus de 700 collectivités adhérentes (communes, intercommunalités, départements et régions) en métropole, en Corse et en outre-mer. Son objectif est double : accompagner le développement économique des territoires littoraux tout en veillant à la protection durable de la mer et du littoral. Interlocuteur reconnu des pouvoirs publics, l’ANEL siège notamment au Conseil National de la Mer et des Littoraux (CNML) et au sein des Conseils Maritimes de Façade, où elle porte la vision des élus confrontés quotidiennement aux réalités du terrain maritime.

Pour l’ANEL, la question des quotas ne peut être abordée uniquement sous l’angle de la réduction des captures ou de l’accompagnement à la sortie de flotte. « On ne peut penser la réglementation de la pêche uniquement à travers la diminution des quotas ou l’accompagnement de la casse des bateaux. » souligne son président Jean-Charles Orsucci. Selon lui, la filière française (déjà parmi les plus réglementées au monde) a avant tout besoin d’un cadre sécurisé et d’une visibilité pluriannuelle, condition indispensable pour rester attractive, notamment auprès des jeunes générations de marins-pêcheurs.

La baisse des quotas affecte en effet l’ensemble de la chaîne de valeur : armateurs, équipages, criées, mareyeurs, entreprises de transformation, mais aussi services portuaires et logistiques. Chaque décision prise à Bruxelles se répercute directement sur l’économie locale des ports et sur l’emploi, bien au-delà des seuls bateaux de pêche.

L’ANEL rappelle que les marins-pêcheurs français ont été parmi les premiers en Europe à accepter une régulation volontaire de leur activité afin de préserver durablement les ressources halieutiques. Conscients des enjeux environnementaux et de la nécessité de transmettre une pêche viable aux générations futures, ils ont intégré depuis longtemps les impératifs de durabilité dans leurs pratiques.

Ces efforts, largement reconnus, ne sauraient toutefois être supportés par un seul pays. Jean-Charles Orsucci insiste sur la nécessité de mécanismes de protection à l’échelle européenne : « Les marins-pêcheurs français ne peuvent pas être les seuls à supporter les efforts de régulation. Il faut éviter toute concurrence déloyale de la pêche internationale. » Pour l’ANEL, la mise en place de véritables “boucliers” de régulation équitable est désormais indispensable afin de garantir des règles du jeu homogènes entre États membres.

Dans de nombreuses communes côtières, la pêche demeure un socle économique fondamental. Selon FranceAgriMer, la pêche française représentait 12 316 emplois équivalents temps plein en 2023, et chaque emploi embarqué génère en moyenne quatre emplois à terre. Une diminution significative des quotas pour 2026 menacerait donc directement plusieurs dizaines de milliers d’emplois, directs et indirects.

Au-delà de l’emploi, l’ANEL alerte sur les conséquences à moyen et long terme : affaiblissement de l’économie locale, perte d’attractivité, départ des actifs et vieillissement accéléré de la population dans les zones les plus dépendantes de la pêche. Pour des territoires déjà fragilisés par la saisonnalité touristique ou la pression foncière, l’enjeu est considérable.

La pêche façonne depuis des siècles l’identité de nombreuses communes littorales françaises. Ports, quartiers maritimes, savoir-faire et traditions locales se sont construits autour de cette activité. Un recul important de la pêche aurait donc des répercussions bien au-delà de l’économie, impactant directement l’aménagement du territoire.

L’ANEL évoque plusieurs risques concrets : réorientation forcée des usages portuaires, reconversion de friches en zones touristiques ou logistiques, pression accrue sur le foncier littoral et transformation profonde de la physionomie des ports. Autant de défis pour des collectivités déjà confrontées à de fortes contraintes environnementales, climatiques et budgétaires.

Plus largement, la pêche s’inscrit dans un écosystème maritime qui pèse environ 1,5 % du PIB français et emploie 1,7 % de la population active. La France demeure le 4ᵉ producteur halieutique de l’Union européenne, avec près de 640 000 tonnes issues de la pêche et de l’aquaculture pour un chiffre d’affaires estimé à 1,7 milliard d’euros. Fragiliser ce secteur, c’est donc affaiblir une composante stratégique de l’économie maritime nationale.

À l’approche des arbitrages européens sur les quotas 2026, l’ANEL appelle à une approche globale et équilibrée, conciliant préservation des ressources, compétitivité de la filière et vitalité des territoires littoraux. Pour les élus, il ne s’agit pas d’opposer écologie et économie, mais de construire une régulation juste, partagée et lisible dans le temps.

Sans cette vision d’ensemble, le risque est clair : voir disparaître progressivement une activité structurante, au détriment des communes littorales et de leur identité maritime. L’alerte lancée par l’ANEL se veut donc autant un signal politique qu’un appel à la responsabilité collective, afin que la pêche française reste durablement vivante, responsable et ancrée dans ses territoires.

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