17 Mars 2026
Le projet SeaClear s’inscrit dans la continuité des politiques européennes de protection des océans, structurées notamment autour de la mission « Restore our Ocean and Waters ». Depuis plusieurs années, l’Union européenne intensifie ses investissements dans la recherche appliquée afin de répondre aux enjeux environnementaux liés à la pollution plastique et aux déchets marins. Le programme SeaClear, lancé initialement avant son extension en version 2.0, illustre cette volonté de combiner innovation technologique et gestion durable des milieux marins. Il réunit des universités, des centres de recherche et des entreprises spécialisées dans la robotique sous-marine, notamment aux Pays-Bas, en France et en Allemagne.
Contrairement à de nombreuses initiatives centrées sur la collecte des déchets flottants, SeaClear2.0 se concentre sur les fonds marins, où une grande partie des déchets finit par s’accumuler. Selon les chercheurs impliqués, la majorité des détritus présents en mer (notamment les plastiques) coulent progressivement et deviennent invisibles depuis la surface. Cette accumulation pose des risques environnementaux importants, car ces déchets se dégradent lentement en microplastiques, susceptibles de contaminer durablement les écosystèmes marins.
Le système développé repose sur une chaîne d’intervention automatisée. Dans un premier temps, des drones aériens survolent les zones ciblées afin de cartographier les fonds marins et de détecter les déchets. Grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle, ces dispositifs sont capables de distinguer les objets d’origine humaine (bouteilles, pneus, débris métalliques) des éléments naturels comme les rochers ou la végétation. Les données collectées sont ensuite transmises à des robots sous-marins chargés d’intervenir directement sur le terrain.
Ces robots, pilotés à distance mais dotés d’une certaine autonomie, peuvent saisir les déchets à l’aide de bras articulés ou les aspirer lorsqu’il s’agit de petits fragments. Pour les objets volumineux ou lourds, le dispositif prévoit l’utilisation d’une pince intelligente reliée à une grue embarquée sur un navire de surface sans équipage. Ce dernier joue un rôle central dans le système en coordonnant les opérations et en servant de plateforme logistique.
Parmi les innovations testées figure également une barge autonome, conçue pour fonctionner comme un système de collecte flottant. Ce dispositif récupère les déchets remontés à la surface par les robots et les transporte jusqu’à terre, où ils peuvent être traités. L’ensemble du système vise à limiter les interventions humaines directes, réduisant ainsi les coûts opérationnels et les risques pour les plongeurs, traditionnellement mobilisés pour ce type d’opérations.
Des essais ont déjà été réalisés dans plusieurs environnements portuaires, notamment à Marseille et en Allemagne. Les équipes ont pu y tester la capacité du système à identifier et extraire différents types de déchets, allant de pneus en caoutchouc à des structures métalliques ou des fragments d’épaves. D’autres campagnes d’essai sont prévues à Venise, Dubrovnik et Tarragone afin d’évaluer l’efficacité du dispositif dans des contextes variés.
Malgré ces résultats encourageants, les responsables du projet soulignent que la technologie reste en phase de développement. L’un des principaux défis concerne l’optimisation des performances des systèmes autonomes, notamment en matière de précision de détection et de coordination entre les différents équipements. La fiabilité des opérations en conditions réelles, notamment en présence de courants, de visibilité réduite ou de reliefs complexes, constitue également un enjeu technique important.
Les chercheurs travaillent ainsi à « rationaliser » la technologie, c’est-à-dire à améliorer son efficacité tout en réduisant ses coûts et sa complexité. L’objectif est de rendre ces solutions opérationnelles à grande échelle d’ici la fin du projet, prévue pour 2026. À terme, les équipes espèrent pouvoir déployer ces systèmes en collaboration avec les autorités locales et les gestionnaires portuaires à travers l’Europe.
Au-delà du nettoyage des déchets, certaines applications complémentaires sont également à l’étude. Les technologies développées pourraient notamment être utilisées pour la détection d’objets dangereux immergés, comme les mines non explosées issues de conflits passés. Cette perspective élargit le champ d’utilisation des robots sous-marins et renforce l’intérêt stratégique de ces innovations.