28 Mai 2026
Le chantier naval suédois Marell Boats, spécialisé dans les vedettes rapides en aluminium à usage professionnel et privé, a été officiellement déclaré en faillite par le tribunal de district de Stockholm le 25 mai dernier. Cette décision intervient après plusieurs années de tensions financières et de difficultés techniques rencontrées dans le cadre d’un contrat stratégique portant sur la livraison de six patrouilleurs Marell M-12 à la police norvégienne.
L’administrateur judiciaire Jakob Callmander, du cabinet Advokatfirman Fylgia, a été désigné pour superviser la procédure de liquidation. Selon les premières informations relayées par la presse scandinave spécialisée, des discussions seraient déjà engagées afin d’évaluer les possibilités de reprise partielle de l’activité et des actifs industriels du chantier.
Fondé en Suède, Marell Boats s’était progressivement imposé ces dernières années comme un constructeur reconnu dans le segment des bateaux rapides en aluminium destinés aussi bien aux plaisanciers qu’aux administrations publiques. Le chantier avait notamment développé une expertise particulière dans les unités à haute vitesse destinées aux forces de police, garde-côtes, services de secours et organismes gouvernementaux.
L’entreprise s’était également distinguée par son positionnement technologique et sa volonté d’invesède
ir dans des solutions de propulsion plus durables. En 2022, Marell Boats avait ainsi noué un partenariat avec Volvo Penta et l’opérateur Hurtigruten Svalbard autour du développement d’un bateau d’exploration hybride-électrique destiné aux activités touristiques dans l’archipel du Svalbard.
Ce projet pilote, mené dans des conditions arctiques particulièrement exigeantes, reposait sur un Marell M-15 baptisé Kvitbjørn (« ours polaire »), équipé d’une propulsion hybride Volvo Penta associant moteurs thermiques et assistance électrique. L’objectif consistait à tester les capacités de l’électromobilité maritime dans des environnements extrêmes.
La même année, Marell Boats remportait un contrat d’envergure auprès de la police norvégienne, via l’organisme Politiets Fellestjenester (PFT), portant sur la livraison de six nouveaux patrouilleurs rapides. Estimé à environ 70 millions de couronnes norvégiennes (environ 6 millions d’euros), ce marché représentait alors une étape importante dans le développement du chantier suédois.
Les unités livrées, des Marell M-12 motorisés par deux hors-bord Mercury Verado 600 V12, ont toutefois rapidement rencontré une série de problèmes techniques ayant fortement perturbé leur exploitation opérationnelle.
Selon plusieurs médias norvégiens, des inspections réalisées par une société de certification indépendante auraient mis en évidence des défaillances importantes touchant notamment les circuits carburant, les installations électriques et certains équipements électroniques embarqués. Des problèmes d’infiltration d’eau ainsi que des fuites de vapeurs de carburant auraient également été constatés.
Ces dysfonctionnements ont conduit à des immobilisations répétées des patrouilleurs et à la réalisation de nombreuses opérations correctives.
L’ampleur des difficultés techniques a progressivement fragilisé la situation économique du constructeur. En 2025, Marell Boats aurait conclu un accord avec la police norvégienne visant au rachat de deux des six unités livrées. Ces dernières ont depuis été remplacées par des patrouilleurs Goldfish X12 construits en Norvège.
Parallèlement, les signaux de tension financière se sont multipliés. Plusieurs évaluations de solvabilité réalisées en Suède à l’automne 2025 faisaient état d’un nombre croissant d’incidents de paiement et de dettes enregistrées au nom de l’entreprise.
Dans un contexte marqué par le ralentissement de certains marchés nautiques professionnels, la hausse des coûts industriels et la pression croissante sur les chaînes d’approvisionnement, les difficultés rencontrées sur le contrat norvégien semblent avoir accéléré la dégradation de la situation du chantier.
La faillite de Marell Boats illustre plus largement les tensions auxquelles sont confrontés plusieurs acteurs du nautisme professionnel et parapublic en Europe du Nord. Si la demande reste soutenue dans certains segments liés à la sécurité maritime, à la surveillance côtière ou à la transition énergétique, les exigences techniques, réglementaires et financières associées à ces marchés se révèlent de plus en plus élevées.
Pour les constructeurs spécialisés de taille intermédiaire, la gestion de contrats institutionnels complexes peut rapidement devenir un facteur de vulnérabilité lorsque des problèmes techniques apparaissent ou que les coûts de garantie et de maintenance augmentent fortement.
La procédure désormais ouverte autour de Marell Boats permettra de déterminer si certaines activités industrielles, technologies ou modèles développés par le chantier pourront être repris par d’autres acteurs du secteur scandinave.
le chantier Naval Marell Boats est basé à Östhammar, sur la côte Est de la Suède.