4 Juin 2026
Le mythique Belem fera son retour à Dunkerque du 5 au 12 juin à l’occasion de « Dunkerque fête la mer », événement maritime organisé dans le cadre des célébrations des 400 ans de la Marine nationale. Cette escale revêtira une dimension toute particulière puisque le trois-mâts célébrera officiellement son 130e anniversaire le 10 juin, date de sa mise à l’eau en 1896. Entre visites publiques, accueil de scolaires et festivités, la cité de Jean Bart servira ainsi d’écrin à l’un des plus célèbres voiliers du patrimoine maritime français.
L’histoire du Belem débute à Nantes à la fin du XIXe siècle, dans une période où les grands ports français sont au cœur du commerce maritime mondial. Commandé par l’armateur Fernand Crouan et construit aux chantiers Dubigeon, le trois-mâts est lancé le 10 juin 1896. Son nom fait référence à la ville brésilienne de Belém, avec laquelle la compagnie entretient alors des relations commerciales. Destiné au transport de marchandises précieuses, notamment le cacao en provenance du Brésil pour le chocolatier Menier, le navire est conçu pour allier robustesse, rapidité et élégance. Avec sa coque en acier, une technologie moderne pour l’époque, il devient rapidement l’un des symboles du savoir-faire naval français. Aujourd’hui encore, il demeure le dernier grand voilier de commerce français du XIXe siècle encore naviguant.
Si le Belem a traversé les décennies, c’est aussi grâce à une succession d’épisodes qui ont façonné sa légende. Dès 1902, il échappe de peu à la catastrophe de la montagne Pelée en Martinique. Alors qu’il devait accoster à Saint-Pierre, son capitaine choisit finalement un autre mouillage. Quelques heures plus tard, l’éruption volcanique détruit la ville et son port. Ce premier "miracle" maritime n’est que le début d’une longue série de rebondissements.
Au fil de sa carrière, le trois-mâts connaîtra plusieurs vies. Après avoir été navire marchand, il est vendu en 1914 au duc de Westminster qui le transforme en yacht de luxe. Quelques années plus tard, il devient le Fantôme II sous pavillon britannique avant d’appartenir à l’industriel italien Vittorio Cini, qui le rebaptise Giorgio Cini et l’utilise comme navire-école. Abandonné à Venise dans les années 1970, il semble alors promis à la disparition. Son destin bascule en 1979 lorsque la Fondation Belem, créée avec le soutien des Caisses d’Épargne, rachète le voilier et organise son retour en France. Une vaste campagne de restauration lui permet de retrouver son apparence d’origine et d’entamer une nouvelle carrière dédiée à la transmission du patrimoine maritime.
Classé monument historique en 1984, le Belem est depuis devenu un véritable ambassadeur de la marine à voile française. Il participe aux plus grands rassemblements maritimes internationaux, accueille chaque année des milliers de visiteurs et embarque des stagiaires souhaitant découvrir la navigation traditionnelle. Son rayonnement a encore été renforcé récemment lorsqu’il a transporté la flamme olympique entre Athènes et Marseille en 2024, offrant au monde entier l’image de ce voilier plus que centenaire toujours en activité.
C’est donc un navire chargé d’histoire qui fera escale à Dunkerque. Après une participation remarquée aux événements maritimes de la ville en 2025, le trois-mâts retrouvera le quai de la Citadelle le 5 juin à 16 heures. Les visiteurs pourront monter gratuitement à bord les 6 et 7 juin, tandis que le 9 juin sera consacré à l’accueil de groupes scolaires. Le point culminant de l’escale interviendra le 10 juin, jour exact du 130e anniversaire du navire, qui donnera lieu à une journée spéciale dédiée à cette célébration.
Pour Christelle de Larauze, déléguée générale de la Fondation Belem Caisse d’Épargne, ce retour dans les Hauts-de-France possède une forte valeur symbolique. Elle souligne le plaisir de revenir à Dunkerque pour cette saison anniversaire et remercie la Ville ainsi que la Communauté urbaine pour leur implication dans l’organisation de cette escale.
Le Belem quittera finalement Dunkerque le 12 juin au matin pour mettre le cap sur Dieppe. Mais cette escale restera particulière dans l’histoire récente du voilier. Peu de navires peuvent se prévaloir d’avoir traversé trois siècles, changé plusieurs fois de nationalité, survécu à l’abandon et retrouvé une seconde vie sous leur pavillon d’origine. À 130 ans, le Belem continue de naviguer, perpétuant un héritage maritime exceptionnel tout en transmettant aux nouvelles générations la mémoire de la grande marine à voile française.