Ferrari ne se contente plus de regarder vers la mer. Avec Hypersail, la firme de Maranello développe un monocoque océanique de 100 pieds à foils, conçu avec l’architecte naval français Guillaume Verdier. Derrière l’image spectaculaire d’un Ferrari volant à plus de 40 nœuds se cache surtout un laboratoire technologique : gestion du vol, énergie en 800 volts, commandes électriques et autonomie énergétique. Les premiers essais en mer doivent permettre de confronter ces choix techniques à la réalité de l’océan.
Il mesure une trentaine de mètres, possède une quille basculante, des foils et devrait passer une partie importante de son temps au-dessus de l’eau. Pourtant, Ferrari Hypersail n’est pas une simple déclinaison nautique de l’univers automobile de Maranello. Le projet est celui d’un véritable voilier de course au large expérimental, pensé autant comme une plateforme de recherche et développement que comme un programme sportif.
L’approche est finalement assez familière pour Ferrari : concevoir un prototype extrême, le confronter à un environnement particulièrement exigeant, puis exploiter l’expérience acquise pour faire progresser ses technologies. La différence est que le circuit est cette fois l’océan.
Un 100 pieds dessiné avec Guillaume Verdier
Pour imaginer ce monocoque de 100 pieds, soit environ 30,5 mètres, Ferrari s’est associé à Guillaume Verdier, architecte naval français dont le parcours couvre aussi bien les IMOCA que les Ultimes et les bateaux de Coupe de l’America.
Le principe retenu est particulièrement ambitieux. Hypersail doit pouvoir voler en prenant appui sur trois points. L’une de ses principales originalités concerne sa quille basculante, qui participe elle-même au système de sustentation grâce à un foil. Les autres points d’appui sont constitués par le foil du safran et, alternativement, par les foils latéraux.
L’enjeu consiste à appliquer le principe du full foiling à un monocoque d’une centaine de pieds destiné à évoluer au large. Les contraintes sont très différentes de celles rencontrées par les AC75 de Coupe de l’America, qui naviguent sur des parcours courts et dans des conditions relativement encadrées.
La difficulté n’est donc pas seulement de faire décoller un bateau de trente mètres. Il faut parvenir à maintenir son équilibre et ses performances pendant des heures, voire des jours, dans une mer changeante.
Plus de 40 nœuds dans le simulateur
Les simulations donnent déjà une idée du potentiel recherché.
Avec environ 14 nœuds de vent au travers, Hypersail serait capable, selon les simulations réalisées pendant son développement, de décoller puis de dépasser largement les 40 nœuds. À ces vitesses, le vent apparent se rapproche fortement de l’axe du bateau et impose une conception aérodynamique particulièrement poussée.
Il convient cependant de rester prudent : il s’agit de performances calculées et simulées. Les essais en mer devront déterminer dans quelle mesure elles peuvent être reproduites dans les conditions réelles de navigation.
C’est précisément là que le projet devient intéressant.
À bord d’Hypersail, la frontière entre le marin et l’ingénieur devient particulièrement ténue. Le barreur travaille avec des systèmes de contrôle chargés de gérer en permanence l’assiette du bateau et le fonctionnement de ses appendices.
Une logique qui rappelle davantage la Coupe de l’America que la course au large traditionnelle, mais transposée ici à un bateau destiné à affronter l’océan.
Quand les technologies Ferrari prennent la mer
Ferrari ne s’est pas contenté d’apposer son nom sur le projet. Plusieurs technologies et méthodes développées dans l’automobile trouvent une nouvelle application à bord.
Parmi les solutions les plus originales figure notamment un système de « winch by wire ». Le principe consiste à remplacer certaines liaisons mécaniques traditionnelles par des commandes électriques pour gérer les manœuvres.
L’énergie humaine produite à bord peut ainsi être transformée en électricité. Plusieurs technologies issues de l’expérience acquise par Ferrari sur ses systèmes électriques automobiles ont également été adaptées au projet.
Hypersail repose notamment sur une architecture électrique fonctionnant en 800 volts.
Le rapprochement entre automobile et nautisme ne se limite donc pas à la recherche de vitesse. Ferrari utilise le bateau pour travailler sur la gestion de l’énergie, les commandes électriques, les logiciels de contrôle et la fiabilité de systèmes complexes soumis à des conditions particulièrement sévères.
Un voilier qui doit produire sa propre énergie
Autre caractéristique majeure du programme : Hypersail est conçu pour être autosuffisant en énergie.
Le bateau doit produire lui-même l’électricité nécessaire au fonctionnement de ses systèmes grâce à plusieurs sources renouvelables. Environ 100 m² de panneaux solaires sont intégrés au pont et aux surfaces disponibles du monocoque. Ils sont complétés par des éoliennes et des hydrogénérateurs. L’énergie humaine récupérée à bord participe également au bilan énergétique.
Cette électricité doit alimenter les nombreux équipements électroniques embarqués, mais également participer au fonctionnement des systèmes nécessaires au contrôle du bateau, de sa quille et de ses appendices.
L’architecture électrique doit donc être capable de gérer en permanence la production, le stockage et la consommation d’énergie.
Cette dimension énergétique constitue probablement l’un des aspects les plus intéressants du projet au-delà de la seule performance sportive. Un bateau océanique rapide et largement automatisé devient aussi un laboratoire grandeur nature de gestion énergétique.
Un projet né avec Giovanni Soldini
Le développement d’Hypersail a été engagé avec le navigateur italien Giovanni Soldini, figure majeure de la course au large et personnage central des premières phases du projet.
Le programme entre désormais progressivement dans une phase davantage tournée vers l’intégration des systèmes, les essais et la fiabilisation du bateau.
Car sur un prototype aussi complexe, la performance théorique ne représente qu’une partie du travail. La capacité à maintenir les systèmes opérationnels pendant une navigation océanique constitue un défi au moins aussi important.
L’épreuve de vérité sera celle de l’océan
Les premiers essais constituent donc une étape essentielle du programme Ferrari Hypersail.
Il faudra notamment vérifier le comportement du monocoque lorsqu’il évolue sur ses foils, la stabilité du vol dans une mer irrégulière, la fiabilité des commandes, mais aussi la capacité du système énergétique à alimenter durablement les équipements embarqués.
Car le véritable enjeu d’Hypersail n’est probablement pas d’atteindre ponctuellement 40 nœuds. Les grands multicoques océaniques ont depuis longtemps repoussé beaucoup plus loin les limites de la vitesse à la voile.
La question posée par Ferrari est différente : peut-on faire voler durablement un monocoque de trente mètres en pleine mer tout en produisant à bord l’énergie nécessaire à ses systèmes de contrôle ?
C’est cette combinaison entre foiling océanique, automatisation, architecture électrique et autonomie énergétique qui fait de Ferrari Hypersail un projet singulier.
Pour Ferrari, habitué depuis des décennies à utiliser la compétition comme laboratoire technologique, l’océan devient ainsi un nouveau terrain d’expérimentation.
FAQ – Ferrari Hypersail
Qu’est-ce que Ferrari Hypersail ?
Ferrari Hypersail est un monocoque expérimental de 100 pieds, soit environ 30,5 mètres, développé par Ferrari avec l’architecte naval français Guillaume Verdier. Conçu pour naviguer sur foils au large, il sert également de laboratoire pour tester de nouvelles technologies de contrôle, d’électrification et de gestion de l’énergie.
Quelle vitesse Ferrari Hypersail peut-il atteindre ?
Les simulations réalisées durant le développement indiquent que Ferrari Hypersail pourrait dépasser les 40 nœuds, notamment avec environ 14 nœuds de vent au travers. Ces performances restent toutefois à confirmer lors des essais en conditions réelles sur l’océan.
Pourquoi Ferrari développe-t-il un voilier de course ?
Ferrari utilise Hypersail comme une plateforme de recherche comparable, dans son principe, à ce que représente la compétition automobile pour la marque. Le projet permet notamment de travailler sur une architecture électrique 800 volts, les commandes électriques, l’automatisation du vol et l’autonomie énergétique, avec un bateau conçu pour produire lui-même l’énergie nécessaire à ses systèmes.
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