À l’occasion du Grand Pavois 2026, ActuNautique a rencontré Matthieu Le Bihan, directeur de Sevenstar Yacht Transport en France. En dix ans, l’entreprise a développé depuis la façade Atlantique une activité de transport maritime de bateaux qui accompagne notamment l’exportation de la production nautique française. Des cargos spécialisés aux porte-conteneurs, des États-Unis à la Polynésie, cette logistique très particulière évolue aujourd’hui avec le marché. Une activité que Matthieu Le Bihan nous présente dans cette émission tournée au Yacht Club de La Rochelle.
Sevenstar Yacht Transport : dix ans de développement en France
Transporter un bateau par la mer ne signifie pas nécessairement le faire naviguer. Pour acheminer des voiliers, bateaux à moteur ou yachts sur plusieurs milliers de milles, une autre solution consiste à les charger sur des navires de commerce spécialement adaptés à ce type d'opérations.
C'est le métier de Sevenstar Yacht Transport, dont l'activité internationale remonte à une trentaine d'années. Son développement en France débute il y a dix ans, avant l'installation d'une agence à La Rochelle six ans plus tard.
Le parcours de Matthieu Le Bihan explique en partie cette implantation. Avant de rejoindre Sevenstar, il travaillait déjà dans le transport maritime de bateaux, avec une spécialisation particulièrement technique : les voiliers de course au large participant notamment à la Route du Rhum, à la Transat Jacques Vabre, à la Mini Transat ou aux épreuves en Figaro.
Sevenstar identifie alors une opportunité : appliquer ce savoir-faire au marché beaucoup plus important des bateaux de plaisance produits par les chantiers français.
La Rochelle au cœur d'un important bassin de production nautique
Le raisonnement repose sur une réalité industrielle : une grande partie de la production française de bateaux est concentrée sur la façade Atlantique, notamment autour des bassins vendéen, rochelais et aquitain.
Selon les chiffres de la Fédération des industries nautiques cités par Matthieu Le Bihan dans l'émission, environ 80 % des bateaux produits en France sont destinés à l'export et au grand export.
Historiquement, ces bateaux pouvaient pourtant quitter l'Europe depuis des ports situés hors de France. Il fallait alors les préacheminer par camion ou les convoyer par mer jusqu'aux ports du nord de l'Europe.
L'enjeu pour Sevenstar était donc de rapprocher le navire de transport des usines et de créer sur la façade Atlantique française un véritable point de chargement des yachts.
Une idée simple sur le papier, beaucoup plus complexe à mettre en œuvre dans la réalité. Il faut disposer des navires, mais également convaincre un port, organiser les manutentions, regrouper les bateaux et limiter au maximum le temps d'immobilisation du cargo.
De deux à vingt escales annuelles à La Rochelle
Le développement s'est effectué progressivement.
Au commencement de l'activité, Sevenstar réalise seulement une ou deux escales par an. Après quatre ou cinq années, la fréquence atteint huit à dix escales. L'ouverture du bureau rochelais accélère ensuite le mouvement : quinze escales, puis environ vingt escales annuelles aujourd'hui, selon Matthieu Le Bihan.
Cette augmentation des volumes permet parallèlement d'augmenter les fréquences. Dans le transport maritime, les deux sont étroitement liés : davantage de bateaux justifient davantage d'escales, tandis qu'une fréquence supérieure rend à son tour le service plus intéressant pour les constructeurs.
Le principal axe sur lequel Sevenstar a construit son développement français relie l'Europe aux États-Unis et aux Caraïbes. Onze navires opèrent en continu sur cette route, ce qui représente potentiellement une traversée de l'Atlantique tous les quinze jours.
La Rochelle est également reliée à la Méditerranée avec cinq à six escales annuelles permettant notamment de desservir Palma, l'Italie, l'Adriatique ou encore la Turquie.
Comment charge-t-on un yacht sur un cargo ?
C'est l'un des aspects les plus spectaculaires de cette activité.
Le transport d'un yacht ne consiste évidemment pas simplement à poser un bateau sur le pont d'un cargo. Chaque opération nécessite une préparation technique spécifique.
Sevenstar dispose à Amsterdam d'un bureau d'études qui travaille à partir des plans transmis par les chantiers. Les ingénieurs établissent au centimètre près le plan de chargement, mais également les plans de levage et les bers nécessaires à l'immobilisation du bateau. Ces derniers sont certifiés par le Lloyd, explique Matthieu Le Bihan.
La flotte constitue donc seulement une partie de l'outil. Les compétences humaines, l'ingénierie et la maîtrise des opérations de manutention sont tout aussi importantes.
Cette expertise permet également de travailler sur des bateaux de dimensions importantes. À plus long terme, de nouveaux matériaux pourraient encore faire évoluer les opérations de levage. Matthieu Le Bihan cite notamment l'utilisation croissante possible du Dyneema pour manutentionner les yachts dans de meilleures conditions.
Du transport massifié au bateau expédié à l'autre bout du monde
Le marché nautique évolue toutefois rapidement.
Après les années particulièrement actives qui ont suivi la période Covid, les constructeurs et leurs distributeurs cherchent aujourd'hui de nouveaux débouchés. Or toutes les destinations ne peuvent pas être desservies par les grandes lignes régulières exploitées par Sevenstar.
L'entreprise développe donc parallèlement des solutions dites « spot », capables de répondre à une demande particulière : océan Indien, Polynésie, Asie ou autres destinations moins régulièrement desservies.
Dans ce cas, Sevenstar peut acheter un emplacement sur le navire d'une autre compagnie maritime. Matthieu Le Bihan évoque notamment CMA CGM, Maersk et MSC parmi les partenaires susceptibles d'être mobilisés.
L'intérêt n'est pas nécessairement économique. Une prestation réalisée sur mesure peut coûter davantage qu'un transport massifié. Elle apporte en revanche deux avantages importants : la fréquence des départs et le nombre de ports accessibles.
Des yachts sur des porte-conteneurs
Cette évolution conduit à des solutions étonnantes, dont le transport de bateaux sur des porte-conteneurs.
Pour certaines unités, des équipements spécifiques permettent de transporter une charge dont les dimensions dépassent celles d'un conteneur classique de 40 pieds. Des bateaux peuvent être installés sur des « flats » et, pour les dimensions les plus importantes, sur plusieurs supports constituant un véritable lit de transport. La solution concerne notamment des bateaux allant globalement jusqu'à une quarantaine de pieds dans certaines configurations évoquées dans l'émission.
Chaque dossier impose alors un travail entre les techniciens et ingénieurs de Sevenstar et ceux des compagnies maritimes afin de définir précisément la méthode de manutention et de transport.
Le marché de l'occasion devient lui aussi mondial
Cette capacité intéresse désormais un autre secteur : le brokerage et le bateau d'occasion.
Internet a largement internationalisé ce marché. Un plaisancier installé aux Philippines peut parfaitement trouver aux États-Unis le modèle correspondant exactement à sa recherche.
Reste alors à transporter le bateau.
Contrairement aux flux industriels réguliers des constructeurs, le point de départ et la destination peuvent changer à chaque opération. Le défi consiste donc à construire une chaîne logistique spécifique, depuis le port où se trouve le bateau jusqu'à sa destination finale.
C'est probablement l'une des évolutions les plus intéressantes du métier de Sevenstar : être capable d'associer les avantages d'une flotte spécialisée et de lignes régulières à ceux du réseau mondial des grandes compagnies maritimes.
Dix ans après son implantation française, l'entreprise continue ainsi de faire évoluer son modèle avec les marchés du nautisme.
Dans cette émission de 14 minutes réalisée au Grand Pavois de La Rochelle 2026, Matthieu Le Bihan revient avec ActuNautique sur cette décennie de développement et nous fait découvrir les coulisses d'un métier rarement visible du grand public : transporter des bateaux sur des bateaux.
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