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Shipping et maritime - Un an de navigation pour TOWT, la voile comme vecteur de transition maritime

Avec deux voiliers-cargos en activité et six autres en construction, l’armateur TOWT dresse un premier bilan d’étape, un an après le lancement opérationnel de sa flotte à propulsion vélique. En dépit d’un environnement réglementaire et économique instable, l’entreprise entend consolider un modèle logistique alternatif basé sur une réduction tangible de l’empreinte carbone.

Shipping et maritime - Un an de navigation pour TOWT, la voile comme vecteur de transition maritime

Depuis le lancement de ses deux premiers navires en 2023, TOWT (TransOceanic Wind Transport) poursuit le déploiement de son projet logistique basé sur la propulsion vélique. Un an après, la société revendique un bilan carbone de 2,09 gCO₂/t/km, et ambitionne de passer sous le seuil des 2 grammes. Ce chiffre, en l’état des données disponibles, ferait de sa flotte l’une des plus décarbonées du secteur du transport maritime.

À rebours des modèles de développement fondés sur la combustion fossile, TOWT mise sur une structure logistique autonome, opérationnelle et répétable, avec des capacités de transport compatibles avec les exigences industrielles contemporaines. En 2027, huit voiliers-cargos seront capables de relier l’Europe, les Caraïbes, l’Amérique du Sud ou l’Afrique de l’Ouest. À leur bord, des marchandises variées – du café aux batteries, en passant par les textiles ou les spiritueux – et jusqu’à douze passagers par rotation.

Cette stratégie repose sur une conception navale spécifique. La série dite Phénix (à laquelle appartiennent les unités Anemos et Artemis) privilégie la propulsion principale à la voile, par l’emploi de gréements souples. Ces choix techniques permettent de naviguer de manière autonome, avec un recours marginal aux moteurs thermiques.

Le retour d’expérience accumulé en onze mois d’activité met en avant certains avantages concrets pour les « chargeurs » partenaires. Outre les économies de carbone déclarées dans les bilans RSE, les traversées permettent de réduire significativement les émissions de soufre et d’oxyde d’azote, d’éviter la pollution sonore en zone maritime (le bruit sous-marin est divisé par cinquante à la voile) et de valoriser des circuits d’import-export moins dépendants des grands hubs logistiques.

À ce jour, plusieurs dizaines de clients ont confié leurs flux à TOWT : des marques de café, de champagne, de vêtements ou encore des institutions publiques comme La Poste. D’abord expérimentale, l’approche commence à se structurer dans le temps long. Malgré une conjoncture défavorable – incertitudes géopolitiques, fiscalité désincitative, instabilité du pavillon français – le modèle trouve un écho auprès d’entreprises soucieuses de maîtriser l’impact environnemental de leur logistique.

Un autre facteur mis en avant est la gestion des opérations portuaires. Grâce à des grues embarquées, le temps de chargement ou de déchargement est optimisé, ce qui réduit les durées d’escale. L’évitement des engorgements portuaires permettrait même de compenser, en partie, la vitesse de croisière inférieure aux porte-conteneurs classiques.

Pour renforcer cette transparence, chaque produit transporté arbore le label ANEMOS. En scannant un QR code, le consommateur peut consulter la route suivie, la vitesse du vent, l’usage du moteur ou la configuration du gréement. Ce journal de bord numérique entend répondre à la critique fréquente du « greenwashing » en apportant des données vérifiables sur chaque trajet.

TOWT met aussi en avant d’autres marqueurs de différenciation, comme la féminisation de ses équipages (45 % de femmes navigantes, contre environ 4 % dans la moyenne française), ou la valorisation des terroirs traversés, à l’export comme à l’import. L’objectif affiché est autant logistique qu’éthique, en créant des échanges maritimes plus équilibrés, fondés sur la traçabilité et la sobriété énergétique.

Pour l’entreprise, ce premier anniversaire n’est pas qu’un jalon symbolique. Il s’agit d’un signal adressé au secteur du transport : la voile n’est pas un retour au passé, mais une piste technologique compatible avec les exigences du XXIe siècle. Naviguer autrement devient un acte économique, environnemental et politique.

Alors que le secteur maritime peine à réduire ses émissions, les voiliers-cargos de TOWT proposent une rupture de rythme, sans rompre avec les contraintes industrielles. Le modèle n’est pas sans défis, mais il s’inscrit dans un horizon que l’entreprise entend étendre : celui d’une logistique bas-carbone opérable à l’échelle transocéanique.

la compagnie maritime Towt est basée au Havre (76)

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